Metz : le médecin général Xavier Desruelles, chef d’orchestre du centre médical des armées zonal Est

Direction : Santé / Publié le : 23 septembre 2026

Le médecin général Xavier Desruelles prend la tête du 4e centre médical des armées zonal Est, à Metz, une entité redimensionnée dans un contexte de refonte de la médecine des forces. Pour se préparer à l’hypothèse d’un engagement majeur, il mise sur la connaissance du terrain, l'innovation et le dialogue permanent avec les forces.

Propos recueillis par Lucia Maitreau

Le médecin général Xavier Desruelles, chef d’orchestre du centre médical des armées zonal Est

À la tête de l’un des sept centres médicaux des armées (CMA) zonaux, le médecin général Xavier Desruelles a pris le commandement du 4ecentre médical des armées zonal Est, le 26 août 2026, dans un contexte de profonde transformation de la médecine des forces. Sa feuille de route repose sur quatre piliers : robustesse, cohésion, innovation et rayonnement. Avec une conviction : pour préparer l’avenir, il faut connaître ses équipes, interroger ses habitudes et rester au contact des forces. Interview.

À la tête du 4e CMA zonal Est, quelles seront vos priorités face aux transformations de la médecine des forces ?

Médecin général (MG) Xavier Desruelles - Avant d’établir une feuille de route, il faut apprendre à connaître les hommes et les femmes qui composent le centre médical des armées (CMA), dresser un véritable état des lieux et fixer des objectifs adaptés et atteignables. Avec plus d’une trentaine d’antennes, cela demande du temps. Je me donne quelques mois, jusqu’en janvier prochain au plus tard, pour établir cette feuille de route.

Mais quatre axes se dessinent déjà : la robustesse, la cohésion, l’innovation et le rayonnement.

La robustesse, d’abord. Le CMA doit être capable d’encaisser une gestion de crise au niveau zonal tout en poursuivant ses missions du quotidien. L’enjeu concerne particulièrement l’échelon de commandement : il doit pouvoir continuer à traiter les affaires courantes tout en détachant des effectifs capables de travailler en interface avec les états-majors zonaux, notamment l’état-major opérationnel santé.

La cohésion. Sans esprit d’équipe, on ne peut rien. Ni individualisme, ni collectivisme, savoir trouver ce subtil équilibre où chacun s’épanouit de la richesse de l’autre dans l’intérêt du bien commun, celui du Service. Pour cela, il faut que chacun aille à la rencontre de l’autre et apprenne à le connaître. La cohésion est un facteur de robustesse. C’est dans les moments de tension qu’elle donne son plein effet. Elle doit donc se construire dès le quotidien.

L’innovation, ensuite. On l’associe souvent à la technique ou à la recherche. Pour moi, elle concerne aussi nos pratiques quotidiennes, y compris dans nos process administratifs. Il faut savoir les interroger, les remettre en cause, sortir du « on a toujours fait comme ça ». La simplification est aussi une forme d’innovation. Nos ressources humaines sont comptées, particulièrement au 4e CMA : c’est donc en repensant nos processus que nous pouvons gagner en fluidité.

À Metz, la proximité entre le CMA, l’hôpital régional d’instruction des armées Legouest et le centre d’enseignement et de simulation de médecine opérationnelle (CESimMO) est une richesse. À nous de réfléchir à la meilleure manière d’interagir, de développer des synergies et, lorsque c’est pertinent, de mutualiser certaines fonctions, non pas dans une logique d’économie de ressources humaines, mais pour gagner en robustesse face aux crises.

Enfin, le rayonnement. Les CMA ont parfois tendance à rester concentrés sur leur quotidien et les unités qu’ils soutiennent. Il faut sortir de nos murs. Le 4e CMA est déjà présent dans plusieurs facultés et doit poursuivre cette ouverture, notamment à Strasbourg. Il faut aussi aller vers les jeunes, développer les classes défense, mais également renforcer les contacts avec les autorités civiles et les acteurs de la santé : agences régionales de santé (ARS), municipalités ou encore services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) et monde associatif dans l’intérêt du Service et de nos soutenus.

Si nous restons enfermés sur nous-mêmes, nous ne pourrons ni partager nos contraintes ni connaître les partenaires dont nous pourrions avoir besoin demain. C’est à nous d’aller au contact.

Cérémonie de passation de commandement du 4ème CMA zonal Est, à Metz

Cérémonie de passation de commandement du 4ème CMA zonal Est, à Metz

Le 4e CMA devient zonal. Que change cette organisation pour le soutien aux forces et la préparation à un engagement majeur ?

MG Xavier Desruelles - Il y a d’abord le quotidien : le soutien médical des unités. C’est notre « fond de sac ». Nous devons continuer à assurer cette mission et à être performants, tout en raisonnant désormais à l’échelle d’une zone géographique beaucoup plus vaste.

Mais le CMA zonal prend aussi une nouvelle dimension en situation de crise. Il doit être en mesure de conseiller l’officier général de zone de défense et de sécurité et de conduire la manœuvre du soutien médical en intégrant l’ensemble des capacités du Service de santé des armées présentes sur le territoire. C’est nouveau.

Le CMA zonal doit devenir un véritable intégrateur. Prendre la manœuvre ne signifie pas uniquement commander tout le monde, mais disposer d’une vision globale des capacités du Service au niveau zonal, les coordonner et les harmoniser. Cela suppose aussi d’apprendre à travailler davantage avec les états-majors de zone.

En situation de guerre, nous changeons encore d’échelle. La zone de défense et de sécurité Est est probablement l’une des grandes plateformes d’entrée et de sortie du territoire français, notamment du fait de sa position géographique et de celle des camps de Champagne. Il peut y avoir du transit de blessés, du ravitaillement médical ou des retours de patients.

Tout cela doit être préparé en amont. Nous devons connaître nos périmètres, nos capacités et leurs limites. Le jour où une crise se déclenche, chacun doit savoir comment l’autre fonctionne pour que l’ensemble soit fluide.

Un CMA zonal est donc tourné vers l’opérationnel : la préparation et l’engagement des forces au quotidien, la gestion de crise au niveau zonal et, lorsque la situation l’exige, l’articulation avec le niveau national. C’est un véritable changement de paradigme.

« Le jour où une crise se déclenche, chacun doit savoir comment l’autre fonctionne pour que l’ensemble soit fluide. »

Le directeur central a rappelé que l’adaptation est une « marque de fabrique » du SSA. Comment embarquer vos équipes dans cette dynamique ?

MG Xavier Desruelles - Le passé et la tradition sont utiles parce qu’ils nous transmettent ce que nos anciens ont appris. Mais il ne faut pas rester sur nos acquis. S’adapter, c’est être capable de se remettre en cause et de se demander : pourquoi faisons-nous ainsi ? Est-ce encore adapté ? Est-ce que cela nous donne suffisamment de souplesse ?

Avec des ressources humaines très contraintes et des missions importantes, nous devons trouver des marges de respiration. Les solutions ne sont pas toujours écrites dans les livres : il faut parfois les inventer, faire du sur-mesure.

C’est pour cela que je tiens à aller dans les antennes. Leur nombre a doublé par rapport à mon précédent commandement. Mais pour adapter une organisation, il faut d’abord la comprendre. Il faut connaître les antennes, leurs spécificités, les unités soutenues et surtout les hommes et les femmes qui les composent. Ce n’est pas seulement de la théorie : c’est du vécu et de l’humain.

Notre premier système d’armes, ce sont les hommes et les femmes du CMA. Il faut essayer de tirer le meilleur de chacun, de mettre en valeur les talents et de faire progresser les équipes. Cela suppose de savoir observer et écouter.

Jean-Dominique Larrey, chirurgien militaire sous le Premier Empire, a imaginé ses « ambulances volantes » en observant le champ de bataille et la mobilité des pièces d’artillerie. Cette capacité d’observation reste essentielle. Il faut aussi avoir suffisamment d’humilité pour reconnaître qu’une piste n’est pas la bonne et savoir réaxer le tir.

Cérémonie de passation de commandement du 4ème CMA zonal Est, à Metz

Cérémonie de passation de commandement du 4ème CMA zonal Est, à Metz

La proximité est au cœur des CMA. Comment préserver la connaissance du terrain et la confiance des militaires dans un contexte plus exigeant

MG Xavier Desruelles - En leur démontrant que nous nous intéressons à eux et que nous sommes là pour eux. Nous sommes le Service de santé des armées : être au service des armées est notre raison d’être.

Cela signifie être à leur écoute et sortir de nos bureaux. Les médecins doivent aller voir les chefs de corps, les commandants de base ou les responsables des opérations. Mais l’effort doit être réciproque : nos camarades des forces doivent également venir comprendre nos problématiques.

C’est une question de dialogue, de proximité et d’intelligence de situation. Nous sommes pleinement du Service de santé des armées, avec notre identité, nos parcours et nos propres contraintes. Cultiver cette identité n’empêche absolument pas d’être aux côtés des forces et pleinement associés à elles.

Il revient aussi au CMA de transmettre ce réflexe à nos médecins chefs d’antenne, nos chefs de groupe vétérinaire ou nos infirmiers majors : être au contact.

Le directeur central a conclu l’ordre du jour prononcé lors de la cérémonie de transfert d’autorité du 4e CMA par deux mots que j’avais déjà fait miens auparavant : « En avant ». Il faut regarder comment construire demain, regarder le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. C’est aussi notre rôle de chef : tirer les équipes vers le haut et avancer. 

Nous ne devons pas nous enfermer derrière nos bureaux, nos stéthoscopes ou nos tables d’examen. Il faut aller vers les forces, les comprendre et leur faire comprendre nos propres contraintes. Au bout du compte, tout passe par le dialogue, la proximité et le fait de rester ce que nous sommes.

« Nous ne devons pas nous enfermer derrière nos bureaux, nos stéthoscopes ou nos tables d’examen. Il faut aller vers les forces, les comprendre et leur faire comprendre nos propres contraintes. »

Quelle empreinte souhaitez-vous laisser au 4e CMA à l’issue de votre commandement ?

MG Xavier Desruelles - C’est une question délicate. Je ne sais pas encore. Ce serait présomptueux de dire aujourd’hui quelle empreinte je laisserai. Les commandements ne se ressemblent pas.

Mais si, lorsque je quitterai mes fonctions, mes subordonnés disent que j’ai été un chef rigoureux mais bienveillant, je pense que c’est l’empreinte que j’aurai laissée. 

Je crois beaucoup à l’excellence et à la bienveillance. Ce sont deux mots qui vont ensemble. Pour viser l’excellence, il faut être rigoureux, droit et juste envers chacun. Les décisions doivent pouvoir être expliquées et argumentées, et ne pas relever simplement du « fait du prince ».

Quand je rendrai mon commandement, il faudra poser la question à mes personnels et leur demander ce qu’ils ont retenu de Xavier Desruelles.

Un dernier mot ?

MG Xavier Desruelles - En avant !

Cérémonie de passation de commandement du 4ème CMA zonal Est, à Metz

Cérémonie de passation de commandement du 4ème CMA zonal Est, à Metz

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