Les marins du caillou

Au sud-est du Pacifique, à 11 fuseaux horaires de Paris et deux mille kilomètres de l’Australie, la Nouvelle-Calédonie est la terre française la plus reculée du Pacifique Sud. Elle est idéalement située pour  facilement rayonner dans cette zone. Nichée au cœur de Nouméa, sur la pointe Chaleix, la base navale est le port base de la frégate de surveillance (FS) Vendémiaire, du patrouilleur outre-mer (POM) Auguste Bénébig et du bâtiment de soutien et d’assistance outre-mer (BSAOM) D’Entrecasteaux

Nouvelle-Calédonie, les marins du caillou - © 34F

Il y a encore quelques années la ressource halieutique néo-calédonienne était sous la menace constante des blue boats, des pêcheurs en provenance d’Asie. La Marine a mis fin à la pêche illégale grâce à l’action de ses aéronefs et de ses navires dans la zone économique exclusive (ZEE), au premier rang desquels la FS. « Si la menace s’est éloignée, les appétits se maintiennent. Raison pour laquelle nous n’hésitons pas à passer dans les ZEE des pays voisins et dans les « high seas pockets » (les zones de haute mer qui ne relèvent d’aucun état en particulier, ndlr) où évoluent ces pêcheurs histoire de montrer que nous sommes toujours vigilants » explique le capitaine de vaisseau Gauthier Guillaumat, commandant le Vendémiaire.

Travailler à la stabilité régionale

« Notre activité récente a été très axée sur la coopération internationale. En effet, nous avons participé à deux exercices internationaux majeurs », indique le commandant. L’exercice indonésien Komodo qui s’est tenu à Bali du 15 au 22 février était le premier. 37 nations y participaient. Celles riveraines du Pacifique, comme l’Australie, les États-Unis, le Vietnam ou même la Russie mais également des nations plus lointaines telles que l’Inde et l’Italie. L’objectif était de promouvoir la paix et la stabilité dans la zone. Les équipages se sont opposés lors de rencontres sportives ou associés pour réaliser des opérations liées au développement durable. « Être présent auprès des autres nations riveraines lorsqu’elles organisent de tels événements est primordial si l’on veut garder le contact. Cela permet d’envisager d’autres collaborations. La participation du Vendémiaire à des exercices comme Komodo permet de contribuer indirectement au bon accueil du groupe aéronaval ou du groupe Jeanne d’Arc lorsqu’ils opèrent dans la zone », estime le CV Guillaumat.

Coopération et exercice de haute intensité

Au cours des derniers mois, la frégate a effectué des escales, parmi lesquelles Dili, la capitale du Timor Oriental, Fidji, ou encore l’île de Yule en Papouasie- Nouvelle- Guinée. Objectif : créer du lien et des contacts avec les autorités locales toujours à la recherche de bonnes pratiques pour optimiser la surveillance de leurs ZEE. Cette démarche s’inscrit aussi dans celle voulue en 2023, par le président de la République en créant l’académie du Pacifique. Implantée à Nouméa, elle invite les différentes administrations françaises à collaborer avec les services de sécurité (douane, police, marine, armée) des pays de la zone pour partager les procédures et les bonnes pratiques dans différents domaines : sécurité incendie, combat d’infanterie, pilotage de drone… 

En juillet 2025 le Vendémiaire révise ses gammes en participant à Talisman Sabre 25. Organisé tous les deux ans par l’Australie et les États-Unis, cet exercice de haute intensité, multi milieux, avait pour objectif le débarquement d’une force armée sur la côte est de l’Australie. « Nous avions intégré la force d’escorte des bâtiments amphibies, l’occasion de perfectionner notre capacité à naviguer en convoi et en formation. Nous avons ainsi subi des attaques de drones de surface, accueilli des hélicoptères alliés ou encore effectué des tirs contre terre. Un exercice particulièrement enrichissant et formateur pour l’équipage », conclut le pacha. 

Accueil de l'équipage coréen pendant Talisman Sabre 25 © MN

Accueil de l'équipage coréen pendant Talisman Sabre 25

Accueil de l'équipage coréen pendant Talisman Sabre 25

Accueil de l'équipage coréen pendant Talisman Sabre 25

Parole de marin

Second maître THOMAS navigateur timonier sur la frégate de surveillance Vendémiaire

J’ai embarqué en août 2024. Auparavant j’étais sur la frégate multi-missions Aquitaine à Brest. Mon arrivée à Nouméa a été un vrai bouleversement, le changement de climat et le décalage horaire bien sûr mais surtout l’arrivée dans un aéroport quasi désert car fermé à cause des émeutes.

Un mois après, la frégate a repris la mer et j’ai commencé à découvrir le Pacifique. Nous avons participé à l’exercice Komodo et avons navigué avec un grand nombre d’unités de nations différentes. C’était un festival d’accents sur la VHF, un moment passionnant pour les équipes de la passerelle. à terre j’ai participé à des challenges sportifs et même à la remise à l’eau de bébés tortues. Le Vendémiaire a remporté l’exercice de recherche et de sauvetage d’un naufragé, les Indonésiens nous ont offert le mannequin. Il est devenu notre mascotte et nous l’avons utilisé pendant Croix du Sud, un exercice multinational d’assistance humanitaire et de secours en cas de catastrophe naturelle organisé par les Forces armées en Nouvelle-Calédonie auquel nous avons participé en avril. Nous avons, plus tard croisé en mer un navire amphibie américain, l’USS Blue Ridge, avec lequel nous avons effectué des exercices d’évolution à la mer. Ce type d’entraînement est toujours très stimulant. Nous avons à nouveau croisé l’équipage dans un restaurant à Nouméa ; leur commandant remettait des médailles en short et en chemise à fleurs, rien à voir avec nos cérémonies de remises de décorations. En juillet dernier lors de l’exercice Talisman Sabre l’activité en passerelle était intense, évolutions en formation, Scott (signaux lumineux), tir contre terre, lutte asymétrique etc. un régal pour un timonier. »

Second maître Thomas, navigateur timonier © MN

Second maître Thomas, navigateur timonier

Second maître Thomas, navigateur timonier

Second maître Thomas, navigateur timonier

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