[8 MARS] « Dans l’armée, les métiers "faits pour les femmes" n’existent plus »

Direction : SGA / Publié le : 08 mars 2026

Actuellement greffière militaire au tribunal judiciaire de Lille, l’adjudant Hélène Gandelin a effectué une première partie de sa carrière dans la Marine nationale, au sein des ressources humaines. À 38 ans, elle revient sur son expérience et ses engagements à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme.

L'adjudant Hélène Gandelin, greffière militaire au tribunal judiciaire de Lille - © DR, ministère des Armées et des Anciens combattants

Propos recueillis par Hugues Boulet

Pourquoi vous êtes-vous engagée dans la Marine nationale ?

Hélène Gandelin. Lorsque j’ai obtenu une licence d’histoire en 2010, je n’avais pas l’idée clairement établie de m’engager dans l’armée, même si mon père était médecin militaire. Au cours de mes études, j’ai toutefois souhaité découvrir ce milieu par le biais de la réserve opérationnelle. Dès 2009, j’ai effectué une préparation militaire marine, puis signé un contrat de réserviste à la base navale de Bayonne. Cette immersion m’a beaucoup plu. J’y ai découvert un univers structuré, porteur de valeurs. Dans la continuité, j’ai postulé comme volontaire aspirant dans l’armée de l’Air et de l’Espace, à Mont-de-Marsan. A l’issue de cette expérience, j’ai décidé de m’engager plus durablement dans la Marine nationale en entrant à l’école de Maistrance. Mon choix a suscité la surprise de mon entourage parce que j'étais plutôt discrète et réservée. Les gens autour de moi se demandaient : « Oui, d'accord, mais pour faire quoi ? ». Quant à mes parents, ils m’ont dit : « Si c'est ce que tu veux, vas-y. »

À vos débuts, comment avez-vous vécu le fait d’être une femme dans un environnement majoritairement masculin ?

Hélène Gandelin. Je l’ai bien vécu. Ce qui m’a marquée dès le départ est qu’on s’adressait à moi pour mes compétences, et non parce que j’étais une femme. Lorsqu’un militaire fait le travail et répond aux attentes, il évolue. A grade égal, les militaires perçoivent la même solde, ce qui garantit une parité sans que le personnel féminin n’ait à lutter pour une reconnaissance financière identique à leurs homologues masculins à l’instar du monde civil. J’ai rapidement compris que je n’aurais pas à « prouver » davantage que les autres parce que j’étais une femme. Bien sûr, à mon entrée dans l’institution, certaines fonctions restaient très masculines, notamment les spécialités opérationnelles ou techniques. J’ai toutefois eu très tôt des modèles féminins marquants, comme cette commandante d’unité qui fut la première femme à diriger la Patrouille de France, à Salon-de-Provence. Elle était respectée, non pas parce qu’elle était une femme, mais parce qu’elle avait les compétences requises. Et en fin de période marine, mon dernier commandant était une femme.

« De plus en plus de femmes accèdent à des spécialités historiquement masculines, comme technicien d’armes et munitions ou électricienne. »

Quelles actions avez-vous menées en faveur de la mixité et de l’égalité en tant que RH dans la Marine, à terre et embarquée ?

Hélène Gandelin. J’ai été représentante de catégorie féminine et référente en matière de risques psychosociaux. J’ai assuré un suivi de proximité auprès de militaires, femmes comme hommes, confrontés à des difficultés professionnelles ou relationnelles. La Marine est un monde d’hommes, mais la parité commence à se faire une sérieuse place. En 2023, à bord de mon unité précédente, la frégate de défense aérienne FORBIN, nous étions 30 féminines pour 200 membres d’équipage. En milieu embarqué, la promiscuité et la durée des missions peuvent accentuer les tensions. Certaines situations concernaient des féminines confrontées à des comportements déplacés ou à des propos inappropriés. Il s’agissait alors de recadrer, rappeler les règles, protéger les personnes concernées et maintenir un cadre professionnel strict. J’ai également constaté une évolution positive dans la Marine : de plus en plus de femmes accèdent à des spécialités historiquement masculines, comme technicien d’armes et munitions ou électricienne. La question n’est plus de savoir si ces métiers sont « faits pour les femmes », mais si elles ont les compétences et l’envie de s’y engager. La chaîne hiérarchique joue un rôle essentiel, et lorsque l’information circule correctement, les situations problématiques sont mieux anticipées et traitées. Si former la hiérarchie aux problématiques de mixité-égalité est essentiel, j’ai trouvé la chaîne de commandement solide sur ces questions dans la Marine. 

Pourquoi avoir choisi de devenir greffière militaire ?

Hélène Gandelin. Devenir greffière représentait pour moi une continuité naturelle en deuxième partie de carrière dans mon cursus tout en continuant à élargir mes compétences. En tant que RH, je devais parfois traiter des dossiers ayant une suite judiciaire sans en connaître l’issue. Cela a éveillé ma curiosité. Aujourd’hui, j’exerce des fonctions variées : contentieux militaire, prévention de la radicalisation, lutte contre la criminalité organisée… Certaines affaires concernent des femmes victimes, parfois dans des situations très difficiles. Mon expérience passée me permet d’y être particulièrement attentive, d’alerter le magistrat lorsque cela est nécessaire et de solliciter des dispositifs de soutien adaptés. Ces situations nécessitent une vigilance particulière. 

Être une femme militaire, est-ce pareil qu’être un homme militaire ?

Hélène Gandelin. En tant que femme, nous pouvons avoir une vie personnelle qui entre en jeu avec des contraintes, des questions d’organisation, d’affectations en particulier. Mais il existe aussi des hommes chargés de famille qui ont ce genre d’interrogations. C’est là que le rôle de gestionnaire des ressources humaines prend toute son importance : écouter le militaire et pas seulement un homme ou une femme.

Militaire et archère

En plus d’être une femme militaire au parcours inspirant, l’adjudant Hélène Gandelin est également une archère accomplie qui a participé pour la première fois au championnat de France de tir à l’arc militaire (accès Internet nécessaire), ce 23 février 2026, à Joué-lès-Tours (37).

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