Prix décerné au projet PsyGen : un traitement 100% personnalisé pour soigner les troubles psychiques chez le militaire

Direction : Santé / Publié le : 23 janvier 2026

Soigner des troubles psychologiques spécifiques aux forces armées grâce à un traitement personnalisé ? C’est l’ambition explorée par le projet PsyGen, une recherche clinique innovante dédiée à la prise en charge des blessures psychiques des militaires, porté par le pharmacien en chef Hervé et le médecin principal Emeric, biologiste et psychiatre à l’hôpital national d’instruction des armées Bégin. Un projet récompensé, jeudi 22 janvier par le Prix 2025 de la Fondation des Gueules Cassées.

 

Prix décerné au projet PsyGen par la Fondation des Gueules Cassées

C’est la première fois qu’une équipe de médecins militaires est primée, et c’est aussi la première fois qu’une équipe travaillant autour des questions de psychiatrie reçoit ce prix décerné par la fondation des Gueules cassées. Que représente pour vous ce prix 2025 ?

Le médecin principal (PHP) Emeric : Ce prix, c’est la reconnaissance du travail accompli par notre équipe. C’est aussi particulièrement symbolique puisque c’est la première fois qu’une équipe du Service de santé des armées est primée et c’est aussi la première fois qu’une équipe qui travaille en psychiatrie reçoit ce prix.

Le pharmacien en chef (PHC) Hervé : Ce prix récompense également le travail de l’ensemble de l’équipe de pharmacogénétique de l’hôpital national d’instructions des armées (HNIA) Bégin et souligne l’intérêt de leurs réflexions dans la prise en charge quotidienne des patients.

Quel a été le déclic de création du projet PsyGen ?

PHC Hervé : La pharmacogénétique des antidépresseurs est un sujet que je porte depuis mon concours d’agrégation. Mais le véritable déclic a été ma rencontre avec le MP Émeric, il y a 6 ans. Il s’était montré très réceptif et motivé à l’idée de travailler sur ce sujet.

MP Émeric : J’avais effectivement été interpellé à plusieurs reprises par des difficultés, dans ma pratique clinique quotidienne, dans la prescription des traitements antidépresseurs. Ces difficultés et constats de terrain m’ont conduit à chercher des solutions dans la littérature scientifique. C’est là que je me suis intéressé à la question de la pharmacogénétique, comme une solution potentielle aux soucis de prescription que l’on rencontrait. Cette période de questionnement coïncide aussi avec ma rencontre avec le PHC Hervé. Une rencontre que l’on peut qualifier de très fructueuse : 6 ans plus tard, nous avons atteint une partie de nos objectifs.

« Ce prix, c’est la reconnaissance du travail accompli par notre équipe. »

« Ce prix, c’est la reconnaissance du travail accompli par notre équipe. »

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans votre quotidien de psychiatre ? 

MP Émeric : La psychiatrie est une spécialité humaine qui est avant tout basée sur le relationnel et la psychothérapie. Néanmoins, nous utilisons quotidiennement les antidépresseurs qui constituent le traitement de première ligne de nombreux troubles psychiatriques, et notamment du trouble de stress post-traumatique chez le militaire. Ces traitements posent des problèmes dans leurs modalités de prescription. Aussi, leur inefficacité et les effets secondaires, qui peuvent apparaître, gênent l’observance et donc la bonne adhésion aux soins des patients.

Pour vous donner une idée, on considère que seulement un tiers des patients dépressifs répondent favorablement à une première molécule. De surcroît, pour évaluer l’efficacité d’un antidépresseur, il faut attendre environ 4 semaines. On considère qu’après 4 molécules successives (soit environ 16 semaines d’évaluation), seulement deux tiers des patients sont répondeurs. Pendant ces phases d’ajustement, les patients sont souvent exposés à des effets indésirables telles que la fatigue, la prise de poids ou des troubles digestifs qui peuvent décourager la suite du traitement.

PsyGen : projet porté par PHC Hervé & MP Émeric, hôpital national d'instruction des armées Bégin

PsyGen : projet porté par PHC Hervé & MP Émeric, hôpital national d'instruction des armées Bégin

Fort de ce constat, quelle est la promesse du projet PsyGen? 

PHC Hervé : Les recommandations internationales actuelles préconisent d’effectuer des examens de pharmacogénétique, en cas d’une inefficacité d’un traitement antidépresseur ou de la survenue d’effets indésirables (approche dite a posteriori). L’idée de PsyGen est d’évaluer l’intérêt de la réalisation de ces examens de pharmacogénétique avant instauration d’un traitement antidépresseur pour guider son choix (approche dite a priori). En bref, il s’agit de personnaliser le traitement – d’un point de vue génétique - pour écarter les molécules pour lesquelles il existe un réel risque d’échec thérapeutique.

MP Émeric: Je le redis, la psychiatrie ne se réduit pas du tout à la biologie : c’est d’abord une rencontre basée sur l’humain. Mais lorsqu’on parle de médicament, il est important de comprendre qu’un médicament passe par des voies biologiques qui, elles-mêmes, dépendent de la génétique. Avec le projet PsyGen, on a utilisé la génétique pour prescrire d’emblée le bon traitement, sans passer par des phases de réévaluation successive.

« Grâce à ce processus, le patient gagne du temps et adhère plus facilement aux soins. L’enjeu en tant que soignant est le maintien d’un parcours de soins pour le patient. »

Médecin principal Émeric

  • Psychiatre à l'hôpital national d'instruction des armées Bégin

Comment ce traitement s’appliquerait-il aux militaires blessés psychiques ? 

MP Émeric : Avant toute chose, il convient de rencontrer le patient au cours d’un entretien et de réaliser une évaluation clinique soigneuse. Ensuite, si nous considérons qu’un traitement antidépresseur est indiqué, nous proposons au patient de faire une prise de sang pour réaliser une analyse génétique, avec son consentement. Notre laboratoire s’est adapté pour fournir les résultats en moins de 8 jours, ce qui est compatible avec la pratique clinique. Dans l’attente des résultats, nous proposons au patient un traitement symptomatique temporaire. Une fois les résultats de la prise de sang obtenus, le laboratoire délivre un rapport génétique qui nous aidera à affiner la prescription. Une semaine après, le médecin convoque le patient pour lui fournir le traitement le plus adapté, à la fois aux particularités génétiques et aux manifestations symptomatiques qu’il présente.

« PsyGen a également la force de toucher toutes les pathologies relevant d’un traitement antidépresseur. Cela concerne autant le syndrome dépressif, que les troubles anxieux généralisés ou encore l’état de stress post-traumatique, chez le militaire. »

Pharmacien en chef Hervé

  • Biologiste à l'hôpital national d'instruction des armées Bégin

Comment se sont déroulés les tests ? 

MP Émeric : L’étude PsyGen est un essai randomisé : c’est ce qu’il y a de plus rigoureux, dans ce type de recherches. Nous avons recruté une centaine de patients militaires, hommes comme femmes, souffrant de troubles anxieux généralisés, dépression ou encore troubles de stress post-traumatiques. Ils ont ensuite été répartis en deux groupes de façon aléatoire : le premier s’est vu prescrire un traitement de manière classique en fonction de l’expérience du psychiatre ; le second a bénéficié d’une prescription guidée par la pharmacogénétique. Nous avons suivi ces deux échantillons pendant un an, ponctuée d’évaluations cliniques, paracliniques et biologiques.

Est-ce que le projet PsyGen a intégré aussi l’intelligence artificielle ? 

MP Émeric : Tout dépend de ce que l’on entend par intelligence artificielle. Dans le cas de l’étude PsyGen, ce n’est pas de l’IA à proprement parler : nous utilisons un algorithme qui donne un résultat de manière automatisée. Ce procédé permet de minimiser la variabilité d’interprétation par le biologiste. Grâce à cela, quel que soit le jour ou le moment de la réalisation de l’examen, l’interprétation reste la même pour éviter des erreurs d’interprétation.

PsyGen - un projet d'avenir récompensé par le Prix 2025 de la Fondation des Gueules Cassées

PsyGen - un projet d'avenir récompensé par le Prix 2025 de la Fondation des Gueules Cassées

Un regard vers l’avenir : quels sont les horizons pour le projet PsyGen? 

MP Émeric : Les résultats intermédiaires de l’étude PsyGen sont prometteurs. Si les résultats définitifs confirment nos premières observations, nous pourrions alors pérenniser ce traitement et l’appliquer dans la pratique quotidienne, pour l’ensemble des patients militaires pris en charge pour des troubles psychiques au sein de nos hôpitaux militaires. Il serait également intéressant de se pencher sur le cas des patients ayant eu un traitement guidé, et qui ont développé des effets indésirables. Nous pourrions explorer ces cas, rechercher plus d’éléments génétiques pour acquérir plus d’informations afin de rendre notre algorithme plus précis.

PHC Hervé : Nous complèterons cette étude avec une analyse médico-économique. Les examens génétiques réalisés dans le cadre de notre étude coûtent environ une centaine d’euros par patient, un coût a priori assez élevé pour un examen de biologie médicale. L’enjeu est de savoir si le coût de l’examen génétique engendre une économie sur les coûts de santé et un gain de qualité de vie pour les patients.

[#SantéMentale] PsyGen, en 1 minute, on vous explique

La moitié des militaires suivis dans les hôpitaux des armées souffrent de troubles psychiques. Pour y répondre, le médecin principal Émeric, psychiatre à l’HNIA Bégin, et son équipe ont développé PsyGen-un traitement personnalisé pour soigner les troubles psychiques chez le militaire. Explications.

 

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