« Faire vivre une histoire qui s’écrit au présent » : Sarah Catala, nouvelle conservatrice du musée du Service de santé des armées
Conservatrice du patrimoine nouvellement affectée au musée du Service de santé des armées, à Paris, Sarah Catala présente ses ambitions et les grands chantiers à venir. Évolution du parcours, nouvelles expositions, ouverture aux jeunes publics : une feuille de route qui s’inscrit au cœur du Val-de-Grâce, avec un premier chantier majeur, la restauration de son église.
Propos recueillis : Lucia Maitreau
Madame la conservatrice, vous prenez la tête du musée du Service de santé des armées. Quelle ambition souhaitez-vous porter ?
Sarah Catala - Le musée du Service de santé des armées occupe une place singulière. Au cœur du Val-de-Grâce, site majeur de l’architecture du XVIIe siècle fondé par la reine Anne d’Autriche, il raconte l’histoire de la médecine militaire et celle d’un service important pour la Nation.
Mon ambition est de montrer comment cette histoire continue de s’écrire au présent et de la rendre accessible à tous les publics, qu’ils soient médicaux, militaires ou civils. Je souhaite rendre le propos du musée plus actuel et mieux faire connaître les missions des médecins, mais aussi de toutes celles et ceux qui font vivre le Service de santé des armées.
Comment faire vivre l’histoire de la médecine militaire tout en l’inscrivant dans les enjeux contemporains du Service de santé des armées ?
Sarah Catala - Les expositions sont un formidable outil pour mettre en lumière un sujet que l’on souhaite développer. Mon ambition est d’installer une programmation régulière autour de sujets médicaux, sans oublier l’histoire du Val-de-Grâce.
Un musée vit aussi par ses collections et la manière dont il les donne à voir. Nous allons travailler à l’évolution du parcours muséographique et à une nouvelle organisation des salles. Le renouvellement des collections est également essentiel pour rester au plus près des enjeux de notre société.
Quels seront vos premiers chantiers et vos priorités dans les prochains mois ?
Sarah Catala - Le premier chantier est majeur pour le Service de santé des armées : la restauration de l’église Notre-Dame de la Nativité du Val-de-Grâce avec le soutien de la Fondation du patrimoine.
Autre projet : l’ancienne École de médecine navale de Rochefort, actuellement en restructuration. Nous intervenons sur les collections du musée, soit près de 30 000 objets, qui seront redéployés dans plusieurs réserves le temps de la préservation du bâtiment. C’est un travail important de conservation mené avec les équipes sur place, en partenariat avec le musée national de la Marine de Rochefort.
Enfin, nous souhaitons créer au musée une salle d’exposition dédiée à la médecine des armées. Elle accueillerait chaque année, pendant plusieurs mois, une exposition consacrée à une thématique particulière.
La première pourrait porter sur les « Gueules cassées ». Ces collections occupent une place fondatrice dans l’histoire du musée : elles sont liées à l’arrivée des blessés sur le site et aux collections constituées pour l’enseignement des médecins. Cette exposition serait l’occasion de mettre en lumière l’un des ensembles les plus importants de nos collections.
Quel rôle joue le musée dans l’ambitieux chantier de restauration de l’église du Val-de-Grâce et la mobilisation du mécénat ?
Sarah Catala - Pour ce chef-d’œuvre malmenée par une explosion survenue en 2023, à proximité du Val-de-Grâce, j’apporte mon expertise scientifique et patrimoniale auprès de la direction, dans le cadre des commissions scientifiques conduites par l’État. Le projet de restauration est piloté par la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France.
Cet accompagnement se traduit très concrètement dans la restauration du baldaquin, depuis le choix des dorures jusqu’à la mise en lumière du monument.
Ce chantier est aussi l’occasion d’expliquer au public le travail qui sera mené par les restaurateurs, de faire découvrir le savoir-faire exceptionnel des métiers du patrimoine et de raconter l’histoire du baldaquin, son rôle liturgique et son importance artistique.
Comment souhaitez-vous renforcer le rayonnement du musée et toucher de nouveaux publics ?
Sarah Catala - Mon ambition est d’élargir les publics et notamment d’aller vers les plus jeunes. Je souhaite en particulier m’adresser aux adolescents, un public souvent oublié dans les dispositifs de médiation des musées. Ce sont des jeunes qui se questionnent sur leur identité et leur avenir. Or, le musée du Service de santé des armées raconte une histoire porteuse de sens, dans laquelle ils peuvent se projeter et qui peut aussi susciter des vocations.
L’objectif est aussi que les visiteurs aient envie de partager leur découverte du musée : on a toujours envie de visiter un lieu qui a passionné quelqu’un d’autre.
Les 19 et 20 septembre 2026, le musée participera aux Journées européennes du patrimoine. Que pourra découvrir le public à cette occasion ?
Sarah Catala - Les Journées européennes du patrimoine constituent un temps fort pour le musée. Toute l’équipe sera mobilisée et chacun présentera de véritables objets sortis des réserves. Ce sera l’occasion de répondre à toutes les questions et de faire découvrir les coulisses du musée.
Nous aborderons notamment la question du patrimoine en péril : comment prend-t-on en charge un objet rapatrié en urgence en France ? Quelles sont les différentes étapes de sa conservation ? Comment s’assurer, par exemple, qu’il ne développe pas d’infestation d’insectes ? Nous raconterons ces histoires à partir d’objets très divers, d’une stèle réalisée pour un soldat blessé jusqu’à des microscopes.
Des guides-conférenciers seront également présents dans différents espaces pour apporter des clés de lecture sur l’histoire du Service de santé des armées et sur l’architecture du Val-de-Grâce.
Enfin, plusieurs partenaires du musée seront présents : la Fondation du patrimoine, qui œuvre à la collecte de dons pour la restauration du baldaquin, ainsi que l’Association des amis du musée du Service de santé des armées, qui présentera ses activités scientifiques et éditoriales autour de la médecine de guerre.
EN PRATIQUE | Journées européennes du patrimoine au Val-de-Grâce
19 et 20 septembre 2026 | 13h30 – 18h30
Accès : 1, place Alphonse-Laveran, Paris 5e
Entrée libre, sans réservation
- Visites commentées par des guides-conférenciers
- Ateliers autour d’objets patrimoniaux
- Collecte de dons en faveur de la restauration de l’église Notre-Dame de la Nativité
- Présentation de l’Association des amis du musée du Service de santé des armées
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