Liban : les artilleurs du 93e régiment d’artillerie de montagne, acteurs clés d’un conflit aérien historique

Direction : Terre / Publié le : 24 juin 2026

Déployée au Sud-Liban de janvier à mai 2026, une section Sol-Air Très Courte Portée (SATCP) du 93e régiment d’artillerie de montagne (93e RAM), sous les ordres du lieutenant Nicolas, a vu sa mission évoluer en quelques semaines, passant d’une posture de surveillance à celle de témoin essentiel d’un engagement opérationnel majeur au cœur du Moyen-Orient. 

Défense sol-air des artilleurs du 93e régiment d’artillerie de montagne - © Etat-major des armées

Cette unité, intégrée à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), a joué un rôle déterminant dans la documentation des frappes aériennes et des tirs d’artillerie, alimentant ainsi les rapports destinés au siège des Nations-Unies à New York.

Un début de mission sous le signe du calme relatif

À leur arrivée sur le théâtre d’opérations, les artilleurs du 93e RAM ont trouvé une situation relativement stable, marquée par le respect du cessez-le-feu signé entre Israël et le Hezbollah en 2024. Placée sous le commandement d’un capitaine du 1er régiment d’artillerie, la section SATCP a été intégrée à la Force Commander Reserve (FCR), l’échelon de réaction rapide de la FINUL.

Initialement, leur mission consistait à surveiller l’espace aérien s’étendant du fleuve Litani à la frontière libano-israélienne, tout en assurant la défense sol-air des camps français. Pendant le premier mois, leur rôle principal était de détecter et d’identifier les violations de l’espace aérien libanais. Grâce à leur radar sol-air et à leurs opérateurs en veille 24 heures sur 24, ils ont enregistré en moyenne 14 drones et avions de chasse par jour, pour une activité aérienne quotidienne de 13 heures.

En complément de la détection offerte par le radar, les pièces mistral de la SATCP, déployées en permanence sur les camps 9.1 et 6.41, ont permis de compléter et de confirmer l’identification des pistes décelées. Équipées de caméras embarquées et d’une expertise développée avant la projection, elles ont renforcé la précision de l’identification des vecteurs aériens, y compris les interceptions de missiles et roquettes en provenance d’Iran par la défense anti-aérienne israélienne.

L’escalade du conflit et l’adaptation des artilleurs

Le 2 mars 2026, la situation a brutalement changé. Israël et les États-Unis ont lancé une attaque coordonnée contre l’Iran, provoquant l’entrée en guerre du Hezbollah et le retour des hostilités au Liban. Une offensive terrestre israélienne a été lancée dans le Sud-Liban, donnant un autre relief à la mission d’observation du cessez-le-feu de la FINUL.

Pour la section SATCP, la mission de surveillance est alors devenue une mission de renseignement tactique en zone de guerre. Grâce à leurs moyens d’observation longue portée, les artilleurs sont devenus les principaux capteurs de la force française, permettant au commandement de suivre en temps réel l’évolution des combats aériens et terrestres. Tous les moyens disponibles, y compris un VAB (véhicule avant blindé) équipé d’un canon de 20 mm, ont été mobilisés pour observer les mouvements des Forces de défense israéliennes (FDI), comme l’avancée des chars merkava près du camp 9.1.

La lutte anti-drones, une expertise reconnue au sein de la FINUL

Face à la menace croissante des mini-drones, la section SATCP a déployé des systèmes de brouillage NEROD ainsi que des moyens de neutralisation rapprochée, tels que des armes de calibre 12 équipées de munitions spécifiques « ALDA ». Disposant d’une expertise particulièrement reconnue au sein de la FINUL, les militaires français ont régulièrement été sollicités pour renforcer la protection et développer les savoirs faires d’autres contingents. Leurs compétences ont également été mises à profit pour des missions conjointes, comme le retrait d’un road-block israélien en appui des forces espagnoles.

Une activité aérienne sans précédent au Sud-Liban

Dans ce contexte de guerre ouverte, l’intensité de l’activité aérienne a explosé. En moins d’un mois de conflit, la section a détecté plus de 2 500 aéronefs, représentant près de 1 600 heures de vol. Parmi les appareils identifiés figuraient des chasseurs F-15, des drones predator, mais aussi des vecteurs inédits sur le théâtre.

Au terme de cette mission, la section SATCP de la batterie Belledonne a démontré une remarquable capacité d’adaptation, évoluant en permanence dans un environnement mouvant et sous forte pression opérationnelle. Son professionnalisme et son rôle crucial au profit des Nations-Unies et de la communauté internationale ont été particulièrement salués par les autorités militaires de la FCR.

Le 93e RAM au Liban © Etat-major des armées

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