Cécile Beresnikoff : « mon projet est un parcours hommage aux Sentinelles de la ligne 6 »
Arrière petite-fille du résistant Alexandre Beresnikoff dit « Corvisart », Cécile Beresnikoff, étudiante en mastère 2 de tourisme et patrimoine à l’IESA, consacre son projet universitaire de fin d’année à un groupe de quatre hommes, tous membres du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), basé à Londres auprès du général de Gaulle lors de la Seconde Guerre mondiale. Ils s’étaient choisis pour pseudonymes des noms de stations du métro parisien.
Pourquoi avoir consacré un projet d’étude à votre arrière-grand-père ?
J’ai voulu rebondir sur mon histoire familiale, riche et forte en émotions, et sur la commémoration des 80 ans de la Libération pour monter ce projet. Alexandre Beresnikoff était un « Russe blanc » naturalisé français en 1932. C’était quelqu’un de très discret et humble, il ne parlait jamais de ses exploits. Nous avons appris beaucoup de choses sur lui après sa mort, comme le fait qu’il ait sauté en parachute pour la première fois de sa vie lors du siège de Narvik en Norvège, de surcroît en pleine nuit et dans la neige. Ou encore, que cet intellectuel avide de lectures et de grandes balades en solitaire, a dû échapper aux Allemands lors de la première mission effectuée sur le sol français. Et bien qu’il ait noté au jour le jour ses activités durant la guerre dans des carnets que nous avons récupérés, beaucoup de choses restent encore floues et demeurent dans l’inconnu. Nous espérons que la remise de ces archives au Service Historique de la Défense (SHD) permettra d’éclaircir des zones d’ombre encore tenaces.
Il fait partie de ce groupe que vous avez baptisé les « Sentinelles de la ligne 6 ». En quoi consiste ce concept ?
Au début, je ne pensais parler que de mon arrière-grand-père, mais je me suis rendu compte que je manquais de matériaux. Je savais que plusieurs autres membres du BCRA (Bureau central de renseignements et d’action) avaient choisi comme pseudonymes de résistant des stations de métro de la ligne Nation- Étoile, devenue la ligne 6 : André Dewavrin (Passy), Maurice Duclos (Saint-Jacques), Raymond Lagier (Bienvenüe) et donc Alexandre Beresnikoff (Corvisart). Ils avaient rejoint très tôt le général de Gaulle à Londres pour former ce qui allait devenir le BCRA, ce service de renseignement qui, depuis Londres, agissait dans la France occupée. Passy était le chef du bureau, Corvisart celui de la section « Évasion » et Bienvenüe celui de la section « Action ». J’ai choisi ce terme de « Sentinelle » qui évoque une personne dans l’ombre, aux aguets, ce qui est le propre des agents secrets. Mon idée a été de créer un parcours hommage pour ces résistants des renseignements, qui étaient jusque-là un peu les oubliés de la commémoration des 80 ans et peu connus du grand public. J’ai ainsi pu rencontrer Nathalie Genet-Rouffiac, à l’époque conservatrice en chef au SHD. Elle s’est montrée tout de suite intéressée par l’idée que je portais car cela correspondait à un manque de reconnaissance qu’elle avait identifié. Grâce à elle, j’ai pu construire ce parcours main dans la main avec le SHD.
Quelles sont les étapes de ce parcours hommage ?
La première, c’était le 9 avril, lorsque les familles de Corvisart et Passy ont remis leurs archives militaires aux SHD en présence de la Secrétaire d’État chargé des Anciens Combattants et de la Mémoire Patricia Mirallès, le tout dans un reportage de TF1 sur le sujet diffusé le 16 avril suivant. La deuxième étape a été la Nuit des musées, le 18 mai, durant laquelle le SHD a ouvert la porte de ses locaux à Vincennes, avec une vitrine consacrée aux archives de mon arrière-grand-père. La troisième étape, ce sont ces vidéos sur les « Sentinelles de la ligne 6 » mises en ligne sur le site Internet du ministère des Armées, également visibles sur X et Linkedin.
Quelle est l’importance historique de ce groupe de résistants ?
Elle a été cruciale, si ce n’est vitale. Les Services secrets américains ont fini par admettre que 80% des informations ayant permis la libération du sol français provenaient du BCRA. Ce service était composé d’agents très jeunes qui, à l’origine, n’étaient absolument pas qualifiés pour cette activité. Mais leur détermination et leur dévouement envers leur pays ont compensé ces manques car les Sentinelles se sont avérées des agents extrêmement efficaces et redoutables sur le terrain.
Les « héros de l’ombre », combattants de la France libre : Alexandre Beresnikoff, alias "Corvisart"
Regarder sur Youtube
Contenus associés
2025 : une année d’engagement culturel en chiffres
Édition, audiovisuel … 2025 aura été marquée par un soutien massif à la création et à la diffusion des savoirs autour des thématiques de défense, d’histoire et de mémoire. Des résultats qui traduisent concrètement l’action et les performances de la Direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA).
13 janvier 2026
Le génie de Walt Disney derrière les insignes de l’armée française
Mobilisé en France au sein de l’armée américaine durant la Première Guerre mondiale, Walt Disney bariole l’ambulance qu’il conduit de ses propres dessins. Plus tard dans les années 1950, sur commande de l’armée française, il réalise une centaine d’insignes pour plusieurs unités, dont deux subsistent encore aujourd’hui.
15 décembre 2025
« Les sciences et la guerre », le nouveau numéro spécial de Chemins de la mémoire
Comment les progrès scientifiques ont-ils remodelé les conflits modernes ? Des innovations médicales aux armes de destruction massive, en passant par l’essor des drones, explorez un héritage pluriel et l'empreinte durable des sciences sur la conduite de la guerre.
11 décembre 2025