Pêche illégale non déclarée et non réglementée
Estimée à 15 % des captures totales, soit environ 26 millions de tonnes par an, la pêche illégale est devenue un fléau mondial. Si le constat est assez partagé par la communauté internationale, la réponse pour lutter contre une pratique aussi destructrice est moins évidente.
Les mailles du filet se resserent
La pêche dite « INN », c’est-à-dire illégale, non déclarée et non réglementée est une véritable industrie parallèle. Selon le ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, le phénomène représenterait à l’échelle mondiale une perte économique entre 10 et 20 milliards d’euros par an. À titre de comparaison, c’est dix fois la valeur de la pêche française. Cependant, les conséquences sont plus graves encore : en entravant les efforts nationaux et régionaux de conservation et de gestion des stocks de poissons, la pêche illégale participe à la surexploitation des ressources halieutiques. Elle est donc une menace directe pour la sécurité alimentaire puisque poissons, crustacés et mollusques apportent 20 % des protéines consommées par 3,2 milliards de personnes dans le monde selon la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.
Un lien avec les groupes criminels transnationaux
« Ce qu’on entend par « pêche INN » regroupe énormément de pratiques qui vont de la simple sous-déclaration, à l’esclavage moderne avec des pêcheurs retenus de force à bord de bateaux et qui ne voient pas la terre pendant plusieurs années », résume Philippe Vallette, océanographe et coauteur d’un rapport de la Fondation de la mer. « Si la pêche illégale existe, c’est bien parce que cette industrie est à la fois lucrative et difficile à contrôler », alerte le rapport qui dénonce notamment la relation entre pêche illégale et groupes criminels transnationaux.
Doté de réserves poissonneuses exceptionnelles, le golfe de Guinée est l’une des régions les plus touchées par ce phénomène. L’ampleur de la pêche illégale pourrait représenter jusqu’à 50 % de la flotte de navire de pêche et des prises réalisées. Elle serait responsable de la perte de 300 000 emplois pour les six pays de la région ouest africaine. La France, elle, est également touchée au large de la Guyane dont les eaux concentrent pourtant 90 % des contrôles réalisés par la Marine nationale. Malgré tout « le nombre de jours de mer des bateaux étrangers clandestins aurait doublé au cours de la dernière décennie », selon un rapport co-rédigé l’année dernière par l’Ifremer, le comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Guyane et WWF France.
Arraisonnement bâtiment de pêche
« De nombreuses activités de pêche passent sous les radars notamment faute de moyens pour les surveiller »
Pacte européen pour l’océan
En première ligne dans ce combat, la France a récemment adopté certaines mesures en comité interministériel de la mer qui simplifient notamment la destruction par immersion des navires sans pavillon. Mais elle veut aller encore plus loin. Lors de la 3e Conférence des Nations unies sur l’Océan (UNOC-3) en 2025 à Nice, la France a fixé comme priorité la ratification par le plus grand nombre de pays des grands accords multilatéraux tel que l’Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port (PSMA), qui empêche les navires engagés dans la pêche INN d’utiliser les ports et de débarquer leurs captures. La Chine, une des plus grandes nations de pêche, a ratifié l’accord cette année. À une autre échelle, les instances européennes promettent elles aussi de prendre le sujet très au sérieux. Le « Pacte européen pour l’océan » adopté en juin dernier par la Commission européenne entend « renforcer le rôle moteur de l’Europe dans les politiques océaniques » et affiche « son approche de tolérance zéro à l’égard de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) ». Cette stratégie européenne est cette fois fondée sur un système d’avertissement pour les « pays non coopératifs » dans la lutte contre la pêche illicite, et qui va jusqu’à l’interdiction d’importer dans l’UE les produits de la mer capturés.
« Ça va dans le bon sens », estime Philippe Vallette pour qui une des clés du problème est « la coopération internationale associée aux nouvelles technologies développées par exemple par les entreprises CLS et Unseenlabs qui ont fait de la surveillance des océans leur spécialité, grâce aux satellites et à l’intelligence artificielle ». En effet, de nombreuses activités de pêche passent sous les radars notamment faute de moyens pour les surveiller. Ainsi, « nous savons qu’à certains endroits comme en Asie du Sud-Est, les stocks de poissons souffrent beaucoup et bien sûr tout se complique quand on considère le changement climatique. C’est pourquoi, en qualité d’océanographe, je plaide pour une meilleure connaissance scientifique de la mer. Nous savons que la mer a une capacité de résilience forte, mais nous devons l’aider ».
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