Le BSAOM Bougainville entre soutien et souveraineté
Depuis 2016, le port de Papeete accueille le bâtiment de soutien et d’assistance outre-mer (BSAOM) Bougainville. Deux équipages de 24 marins se relaient tous les quatre mois pour veiller sur les 118 atolls de Polynésie française, dispersés sur plus de 4 000 km2 de l’océan Pacifique.
On ne peut pas passer en un claquement de doigt, d’une île à l’autre, nous explique le capitaine de corvette (CC) Mathieu Leman, commandant l’équipage B du BSAOM Bougainville. Les distances sont énormes, ça dimensionne toutes nos missions. » Première caractéristique du bâtiment : son endurance. Avec une autonomie de 8 à 10 semaines, le Bougainville peut assurer ses diverses missions sur l’ensemble des archipels de Polynésie. Deuxième caractéristique, sa plage arrière. Elle peut stocker de nombreux véhicules, matériels et vivres. Et pour accéder aux atolls les plus reculés, l’équipage peut compter sur le soutien de « baleiniers », des Polynésiens pouvant franchir le récif en baleinière (embarcation en aluminium).
Cela rend accessible chaque île au Bougainville. « Nous devons y aller au moins une fois tous les 3 ans. » Pour des questions de souveraineté, mais surtout de sécurité vis à vis de la population : « C’est important pour nous d’entretenir nos bases de données, quelles installations on y retrouve, en cas de catastrophe car on doit savoir comment intervenir. » Des données partagées ensuite avec le reste des Forces armées de Polynésie française (FAPF), en particulier les Flottilles 25F et 35F, également impliquées dans les missions de secours et d’assistance.
Un professionnalisme qui a porté ses fruits dans un tout autre domaine l’année dernière car le Bougainville a saisi 524 kg de cocaïne à 1 500 km de Tahiti. « Les patrouilles et les contrôles sont permanents pour affirmer la souveraineté et montrer qu’on est là. » En plus de la montée du trafic d’ICE (méthamphétamine), de nouveaux enjeux se présentent au bâtiment. Changement climatique, exploitation des fonds marins ou surveillance des câbles sous-marins. Le BSAOM doit consolider des partenariats avec les « Pacific Island Countries » (PICs), les territoires limitrophes à la ZEE tels que les îles Cook ou les Kiribati. À l’instar de l’Académie du Pacifique (voir p. 36- 37), le CC Leman mise sur les initiatives d’échange, de coopération et de soutien avec les PICs : « Il faut continuer d’améliorer les interactions avec nos voisins pour qu’ensemble et on préserve notre environnement maritime. »
à cet effet, il participe à deux missions annuelles : Bougainville (voir p. 32) et Turbo. Cette dernière est une mission de soutien des experts en radiologie de la Direction des applications militaires du Commissariat à l’énergie atomique (CEA/DAM) dédié à la surveillance radiologique des atolls de Fangataufa et Mururoa hauts lieux des essais nucléaires français. Des prélèvements biologiques (crustacés, poissons, planctons) et d’eau sont effectués autour de chaque atoll grâce à du matériel spécifiquement embarqué pour l’occasion, puis envoyés en métropole pour analyse.
Des missions scientifiques, de police des pêches ou de souveraineté, le Bougainville n’a qu’une mission « Soutenir et protéger la Polynésie française et ses citoyens.».
Vers une économie durable
S’il n’existe pas aujourd’hui de définition internationale partagée de l’économie maritime, un consensus émerge pour considérer que « l’économie bleue » doit être définie comme l’ensemble des activités maritimes et littorales dont la soutenabilité conditionne l’avenir. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’économie maritime mondiale pourrait atteindre 3 milliards de dollars à l’horizon 2030 et employer plus de 40 millions de personnes 1.
Une croissance qui rime avec investissements, mais aussi avec rivalités, et sans régulation, avec surexploitation, tensions et pillage de ressources précieuses pour l’économie locale et nationale. Il est alors primordial pour des zones comme la Polynésie française de limiter et réguler l’accès à ses biens communs marins. Certains projets, tels que l’aquaculture de Hao, servent de vecteurs de pénétration économique pour des puissances étrangères, il faut donc intégrer les usages multiples (voir figure) dans les mécanismes de négociation et de répartition de la rente 2.
Pour assurer une coordination politique face aux grandes puissances et influences extérieures, les États et territoires insulaires ont créé en septembre 2025 la PacificInter-Parliamentary Assembly (PIPA) 3. C’est la Polynésie française qui accueillera les 15 délégations en 2026, au programme : révision du pacte de Taraho’i pour façonner une économie bleue durable du Pacifique.
1. OCDE (2017). L’économie de la mer en 2030. Éditions OCDE, Paris. https://doi.org/10.1787/9789264275928-fr.
2. Thebaud Olivier (2021). Économie bleue, biens communs et développement durable. Revue Maritime. (519). 22-28. https://archimer.ifremer.fr/doc/00689/80074/.
3. Assemblée Interparlementaire du Pacifique (AIP)
Infographie vers une économie durable
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