ORION 2026 : un wargame inédit pour plonger les acheteurs d’infrastructure en situation de crise

Direction : SGA / Publié le : 21 avril 2026

ENTRETIEN. Pour l’IPMI* Ugo, chef de section « processus, outils et méthode de l’achat » au sein de la sous-direction Stratégie et Pilotage de l’achat d’infrastructure (SDSPAI) et concepteur du wargame AOI, le wargame est l’outil le plus pertinent pour faire vivre, et non plus décrire, les situations auxquelles les acheteurs pourraient être confrontés en cas de crise. Un exercice inédit, « Achat Opération d’Infrastructure », a eu lieu le 11 mars dernier dans le cadre d’ORION 2026.

Le wargame « Achat Opération d’Infrastructure », a eu lieu le 11 mars 2026 - © SID

C’est la première fois au sein du SID qu’un wargame est réalisé sur un scénario d'achat d'infrastructure opérationnelle. Le 11 mars 2026, plusieurs acheteurs de l’infrastructure, issus des 7 établissements régionaux, ont participé à l’exercice inédit « Achat Opération d’Infrastructure », à la direction centrale du SID, à Versailles.

Outil d’entrainement et d’aide à la décision, utilisé par les armées du monde entier, le wargame ou « jeu de guerre », est un exercice de simulation qui reproduit une situation de conflit ou d’opération, sans engagement réel de forces sur le terrain. Il peut prendre différentes formes : une simulation sur table avec des cartes et des pions (format hérité du Kriegsspiel prussien du XIXe siècle), un exercice de poste de commandement avec des logiciels de simulation ou encore des exercices joués en salle avec des équipes adverses.

Le wargame « Achat Opération d’Infrastructure », a eu lieu dans le cadre d'Orion 2026 © SID

Le wargame « Achat Opération d’Infrastructure », a eu lieu dans le cadre d'Orion 2026

Vous êtes à l'origine du wargame achat « Opération d'Infrastructure » organisé le 11 mars 2026 dans le cadre de l’exercice ORION 2026. Pouvez-vous nous en présenter la genèse ?

IPMI Ugo : L'idée est née d'un constat simple : les acheteurs d'infrastructure de défense évoluent dans un environnement où la pression opérationnelle, les contraintes réglementaires et l'urgence des théâtres se conjuguent en permanence. Or, nos formats d'apprentissage traditionnels, séminaires, retours d'expérience et fiches de doctrine peinent à restituer cette complexité en temps réel. Le wargame, transposé du monde des opérations vers la fonction achat des opérations infrastructure, m'a semblé être le levier pédagogique le plus pertinent pour faire vivre, et non plus seulement décrire, les situations auxquelles nos acheteurs pourraient être confrontés en cas de crise.

En quoi cet exercice est-il inédit ?

C'est, à ma connaissance, la première fois que la mécanique du wargame est appliquée de bout en bout à un scénario d'achat d'infrastructure opérationnelle. Nous avons construit un scénario crédible, rythmé par des événements supplémentaires réalistes : évolution du besoin, tensions avec les opérateurs économiques, arbitrages juridiques, contraintes de délais imposées par la manœuvre. Les participants n'ont pas « étudié un cas », ils ont décidé sous contrainte, en assumant les conséquences de leurs choix dans un déroulé d’événements réalistes. Cette bascule de la posture analytique vers la posture décisionnelle constitue, à mon sens, la véritable rupture méthodologique de l'exercice.

Le partenariat avec l'état-major opérationnel du SID a joué un rôle tactique. Pourquoi ?

Sans l'état-major opérationnel, l'exercice serait resté un jeu de gestion. Sa contribution a permis d'ancrer le scénario dans la réalité de la manœuvre infrastructure : urgence, priorisation, articulation avec les différents sites, conseils et aide à la décision. Ce partenariat illustre une conviction forte : l'achat n'est pertinent que s'il est pensé comme un maillon de la chaîne opérationnelle de l’infrastructure, et non comme une fonction support déconnectée. C'est cette hybridation des cultures, opérationnelle et achat, qui a donné sa densité à l'exercice.
 

« L'achat n'est pertinent que s'il est pensé comme un maillon de la chaîne opérationnelle de l’infrastructure, et non comme une fonction support déconnectée. »

IPMI Ugo


Quel bilan tirez-vous sur la cohésion entre les acheteurs des SID-R et de la DCSID ?

C'est l'un des acquis les plus marquants de la journée. Trop souvent, les acheteurs dans les établissements régionaux et ceux de l'échelon central travaillent en parallèle sans réelle occasion de confronter leurs pratiques. Le wargame a créé un espace neutre où chacun a pu mesurer la valeur ajoutée de l'autre : la connaissance fine du terrain pour les SID-R, la vision transverse et la maîtrise contractuelle pour la DCSID. Les échanges informels qui ont suivi témoignent d'une cohésion renforcée, et surtout d'une envie partagée de poursuivre ce type de format.

Et la suite ?

Capitaliser, documenter, et surtout réitérer. Ce premier wargame a démontré sa pertinence ; il doit désormais s'inscrire dans une logique d'entraînement régulier de la communauté achat infrastructure, d’autant que le dossier d’exercice comporte encore de nombreux scenarii !

*Ingénieur Principal Militaire d'Infrastructure

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