Le stagiaire volontaire Vincent et le Capitaine Godefroy, du 1er RSMV : « la détermination des para-athlètes force l’admiration »
ENTRETIEN CROISÉ - Issu du 1er régiment du Service militaire volontaire de Montigny-lès-Metz, Vincent hissera les drapeaux des athlètes champions lors des remises de médailles pendant les Jeux paralympiques, du 28 août au 8 septembre. Il a répondu à nos questions avec le Capitaine Godefroy, son commandant d’unité.
Vincent, vous allez hisser les couleurs des athlètes champions pour les premiers Jeux paralympiques d’été de Paris 2024. L’évènement est historique : 4 400 athlètes, 182 nations, 22 disciplines… que représente cette mission pour vous ?
Vincent : À mon arrivée au Service militaire volontaire (SMV) il y a cinq mois, j’ignorais tout de cette mission. Lorsque j’ai appris que j’y participerai, j’ai ressenti un immense honneur. Comme l’a dit Tony Estanguet, le président du Comité d’organisation de Paris 2024, « cela n’arrive que tous les cent ans », en France ! C’est une mission qui permettra un grand partage, je trouve cela très chouette. Y participer, grâce au SMV, est très honorifique.
Capitaine Godefroy : C’est une mission particulière. Nous avons au SMV des jeunes qui ont des parcours de vie plus ou moins difficiles en fonction des expériences de vie qu’ils ont eues. Avec les Jeux paralympiques, nos stagiaires volontaires découvrent des hommes et des femmes marqués dans leur chair ou psychologiquement, qui ont réussi à se reconstruire par le sport. Un lien existe donc entre un jeune du SMV et un champion paralympique : à un moment, l’un ou l’autre doit trouver les réponses en lui-même pour avancer. Bien sûr, les deux situations sont différentes. Mais a minima, il y a une idée intéressante de cheminement pour l’athlète comme pour le jeune du SMV vers un objectif qui est, pour certains, la reconstruction.
Vincent, à quelques jours des premiers podiums, dans quel état d'esprit êtes-vous ?
V : À l’annonce de notre participation avec mes camarades, j’étais très heureux. À quelques jours, comme c’est notre première mission, il y a certes un petit peu de stress mais surtout beaucoup de joie. Cette mission sera sûrement très intéressante et surtout instructive.
Capitaine Godefroy, comment les stagiaires volontaires ont-ils été recrutés pour hisser les drapeaux ?
CNE Godefroy : J’ai embarqué plus des trois quarts des jeunes de ma section, soit 65 jeunes. Les absents sont ceux qui passent leur permis ou qui ne pouvaient pas être là. Tout jeune a vocation à pouvoir partir et ils ont toute ma confiance. Il y a en outre un enthousiasme général pour participer à cette mission !
Comment les avez-vous préparés à un tel évènement ?
CNE Godefroy : La véritable formation sera assurée par le Comité olympique, qui a son propre cérémonial. Les sessions d’entraînement auront lieu le 24 août, et possiblement le 26. Là, ils s’entraîneront à marcher au pas, hisser les drapeaux sur des mâts à potence ou des mâts droits, etc.
De notre côté, au SMV, je leur ai fait une courte présentation en amphithéâtre, suite à la reconnaissance de site et du dispositif début août. Mes chefs de groupe leur ont également montré comment hisser les couleurs, comment plier ou déplier le drapeau, etc. En ce qui concerne le 1er RSMV que je commande, je suis chanceux car les jeunes ont déjà suivi cinq mois de formation sur neuf, ils ne partent donc pas de rien. Ils ont défilé à Metz le 13 juillet pour la plupart ainsi qu’à deux passations de commandement (une au niveau compagnie, l’autre au niveau chef de corps). Ils ont également assisté aux cérémonies du 8 mai.
Connaissez-vous le programme quotidien des jeunes pendant les Jeux ?
CNE Godefroy : Chaque groupe aura son rythme en fonction des disciplines. Par exemple, pour les jeunes déployés sur les épreuves de para athlétisme, les podiums seront quotidiens. Pour d’autres stagiaires volontaires, sur d’autres épreuves, ils pourraient attendre plusieurs jours avant d’avoir une levée de drapeaux.
Vincent, quelle place le sport occupe-t-il dans votre vie et que vous apporte-il ?
V : Le SMV m’a redonné goût au sport, que je ne pratiquais pas spécialement avant. Nous sommes bien encadrés, et cela donne envie de poursuivre cette voie !
Selon vous, en quoi l’esprit des Jeux paralympiques (les valeurs du Comité international paralympique sont détermination, égalité, inspiration et courage) peut-il inspirer des jeunes ou moins jeunes, même en dehors du monde du sport ?
V : Je pense que ces Jeux sont l’occasion de permettre à toutes les personnes en situation de handicap, de naissance ou par accident, de prouver que même si l’on est inapte on peut se reconstruire grâce au sport. Il fixe des objectifs, impose un dépassement de soi. Je trouve cela magnifique.
CNE Godefroy : Ces athlètes paralympiques forcent l’admiration. Il y a un côté où l’on se dit que dans la vie tout n’est pas dû : avoir un repas chaud, un toit, l’usage de nos deux jambes, etc. Cela fait prendre du recul. Cela peut arriver à n’importe qui, dans nos familles, nous-mêmes avons des frères d’armes qui se retrouvent dans cette situation suite à de graves blessures de guerre. Ces Jeux laissent entrevoir une vision : ces individus sont comme nous, ils existent et nous pouvons nous inspirer de leurs parcours et de leur courage.
Certains athlètes paralympiques qui participent aux Jeux ont vu leur vie basculer après un accident, à l’image de l’archer Damien Letulle ou l’escrimeur Maxime Valet. Selon vous, comment le sport permet-il de surmonter son handicap après de tels drames ?
V : Pour une personne qui a été blessée, je pense que le sport, avec les objectifs et le dépassement de soi qu’il induit, je le disais tout à l’heure, peut-être une motivation à reprendre goût à la vie. La détermination et la volonté des athlètes paralympiques est admirable et inspirant.
CNE Godefroy : Le sport vous fait sortir de votre zone de confort. Je m’explique. Quand on est valide, tout va bien, on ne se pose pas de question. Mais cette perturbation de votre vie quotidienne (perte d’un membre, accident, perte de la vue…) vous pousse à revenir à des questions « primaires » : comment faire pour me déplacer, pour voir, comment faire pour m’en sortir ? Le sport est un bon moyen car il permet à l’athlète invalide (ou tout autre individu) de bénéficier d’une structure pour pouvoir s’élever : ils sont accompagnés par des professionnels (kinésithérapeutes, médecins, psychologues, d’autres camarades sportifs…), cela donne confiance. Volonté, objectifs et confiance permettent d’avancer.
Vincent, que souhaiteriez-vous faire après le SMV ?
V : Je souhaite m’engager dans l’Armée à l’issue de ma formation au SMV. J’y suis rentré pour me dépasser, reprendre confiance en moi. Le SMV m’a aussi permis de me remettre en condition, moi qui n’étais pas un grand sportif ! Tout est possible désormais.
Le 1er RSMV de Montigny-lès-Metz
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