« Le partenariat entre le Muséum national d'Histoire naturelle et le ministère des Armées améliore notre connaissance de la biodiversité sur les emprises militaires »

Direction : SGA / Publié le : 26 septembre 2025

Emma Dousset, adjointe au sous-directeur des risques, de l’environnement et du développement durable de la Direction des territoires, de l’immobilier et de l’environnement (DTIE) du ministère, nous éclaire sur les raisons de cette convention-cadre à l’occasion de la Semaine européenne du développement durable. 

Emma Dousset (DTIE) - © DR

Propos recueillis par Hugues Boulet

Depuis 2019, une convention-cadre existe entre le Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) et le ministère des Armées, partenariat renouvelé en 2024 pour une période de six ans. Quel est l’objectif de cette collaboration ?

Emma Dousset. Plus de 350 agents du ministère des Armées travaillent directement sur des sujets liés à l'environnement, la préservation de la biodiversité, l'accès à la ressource en eau, la prévention des pollutions… Pour les accompagner et les appuyer, mais aussi pouvoir mener des actions structurées à l'échelon national, nous avons besoin de recourir à une expertise plus poussée. Or, ce n’est pas la vocation du ministère que d’être expert dans ces domaines, même s’il les mobilise au quotidien pour ses missions. Le ministère s'appuie donc sur des partenariats avec des organismes experts, tel le Muséum. La convention-cadre a pour but principal d’améliorer la connaissance de la biodiversité sur les emprises militaires et de sa gestion – enjeux locaux, espèces en présence, milieux naturels. 

Cette connaissance permet ensuite de définir une stratégie de gestion adaptée, déclinée au niveau local par les agents chargés de l’environnement au ministère pour concilier activités militaires et préservation de la biodiversité.

Quels ont été les résultats obtenus au terme de la première convention (2019-2024) et les décisions prises par la suite par le ministère ?

ED. Le MNHN nous a aidés à disposer d'une première évaluation des enjeux globaux du foncier du ministère en termes d'espèces présentes. Ces analyses, qui s’appuient sur les données d’inventaires intégrées dans l’inventaire national du patrimoine naturel, ont confirmé le fort potentiel écologique des emprises du ministère avec plus de 680 espèces à enjeux patrimoniaux et plus de 520 espèces protégées recensées. Le Muséum nous a aussi aidés à analyser la façon dont le foncier du ministère vient intégrer les aires protégées à l'échelle nationale et donc à cerner sa contribution à la stratégie nationale des aires protégées.

Avec l’appui du MNHN, nous avons aussi pu tester sur le Centre national des sports de la Défense (CNSD à Fontainebleau) la mise en œuvre de l'indice de qualité écologique. Il s’agit d’un protocole de suivi de la biodiversité pour mieux connaître les espèces et les habitats présents sur le camp, afin d'établir des préconisations de gestion adaptées. 

« Les représentants du Muséum national d'Histoire naturelle sont intervenus dans le cadre de plusieurs séminaires organisés par le ministère »

Le MNHN nous a également aidés à établir des guides et des documents-ressources pour que les personnels du ministère et leur partenaires écologiques locaux standardisent la récupération des données de biodiversité sur les emprises du ministère, afin de pouvoir les structurer et, in fine, capitaliser sur toute cette donnée.

Un travail de sensibilisation a également été réalisé avec l'appui du MNHN. Ses représentants sont intervenus dans le cadre de plusieurs séminaires organisés par le ministère pour proposer des présentations sur les enjeux de biodiversité pour les personnels des armées. 

Ce partenariat a enfin permis d'améliorer les connaissances sur les interactions entre les activités militaires et la biodiversité grâce à un travail bibliographique, qui a été confronté avec des observations réalisées sur certains sites.

Signature, le 5 mars 2024, du renouvellement de la convention avec le MNHN © Compte X de Patricia Miralles

Signature, le 5 mars 2024, du renouvellement de la convention avec le MNHN

Signature, le 5 mars 2024, du renouvellement de la convention avec le MNHN

Signature, le 5 mars 2024, du renouvellement de la convention avec le MNHN

Quels sont les axes de travail décidés dans le cadre du renouvellement de la convention (2024-2030) ?

ED. La convention initiale ayant permis de consolider la connaissance sur les espèces, l’enjeu pour la nouvelle période est de compléter ces travaux en nous concentrant davantage sur les milieux naturels comme les zones humides, et donc sur les habitats présents sur les sites militaires afin de faire le lien entre espèces et milieux. Nous allons notamment travailler sur des zones pilotes, que nous sommes en train de définir, avant d'étendre la méthode sur le reste du territoire national. 

La nouvelle convention va aussi nous permettre de mieux travailler sur les territoires d'outre-mer, sur lesquels le ministère a des emprises importantes et où la biodiversité est moins bien connue. 

Nous voulons également développer des travaux de recherche et de développement (R&D) qui pourraient, par exemple, porter sur les continuités écologiques.

Dans le cadre de la protection de la biodiversité, le ministère des Armées a par ailleurs noué un partenariat avec la Fédération des conservatoires d’espaces naturels (FCEN), et cela depuis de nombreuses années. En quoi consiste-t-il ?

ED. Les conservatoires d'espace naturel (CEN) sont des associations à but non lucratif, gestionnaires écologiques, reconnus pour leur expertise scientifique et technique. Le partenariat avec la Fédération, et en local avec les CEN, permet un travail collaboratif qui doit nous aider à avoir une gestion écologique des emprises militaires, adaptée à la fois aux enjeux de biodiversité et aux besoins de préparation et d'entraînement des militaires. Par rapport au partenariat avec le MNHN, celui avec les CEN est davantage tourné vers l’action de terrain. Il est déjà bien ancré et apprécié des armées, directions et services sur le terrain. 

« Le partenariat avec les Conservatoires d'espaces naturels est davantage tourné vers l’action de terrain. »

Des premiers partenariats locaux avec les CEN se sont noués dès les années 1990 dans certaines régions. Une convention à l'échelle nationale avec la FCEN a été signée en 2009, qui a notamment permis d'élaborer un premier projet « Life Nature », ayant bénéficié d’un financement par l'Union européenne. Une deuxième convention a été signée en 2015 pour une durée de 10 ans. Elle a notamment permis de construire et porter un nouveau projet Life, « Life NaturArmy », (2019-2024) pour atteindre une gestion durable des terrains militaires. C'est un projet de gouvernance qui a vocation à structurer l'action au niveau national, en s'appuyant sur des sites pilotes au niveau local afin de tester des dispositifs et construire des outils déployables ensuite sur les autres emprises du ministère, avec des actions d’animation, de communication et de sensibilisation. Le partenariat se poursuit au-delà du Life NaturArmy, avec une nouvelle convention sur le point d’être signée entre le ministère des Armées et la FCEN. 

Les partenariats permettent un travail collaboratif pour une gestion écologique des emprises © Julie Garcin

Les partenariats permettent un travail collaboratif pour une gestion écologique des emprises

Travail entre militaire et organisations écologiques

Travail entre militaire et organisations écologiques

D’autres partenariats existent-ils ou sont-ils à l’étude dans un objectif de protection de l’environnement ?

ED. La DTIE a effectivement noué des partenariats avec le Conservatoire du Littoral, qui gère certaines emprises à fort potentiel écologique autrefois utilisées par les armées, la Ligue de protection des oiseaux (au travers par exemple d'un protocole national sur le Gypaète barbu) ou encore avec l'Office français de la biodiversité, qui était un des financeurs du projet « Life Nature Army ». 

Ces partenariats s’inscrivent tous dans le cadre de la stratégie défense durable 2024-2030, qui vise à faire de la transition écologique un levier pour l’exercice et la pérennité de ses missions et qui traduit l’engagement du ministère des Armées au profit de la transition écologique, engagement qui figure dans la Loi de programmation militaire 2024-2030. L'objectif pour le ministère des Armées est de construire une défense durable et de s'assurer de la soutenabilité dans la durée de l'outil de défense, pour l'autonomie du ministère et la préservation de sa capacité d'action. Les partenariats avec des experts permettent de compléter les compétences du ministère et de monter collectivement des projets qui permettront de mieux connaître et intégrer les enjeux de transition écologique et ainsi de construire réellement une défense durable.

La Stratégie de préservation de la biodiversité

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