AEGIS 2025 : Un rendez-vous majeur pour le combat antiaérien à l’heure de l’armée de Terre de combat.
AEGIS, l’exercice annuel des combattants antiaériens du 54e régiment d’artillerie a été conçu et conduit pour la première fois par la 19e brigade d’artillerie. Depuis plusieurs années cet exercice est un rendez-vous incontournable de l’une des unités les plus singulières de l’artillerie française, le 54e régiment d’artillerie, unité experte du combat antiaérien au sein de l’armée de Terre.
La 19e brigade d’artillerie renforce l’entraînement de ses combattants antiaériens
Cette année, cet exercice prend un tournant majeur avec la 19e brigade d’artillerie (19e BRIG. ART) et traduit de manière avérée l’intégration des moyens de la défense sol-air au sein de l’armée de Terre, première grande échéance d’une opérationnalisation du combat antiaérien. C’est donc pour la première fois que le 54e régiment d’artillerie œuvre sous le commandement de la brigade d’artillerie avec ses frères d’armes des 1er et 61e régiments d’artillerie ainsi qu’avec un sous groupement aéromobile du 1er régiment d’hélicoptères de combat. En effet, c’est près de 480 hommes et femmes qui ont été simultanément déployés dans le Massif central pour œuvrer en terrain libre pendant près de 5 semaines consécutives.
On retrouve également plusieurs détachements d’autres unités qui ont également participé à cet exercice, on notera par exemple un large détachement des unités du CAPR (Commandement des actions dans la profondeur et du renseignement) avec la présence de patrouilles et JTAC (joint terminal attack controller) du 2e régiment de hussards, un détachement des traqueurs d’onde du 54e régiment de transmissions accompagné d’un détachement de la 785e compagnie de guerre électronique. Outre ce caractère interarmes, AEGIS fut également un rendez-vous interarmées et interalliés avec la présence d’un escadron de défense sol-air de l’Armée de l’Air et de l’Espace française mais aussi celle d’une section sol air de très courte portée intégrée au GTASA (groupement tactique d’artillerie sol-air) du 54e RA avec une batterie du 68e régiment d’artillerie d’Afrique.
Un tournant majeur pour le combat antiaérien
Cette année, le 54e RA fut l’un des principaux récepteurs et émetteurs d’un haut niveau d’interactions à caractère interarmes, interarmées et interalliés dont la fréquence et la densité donnent une dimension unique à cet exercice de préparation aux défis de la haute intensité dans les domaines du combat antiaérien et terrestre.
Cette séquence d’entraînement exceptionnelle et unique a donc permis de conduire une séquence de contrôle et d’évaluation dénommée ANTARES par la 19e BRIG. ART dans un contexte particulièrement réaliste d’usure et de rusticité, un rendez-vous qui a permis, une fois de plus, de forger l’endurance et l’efficacité des combattants antiaériens en vue d’une projection pour la prise de l’alerte ARF de l’OTAN en 2026. AEGIS a également permis de renouveler l’action de partenariat avec l’école d’artillerie de Draguignan au profit du GFCU (groupement de la formation des commandants d’unités) qui prépare et forme les futurs officiers adjoints en service dans la perspective d’un futur temps de commandement à la tête d’une batterie.
S’entrainer à combattre dans le ciel et à maitriser l’action dans la 3e dimension
La mission AEGIS 25 comporte un objectif clair pour le 54e RA : Appuyer, aux ordres de la 19e brigade d’artillerie, le combat de la division, par le renseignement et les feux antiaériens.
La mission des combattants antiaériens est de fournir et assurer une couverture anti-aérienne à la totalité des troupes terrestres de la division, il est l’unique régiment à pouvoir déployer et maintenir un tel dispositif sans lequel les forces terrestres amies seraient immobilisées voire détruites en cas d’attaque aérienne. Il joue également un rôle essentiel dans la boucle du renseignement du fait de sa capacité à observer et agir efficacement dans la 3e dimension.
Il garantit et rend possible, en combattant les ennemis aériens, l’action de la force terrestre mais aussi la sécurité de ses points d’intérêts vitaux, notamment sur ses éléments de logistiques et de soutien. De la même manière, c’est au profit de la division qu‘il garantit une capacité de réaction immédiate face à toutes les menaces aériennes envisageables.
Pour réaliser la mission, le 54e RA déploie un GTASA (groupement tactique d’artillerie sol-air), organiquement composé de 3 sous-groupements avec le matériel nécessaire pour mettre en place une chaîne de commandement et de coordination des feux. À cet effet le régiment déploie, un CMD3D (centre de management de la Défense dans la 3e dimension), plusieurs radars de type NC1-30/NC1-40, des véhicules satellites de type NCS (station de contrôle du réseau) ainsi que des postes de tir SATCP (sol-air de très courte portée) de type MISTRAL (missile transportable antiaérien léger) qu’il soit utilisé au format MANPADS (système de missile antiaérien portable) ou sur PAMELA (plateforme adaptable permettant de fixer un poste de tir sur un véhicule). Pour que le GTASA puisse fonctionner de manière autonome et permanente il déploie également son propre train de combat numéro 2 qui assure un soutien logistique, mécanique, sanitaire et matériel.
Commander une manœuvre d’envergure et coordonner les feux antiaériens
Pour fonctionner le GTASA accorde une place centrale à la numérisation de la défense aérienne des troupes au sol. Le CMD3D du régiment est au cœur de ce processus, il coordonne en temps réel les données provenant des radars tactiques et capteurs interarmées, grâce au système numérique Martha.
Pour cela il utilise le réseau de transmission intitulé liaison 16 (standard de l’OTAN qui permet un échange de données tactiques sécurisé entre diverses unités) qui permet de partager en temps réel la situation aérienne. Sa polyvalence de vecteurs et son large spectre (il peut acquérir une portée maximale de 500 kilomètres selon le dispositif en place) lui permet de communiquer aussi bien avec les unités au sol qu’avec les AWACS de l’Armée de l’Air et de l’Espace ou les frégates de la Marine nationale. Mais c’est surtout au cœur du GTASA qu’il permet de communiquer rapidement et de commander efficacement puisqu’il est en liaison permanente avec l’ensemble des acteurs du GTASA, notamment les radars des sections de chaque SGTASA (sous-groupements).
L’avantage qu’il fournit est donc essentiel pour le commandement : en récupérant toutes ces données grâce à la liaison 16 il agrandit le spectre de détection et d’analyse de l’espace aérien sur un très large secteur qui permet à chaque acteur de la chaîne des feux d’observer et de détecter un potentiel ennemi au-delà de la ligne d’horizon, permettant d’entretenir par la même occasion sa capacité de réaction immédiate et permanente.
Les objectifs de l’exercice AEGIS 25
L’un des objectifs majeurs d’AEGIS 25 reposait sur la mobilité héliportée, action qui a été menée avec la présence d’un SGAM du 1er RHC. Des sections, armées des pièces MISTRAL, ont été transportées à bord d’hélicoptères de type NH90 pour sécuriser des zones vulnérables à plus de 100 km du poste de commandement régimentaire. Cette opération visait à renforcer l’autonomie des détachements isolés mais aussi leur efficacité d‘action, ces détachements étant capables d’agir sans liaison directe avec le CMD3D et rapidement dans un secteur inatteignable par voie terrestre dans un court délai. Ces aéroportages ont également permis aux combattants antiaériens de prolonger la mission dans l’obscurité après le coucher du soleil. C’est notamment grâce à la caméra SANDRA, un système de vision nocturne et thermique qui accompagne chaque poste de tir MISTRAL, que les opérateurs ont pu détecter et identifier des aéronefs à plus de 15 km, avant l’engagement du missile « fire and forget » (« tir et oublie ») à guidage infrarouge.
Pour tenir leurs positions et éviter toutes détections les combattants antiaériens ont aussi misé sur le camouflage, compétence intrinsèquement liée à l’action du combat. Que ce soit sur les véhicules, avec le placement des radars et équipements majeurs, sur la tenue des combattants ou sur la dissimulation des équipements comme le poste de tir, c’est à tous les niveaux que le GTASA ne doit pas se faire déceler.
L’objectif est évident : éviter toutes détections et par extension toutes attaques aériennes et terrestres, dans ce scénario de la part de miliciens. C’est notamment au niveau du poste de commandement que le régiment a développé ses ECD (éléments cynotechniques de détection) pour renforcer sa défense rapprochée et améliorer ses capacités de détection d’un potentiel ennemi. Ce besoin essentiel de défense rapprochée est également décliné à tous les échelons du GTASA afin de garantir l’intégrité de l’ensemble des acteurs des chaînes de commandement et de coordination des feux.
Afin de pouvoir tenir la durée d’un combat de haute intensité, les artilleurs, comme le reste des armes de l’armée de Terre, misent sur l’innovation. C’est au cours d’AEGIS 25 que le régiment a pu mettre en œuvre diverses innovations qui ont été développées sur le terrain mais aussi et surtout au sein de sa garnison située au cœur de la ville d’Hyères dans la région varoise.
Pour convier la mobilité et la rapidité, le régiment a réalisé des caissons de transport sécurisés et fixés sur les véhicules tactiques en cours de dotation (VT4 ACMAT filaire Arquus). Un poste de tir embarqué dans le véhicule avec ses accessoires et deux munitions transportées sur le toit d’un 4x4 permettent donc à une équipe de mettre en œuvre son système d’armes rapidement et de décupler ses capacités de déploiement, n’étant plus tributaire des véhicules porteurs traditionnels. C’est l’une des principales innovations qui permet aux combattants antiaériens de maitriser le terrain et le temps pour remplir leur mission en toute sécurité (équipe réduite et autonome qui réduit les risques de détection).
De la même manière, c’est en complément des ECD que les éléments de défense rapprochée, du poste de commandement régimentaire jusqu’aux postes de commandement des sections, se servent de drones pour améliorer les capacités de détection d’une présence ennemie, camouflée et hors de portée et cela en tout temps, les drones étant équipés de caméras thermiques et nocturnes.
Enfin, c’est par la mise en œuvre d’un 2ème poste de commandement appelé poste de commandement tactique, que le régiment s’affirme dans sa capacité à s’affranchir des contraintes d’usure du terrain. Le principe est simple : éloignée et camouflée, une deuxième équipe de commandement prend le relais lorsque le poste de commandement principal doit se réarticuler sur une nouvelle position dans le but d’éviter toutes détections et de rester mobile, lui permettant de suivre le cours de la guerre et de maintenir la liaison en gardant une proximité relative avec les troupes terrestres amies.
Le poste de commandement tactique est bien moins développé que le PC principal, il garde le minimum d’hommes nécessaire au commandement du GTASA, il est accompagné d’une section attachée à la défense rapprochée et dispose d’un minimum de véhicules, son avantage majeur est donc d’être pratiquement invisible du fait de son dispositif restreint, dispositif qui une fois camouflé, peut prendre le relais du PC principal, sans rupture de liaison radio avec ce dernier, le temps qu’il soit totalement réarticulé. Malgré des capacités qui semblent réduites en apparence il bénéficie des mêmes capacités de conduite, de commandement et de suivi en temps réel de l’action 3D en cours et à venir que le PC principal.
La montée en puissance de la défense sol-air française
Dans un contexte où les menaces aériennes se diversifient (drones, hélicoptères, avions de chasse ou munitions téléopérées), AEGIS 25 illustre la montée en puissance de la défense sol-air française. Cet exercice a permis d’atteindre les objectifs fixés par la 19e BRIG. ART qui a été déployé au format d’un poste de commandement toute la durée de cette longue séquence, tout en assurant la direction de l’exercice ainsi que l’animation haute grâce à son système JEANETTE (système d’animation et d’exploitation de la 3e dimension) au profit du GTASA du 54e RA.
Le bilan des actions 3D en est une preuve irréfutable : 136 missions de tous types conduites, 41 créneaux de vol au total, soit 12 aéronefs engagés par jour et 59 heures d’animations 3D soit plus de 5 heures d’animations par jour. AEGIS 25 est un défi que le 54e RA a relevé avec succès du fait de ces résultats lors de cette première séquence de contrôle et d’évaluation de sa brigade qui continuera de l’accompagner jusqu’à la prise d’alerte de l’ARF 26 de l’OTAN.
Après avoir prouvé sa capacité à manœuvrer en terrain libre en dépit de toutes ses contraintes le 54e RA reprend le chemin de ses prochains défis opérationnels, le premier étant la campagne de tir TOLL, un autre exercice conçu et conduit par le 19e BRIG. ART et qui se déroulera prochainement sur l’Île du Levant avec les 1er et 61e régiments d’artillerie.
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