Catherine Dior : « Héros de l’ombre », combattante de la France libre

Direction : SGA / Publié le : 08 mars 2026

Ginette Dior, dite Catherine Dior, naît à Granville en 1917. Sœur cadette du célébrissime couturier Christian Dior, elle intègre le réseau de résistance franco-polonais F2 en 1943. Arrêtée par la Gestapo un an plus tard à Paris, elle est torturée mais ne cède pas. Déportée à Ravensbrück, en Allemagne, elle en réchappe en mai 1945 et revient en France.

Catherine Dior intègre le réseau de résistance franco-polonais F2 en 1943 - © @collateral sur Pinterest

Tout commence à Granville, en Normandie. Les parents de Catherine, Alexandre Maurice Louis Dior et Marie-Madeleine Dior, mènent une vie aisée et paisible entourés de leurs quatre premiers enfants, dont Christian, le second, grâce au commerce d’engrais et d’eau de Javel dans lequel s’enrichit le père de famille. Les Dior vivent dans une vaste villa, Les Rhumbs, face à la Manche. Catherine, benjamine de la fratrie, naît en 1917 et connaîtra, contrairement à sa fratrie, une enfance parisienne, la famille ayant déménagé à Paris sept ans avant sa naissance.

Les années qui suivent sont difficiles. Le krach boursier de 1929 contraint la famille à déménager dans le Sud, dans le petit village varois de Callian, à 800 kilomètres de la capitale. Ruiné « en quelques jours », racontera plus tard Christian Dior, Maurice Dior perd ensuite brutalement son épouse en 1931, à l’âge de cinquante-deux ans. Le frère de Catherine, Bernard, est quant à lui interné pour schizophrénie.

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À 18 ans, Catherine Dior se rend à Paris à l’invitation de son frère Christian et travaille auprès de lui. Malgré leurs douze ans d’écart, ils s’entendent à merveille et partagent une même passion pour les fleurs et les jardins, héritée de leur mère, mais aussi pour la musique et l’art. Catherine est par ailleurs la seule à qui Christian Dior confie son homosexualité.

Cinq ans plus tard, le grondement des canons de la Seconde Guerre mondiale contraint la jeune femme à retourner auprès de son père dans le Sud. Elle s’installe dans son petit mas sans confort ni électricité, Les Naÿssès, acquis par Maurice Dior suite à la vente de sa propriété granvillaise. « En ces temps de guerre, Catherine Dior y vit sans électricité ni agrément, cultivant sur le terrain qui entoure la maison de son père quelques haricots verts et petits pois pour leur subsistance. Des dispositions difficiles qui sont pourtant bien loin des enfers qui l’attendent », souligne un article de Madame Figaro qui lui est consacré en 2024. Christian est quant à lui mobilisé en septembre 1939, rejoignant la 47e compagnie du génie.

La Résistance varoise

En 1941, Catherine s’éprend d’Hervé Papillaud des Charbonneries, vendeur d’appareils électriques auprès duquel elle achète un poste radio pour écouter le général de Gaulle sur la BBC. Il fait alors partie du réseau franco-polonais F2, l’un des tout premiers réseaux de Résistance en France, qu’elle décide de rejoindre le 1er juillet 1943.

Spécialisé dans le renseignement sur l’armement et les mouvements des armées allemandes, ce réseau, sous la tutelle de l’amiral Trolley de Prévaux, est aussi, à l’époque, la première organisation de résistance dotée de ses propres moyens radio à exercer son activité clandestine sur le sol français.

Implantation du réseau F2 en décembre 1940 © Service historique de la Défense 17P 129 / Droits réservés

 Implantation du réseau F2 en décembre 1940

Sous le pseudonyme « Caroline », Catherine transmet des rapports de renseignements sur les infrastructures et les mouvements de troupes et de vaisseaux allemands (ce qui nécessite de nombreux trajets à vélo), pour le compte des services secrets britanniques.

En 1944, la Gestapo sévit sur la Côte d’Azur et de nombreuses arrestations ont lieu. Catherine regagne Paris où on lui indique qu’elle y sera plus en sécurité. Elle utilise alors l’appartement de son frère Christian au 10, rue Royale, et y reçoit les membres de son réseau. Son frère ignore alors tout de ses activités clandestines.

Arrestation par la Gestapo : le tournant

Le 6 juillet 1944, à 16h30, Catherine est arrêtée par plusieurs hommes armés de la Gestapo, place du Trocadéro, à Paris. Elle est emmenée à leur quartier général situé au 180, rue de la Pompe, où elle est torturée.

Elle racontera ce terrible évènement dans un tribunal chargé d’une enquête sur les crimes de guerre, comme le relate la biographe britannique Justine Picardie dans son ouvrage Miss Dior, paru en 2021 aux éditions Flammarion : « À mon arrivée dans l’immeuble, je fus immédiatement soumise à un interrogatoire sur mon action dans la Résistance, et aussi sur l’identité des chefs sous les ordres desquels je travaillais. Cet interrogatoire fut accompagné de brutalités : coups de poing, coups de pied, griffes, etc. L’interrogatoire ne donnant pas satisfaction, je fus amenée dans la salle de bains. On me déshabilla, on m’attacha les mains, on me plongea dans l’eau où je restais trois quarts d’heure environ. ». 

Catherine est déportée dans l’un des derniers convois à quitter la France, le « convoi des 57 000 », au camp de concentration pour femmes de Ravensbrück, en Allemagne. Soumise à des conditions de travail effroyables, elle est finalement libérée après neuf mois de déportation, près de Dresde, en mai 1945.

Une vie loin du faste et des projecteurs

Après avoir repris des forces au cours de l’été 1945, au grand soulagement de sa famille, Catherine entreprend d’aider les familles de déportés à retrouver leurs proches et s’engage au sein de la Fondation pour la Résistance. Elle reçoit pour ses efforts la Légion d’honneur, la Croix de guerre 1939-1945, la Médaille de la Résistance française et la Croix du combattant volontaire de la Résistance.

Elle retrouve Hervé et, ensemble, ils commercialisent le fruit de l’exploitation de fleurs qu’ils ont plantées dans le jardin du mas des Naÿssès. Catherine fuit la lumière et suit de loin le succès de son frère. C’est dans cette maison qu’ils décident de s’installer après la mort soudaine de Christian Dior, survenue en 1957.

1947, à Callian. Hervé des Charbonneries, Catherine Dior, Christian Dior et « Ma » Lefèvre © Collection Dior/Parismatch.com

1947, à Callian. Hervé des Charbonneries, Catherine Dior, Christian Dior et « Ma » Lefèvre

Après la disparition de son frère adoré, Catherine Dior abandonne le commerce de fleurs et se consacre à la culture des roses et du jasmin. Après avoir mené une existence humble et discrète, elle s’éteint le 17 juin 2008 dans sa maison de Callian. On raconte que, jusqu’à sa mort, elle porta le parfum Miss Dior, jadis imaginé par son frère sur les souvenirs du jardin de Granville, en hommage aux fleurs que tous deux chérissaient tant.

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