Amour et résistance : ces couples mythiques qui ont défié l’occupant nazi

Direction : SGA / Publié le : 13 février 2026

Main dans la main, ils ont refusé de se soumettre au joug de l’occupant nazi durant la Seconde Guerre mondiale. Lutte armée ou intellectuelle, impression de journaux clandestins, renseignement de l’ombre ou actions armées spectaculaires, ces couples français ou venus d’ailleurs se sont battus au nom de la liberté, parfois au prix d’un destin tragique.

Raymond et Lucie Aubrac, Missak et Mélinée Manouchian - © Autoportrait de la résistance France 3, INA, 1990 / Archives Manouchian Roger-Viollet préfecture de Police de Paris

Raymond et Lucie Aubrac (Samuel)

Raymond Samuel, qui adopte le nom d’Aubrac pour dissimuler ses origines juives, et Lucie Bernard se rencontrent avant la Seconde Guerre mondiale, à Paris. Issus de milieux sociaux différents (lui est fils de commerçants aisés, elle issue d’une famille de vignerons de Saône-et-Loire), ils partagent très tôt un même attachement à la justice et à la République. À la fin des années 1930, Raymond est ingénieur des Ponts et Chaussées et Lucie enseignante, agrégée d’histoire.

Installés à Lyon, ils entrent ensemble en Résistance et rejoignent Jean Moulin. Ils participent à la création du mouvement Libération-Sud, l’un des principaux réseaux de la zone libre. Le couple poursuit son engagement tout en fondant une famille : leur fils Jean-Pierre naît en 1941 à Lyon, et leur fille Catherine en 1944 à Londres.

Au printemps 1943, Raymond est dénoncé puis arrêté à Caluire, en même temps que Jean Moulin. Incarcéré à la prison de Montluc, sous le contrôle de la Gestapo de Lyon dirigée par Klaus Barbie, il est torturé. Enceinte de leur second enfant, Lucie met alors en œuvre une évasion audacieuse devenue légendaire : se présentant sous une fausse identité, elle obtient un droit de visite puis organise l’attaque du convoi lors du transfert de son mari. Raymond parvient à s’évader grâce à l’intervention armée de son groupe.

Raymond et Lucie Aubrac © Autoportrait de la résistance France 3, INA, 1990

Raymond et Lucie Aubrac

Après cette évasion spectaculaire, Raymond, Lucie, enceinte, et leur fils se réfugient dans un maquis jurassien, avant de rejoindre Londres à bord d’un avion britannique, où ils poursuivent leur engagement pour la France libre.

Après la guerre, Raymond et Lucie Aubrac consacrent leur vie à l’enseignement, à l’action civique et à la transmission de la mémoire de la Résistance. Lucie devient une figure majeure du témoignage résistant, tandis que Raymond poursuit une carrière au service de l’État. Ils restent unis jusqu’à la fin de leur vie : Lucie s’éteint en 2007, Raymond en 2012. Leur histoire incarne l’un des visages les plus puissants de la Résistance française, où l’amour, l’intelligence et le courage ont défié la barbarie.

Missak et Mélinée Manouchian

Missak Manouchian et Mélinée Soukémian se rencontrent en 1934 à Paris, tous deux militants au sein du HOC (Comité de secours à l’Arménie soviétique). Orphelins et rescapés du génocide arménien de 1915, ils deviennent rapidement un couple uni par l’amour et l’engagement politique, symbolisant l’implication des étrangers dans la Résistance française. 
En 1933, Missak fonde et dirige le journal Zangou, auquel Mélinée contribue à ses côtés. Tous deux sont élus au comité directeur du HOC et travaillent ensemble pour la diffusion d’idées culturelles et politiques. Ils se marient en 1936, après une rencontre facilitée par la famille Aznavourian (les Aznavour).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Missak rejoint le groupe de résistants MOI (Main-d’œuvre immigrée) dès 1941, puis les Francs-tireurs et partisans - Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI), qu’il dirige d’août à novembre 1943. À ce poste, il coordonne des actions armées spectaculaires contre l’occupant nazi, la plus marquante étant l’assassinat de Julius Ritter, responsable du Service du travail obligatoire (STO) pour la France, le 28 septembre 1943 rue Pétrarque dans le 16e arrondissement de Paris. 

© ECPAD

Mélinée, de son côté, ne participe pas directement aux combats armés, mais accomplit un travail clandestin extrêmement risqué. Parlant arménien, elle tente de convaincre les prisonniers arméniens enrôlés de force dans la Légion arménienne de déserter et participe au service de renseignements des FTP-MOI, dirigé par Cristina Boïco après l’arrestation de Missak. Ce dernier est arrêté par la police française à Évry-Petit-Bourg le 16 novembre 1943 et exécuté au Mont Valérien le 21 février 1944. Quelques heures avant sa mort, il envoie une lettre d’adieu à Mélinée, devenue un symbole émouvant de leur amour et de leur engagement.

Après la guerre, Mélinée consacre sa vie à transmettre la mémoire de son mari et du groupe Manouchian, jusqu’à sa mort en 1989 à l’âge de 76 ans. Leur engagement et leur courage sont honorés par leur entrée au Panthéon le 21 février 2024, à l’initiative du Président de la République.

Cécile et Henri Rol-Tanguy

Cécile Le Bihan et Henri Rol-Tanguy* se rencontrent dans les années 1930, alors qu’ils sont tous deux engagés dans le mouvement communiste et militant pour la justice sociale. Leur engagement politique commun forge un lien solide.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Henri rejoint la Résistance dès 1940 et devient progressivement chef des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) pour la région parisienne, coordonnant les actions des réseaux armés contre l’occupant nazi. Cécile joue un rôle tout aussi crucial : dès 1940-1941, elle transmet des messages, cache des armes et des documents, organise la logistique pour les réseaux clandestins. Son travail permet aux résistants de rester en contact et d’agir malgré la surveillance de la Gestapo et de la police française.

*Né Tanguy, Rol devient son alias pendant la guerre. Il obtient ensuite de porter les deux noms : Rol-Tanguy.

Henri et Cécile Rol-Tanguy © Archives de la famille Rol-Tanguy

Henri et Cécile Rol-Tanguy

Le couple atteint le sommet de son engagement lors de la libération de Paris en août 1944 : Henri commande les FFI et organise l’insurrection dans la capitale, coordonnant les barricades et les combats de rue. Cécile, toujours en première ligne pour le soutien logistique, assure la transmission des ordres, le ravitaillement et le suivi des résistants blessés ou en mission.

Après la guerre, Henri et Cécile poursuivent leur engagement civique et politique. Henri continue à être actif dans les mouvements communistes et les associations de résistants, tandis que Cécile participe à la mémoire et la transmission de l’histoire de la Résistance, à travers des témoignages et des actions éducatives. Henri s’éteint en 2002 et Cécile quelques années plus tard en 2020, à l’âge de 101 ans. 

Exposition "Des couples engagés dans la résistance" le 14 février 2026, au Mémorial national de la prison de Montluc, à Lyon. Le temps d’une visite guidée, découvrez des itinéraires de couples engagés ensemble au sein de réseaux de Résistance et ayant été internés à la prison de Montluc.

Aller sur le site du Mémorial national de Montluc

Hélène et Philippe Viannay

Hélène Mordkovitch et Philippe Viannay se rencontrent à la fin des années 1930 alors qu’ils sont étudiants à Paris. Leur relation se construit autour d’un même attachement aux valeurs républicaines, à la culture et à la liberté de pensée, qui deviendront le socle de leur engagement résistant.

Après la défaite de 1940 et l’occupation allemande, ils entrent très tôt en Résistance. En juillet 1941, ils fondent ensemble le mouvement et le journal clandestin Défense de la France. Imprimé dans des conditions extrêmement précaires, le journal connaît une diffusion spectaculaire : de quelques milliers d’exemplaires au départ, il atteint plus de 450 000 exemplaires en 1944, devenant l’un des plus importants journaux clandestins de la Résistance française.

Philippe Viannay (au centre) et Hélène Viannay (tout à droite) © Fondation de la Résistance, AERI, collection Défense de la France DR

Philippe Viannay (au centre) et Hélène Viannay (tout à droite)

Philippe Viannay assure l’orientation politique et stratégique du mouvement, tandis qu’Hélène joue un rôle central dans l’organisation, la logistique, les liaisons et la diffusion. Elle participe activement à la fabrication, au transport et à la distribution de la presse clandestine, tout en contribuant à structurer un vaste réseau de résistants à travers la France. Leur action incarne une résistance intellectuelle et organisationnelle, fondée sur l’information, la mobilisation des consciences et la préparation de la Libération.

Après la guerre, Hélène et Philippe Viannay poursuivent leur engagement au service de la jeunesse et de la transmission. En 1947, ils fondent le centre nautique des Glénans, conçu comme un lieu d’éducation, de responsabilité collective et de liberté, dans l’esprit des valeurs portées pendant la Résistance.

Philippe Viannay s’éteint le 27 novembre 1986. Hélène Viannay poursuit son travail de transmission jusqu’à sa mort, le 18 août 2006. Ensemble, ils ont laissé une trace durable dans l’histoire de la Résistance française, incarnant une autre forme de combat : celui des idées, de l’organisation et de la confiance dans la jeunesse.

René et Marguerite Pellet

René et Marguerite Pellet forment, avant la guerre, un couple uni par des valeurs de courage, de discrétion et de fidélité à la France. Lorsque le pays est occupé, ils s’engagent ensemble dans la Résistance, conscients des risques extrêmes que suppose le combat clandestin.

René Pellet prend la tête du réseau de renseignement Marco-Polo, né à Lyon et rapidement étendu à l’ensemble de la zone sud, avec des relais jusqu’en zone nord. Le réseau collecte et transmet des informations stratégiques essentielles sur les mouvements de troupes, les infrastructures et l’organisation de l’occupant nazi, jouant un rôle clé dans la guerre du renseignement.

René et Marguerite Pellet © Famille Pellet

René et Marguerite Pellet

Marguerite Pellet participe pleinement à cet engagement. Arrêtée en novembre 1943, elle est déportée dans le plus grand secret selon le décret Nacht und Nebel (« Nuit et Brouillard »), destiné à faire disparaître les résistants sans laisser de traces ni d’informations à leurs proches. René Pellet est arrêté à son tour et exécuté le 23 août 1944 pour son rôle à la tête du réseau Marco-Polo. Marguerite, quant à elle, meurt tragiquement le 20 mars 1945, victime d’un bombardement américain à Amstetten, en Autriche, alors qu’elle est toujours en déportation.

Le destin de René et Marguerite Pellet incarne l’une des formes les plus dures de la Résistance : celle du renseignement, du secret et de l’effacement, où l’amour et l’engagement conduisent jusqu’au sacrifice total, sans reconnaissance immédiate, mais avec une fidélité absolue à la liberté.

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