Mission Trijonction : jusqu’aux trois frontières

Direction : Terre / Publié le : 06 août 2026

Un détachement du 9e Régiment d’infanterie de marine (9e RIMa) a rejoint la borne Trijonction, point de rencontre des frontières française, brésilienne et surinamaise sur le plateau des Guyanes. Menée en totale autonomie, cette opération visait à reconnaître une zone isolée, rechercher d’éventuelles activités d’orpaillage illégal, entretenir les capacités de projection du régiment et aller à la rencontre des populations bushinengues et amérindiennes vivant le long du fleuve. 

Mission Trijonction : jusqu’aux trois frontières - © armée de Terre

Au cœur du massif guyanais, la borne Trijonction marque le point de rencontre entre la France, le Brésil et le Suriname. Aussi discrète qu’isolée, elle demeure au centre d’un différend frontalier, le Suriname ne reconnaissant pas le tracé retenu par la France depuis son indépendance en 1975. Rejoindre physiquement cette borne, l’entretenir et y affirmer une présence militaire française prend donc une dimension particulière. 

C’est dans ce contexte que le 9e RIMa a engagé un détachement chargé de conduire la mission Trijonction. Le régiment a constitué un détachement réunissant les savoir-faire complémentaires des piroguiers bushinengues de la section fluviale, des transmetteurs de la section transmissions, du personnel de la DIASS, des militaires de la 1re compagnie et la section commandos, ainsi que des instructeurs du Centre de formation du fleuve et de la forêt (C3F). De cette diversité d’unités et de compétences est née une véritable cohésion, permettant au détachement de remplir sa mission malgré des conditions d’engagement particulièrement exigeantes.

Du fleuve à la forêt, une progression sous contrainte

La mission a débuté par quatre jours de navigation sur les fleuves Maroni, Alawa puis Litani, soit près de 540 kilomètres parcourus avant d’atteindre la crique Koule-Koule, qui matérialise la frontière avec le Suriname. Mais la progression est rapidement freinée par les nombreux abattis qui obstruent le cours d’eau. 

En huit heures d’ouverture de crique à la tronçonneuse, le détachement ne progresse que d’un kilomètre huit cents mètres, soit une cadence de 225 mètres à l’heure. Face à ce constat, la décision est prise de poursuivre l’infiltration à pied. Les militaires se répartissent alors sept jours d’autonomie en vivres ainsi que le matériel collectif, comprenant notamment trois tronçonneuses, seize litres de mélange et deux cordes de franchissement, avant de s’enfoncer dans la forêt amazonienne.

Cinquante-cinq kilomètres parcourus en forêt jusqu'aux trois frontières

Déposé à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau de son objectif, le détachement parcourra finalement cinquante-cinq kilomètres et près de 2 500 mètres de dénivelé positif en quatre jours pour atteindre les abords de la borne Trijonction. Cette progression, aussi technique que physique, met à rude épreuve les corps et les esprits dans un milieu où chaque mètre se conquiert. 

Un jour et demi est ensuite consacré à l’aménagement d’une zone de poser hélicoptère, avant l’accueil, sur place, du chef de corps du 9e RIMa et du commandant supérieur des Forces armées en Guyane (COMSUP), venus témoigner de l’importance accordée à cette mission. S’ensuivent la reconnaissance puis le rafraîchissement de la borne Trijonction, geste symbolique par lequel le détachement réaffirme la présence française en ce point de convergence des trois frontières. L’extraction est finalement réalisée par hélicoptère Caracal, mettant un terme à quinze jours d’engagement en totale autonomie.

Un savoir-faire réaffirmé

En quinze jours, le détachement aura parcouru près de 600 kilomètres, dont plus d’une cinquantaine à pied à travers l’un des environnements les plus exigeants du territoire national. Au-delà de la performance physique et logistique, l’opération Trijonction aura permis de reconnaître une zone isolée, de rechercher d’éventuelles activités d’orpaillage illégal dans des secteurs reculés, d’entretenir la capacité du régiment à conduire des patrouilles de reconnaissance en profondeur loin de tout point d’appui et de maintenir le lien avec les populations bushinengues et amérindiennes vivant le long du fleuve. 

Elle illustre, une fois encore, la vocation singulière du 9e RIMa et sa capacité à projeter et soutenir un détachement dans la profondeur du massif guyanais, sur le fleuve comme en forêt, au service des intérêts de la France en Amérique du Sud.

Mission Trijonction : jusqu’aux trois frontières © armée de Terre

Soldat dans la forêt

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