Margaretha Geertruida Zelle dite « Mata Hari » : la danseuse devenue espionne

Direction : SGA / Publié le : 15 octobre 2025

Le 15 octobre 1917, Mata Hari est fusillée à l’aube après un procès l’ayant déclarée coupable d’espionnage. Qui était-elle vraiment ? D'où vient celle qui s'est fait connaître par ses danses javanaises ? Quel rôle a-t-elle joué durant la Première Guerre mondiale ? Rencontre avec Cécile Bosquier-Britten, Chef de la division Guerre et armée de Terre au Service historique de la Défense.

Mata Hari, espionne ou bouc émissaire ? Une légende fusillée en 1917 © SGA/COM

Mata Hari, espionne ou bouc émissaire ? Une légende fusillée en 1917

Propos recueillis par Marguerite Silve Dautremer

Mata Hari est fusillée pour « intelligence avec l’ennemi » le 15 octobre 1917, à Vincennes. Ce jour-là, elle est vêtue luxueusement d’une robe de soie garnie de fourrure, coiffée d’un chapeau orné de plumes d’autruche, un manteau jeté sur les épaules… à l’image de la femme qu’elle a incarnée : libre dans son esprit et dans son corps. Est-ce sa mort qui l’inscrit dans la légende ou bien est-elle déjà entrée dans la légende de son vivant ?

Cécile Bosquier-Britten : Mata Hari était déjà internationalement célèbre de son vivant. Son procès s’est déroulé à huis-clos justement pour éviter la présence de la foule ou de la presse. Après son exécution, de nombreux articles chroniquent son exécution dans les journaux français ou étrangers. Dans l’entre-deux guerre, un livre sur elle est publié tous les ans et elle a été depuis incarnée au cinéma à de nombreuses reprises.

Qu’incarne Mata Hari aujourd’hui dans l’imaginaire collectif ?

C.B-B : Mata Hari est moins connue aujourd’hui des très jeunes générations. Son existence est pourtant digne du plus inventif des scénarii : jusqu’à une période récente, chacun avait son avis, fondé grâce à la lecture d’ouvrages ou au visionnage de films et documentaires, sur la culpabilité ou non de Mata Hari. La Hollande, par l’intermédiaire de la fondation hollandaise Mata-Hari, a même demandé sa réhabilitation à la France en 2001, la considérant comme une héroïne nationale et non comme une traitresse.

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Mata Hari, espionne ou bouc émissaire ? Une légende fusillée en 1917

Mata Hari a respectivement travaillé pour les renseignements allemands et français. Comment assume-t-elle cette double casquette ?

C.B-B : Il est difficile de dire avec certitude si Mata Hari avait conscience des risques pris en acceptant de fournir des renseignements à deux puissances ennemies. Dans un premier interrogatoire, le 13 février 1917, jour de son arrestation, elle nie avoir travaillé pour l’Allemagne : « Je suis innocente. Quel jeu a joué avec moi le contre-espionnage français puisque je suis à son service et que je n’ai fait qu’agir sur ses instructions ! ». Puis lors de ses aveux complets le 21 mai 1917, elle indique « Je suis décidée aujourd’hui à vous dire la vérité. Si je ne l’ai pas dite jusqu’alors, c’est que j’éprouvais certains sentiments de honte (…) ».

Quid de ses convictions politiques ou idéologiques ?

C.B-B : Les déclarations de Mata Hari dans les archives (lettres, procès-verbaux d’interrogatoires) ne permettent pas de le dire. 

Mata Hari a finalement fourni peu d’informations capitales pour les services de renseignements. Au fond, était-elle une « bonne espionne » ?

C.B-B : Dans ses mémoires, l’espionne allemande qui l’avait formée, Fräulein Schragmüller, disait à propos de Mata Hari : « Pas une des nouvelles qu'elle a envoyées n'était utilisable, et ses informations n'ont eu pour nous aucun intérêt politique et militaire. » Mata Hari indique elle-même, lors de son interrogatoire du 21 mai 1917 : « Je n’ai jamais fait d’espionnage. J’ai toujours vécu pour l’amour et le plaisir. Je n’ai jamais fréquenté personne pouvant me renseigner. Je n’ai pas cherché non plus à m’introduire dans des milieux intéressants ».

Aurait-elle pu échapper à son exécution ?

C.B-B : Après avoir été condamnée à mort par le Conseil de Guerre, Mata Hari se pourvoit en révision mais son recours est rejeté. Sa demande de grâce est également refusée par le président Raymond Poincaré. Mata Hari a reconnu avoir accepté de fournir des renseignements à la fois à la France et à l’Allemagne, deux pays en guerre. Reconnue coupable à l’unanimité d'espionnage et d'intelligence avec l'ennemi dans le but de favoriser ses entreprises, il semble peu probable, dans un contexte de conflit armé, qu’elle ait pu échapper à son exécution.

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