Les réservistes du Service de santé des armées : comment se préparer à un conflit de haute intensité ?
Près de Lyon, le camp militaire de La Valbonne accueille, du 19 au 23 mai 2025, jusqu’à 80 réservistes rassemblés pour suivre une formation d’aguerrissement opérationnel Santé, appelée FRAOS. C’est un rendez-vous indispensable avant tout départ en mission opérationnelle. Pour l’édition 2025, la formation connait quelques évolutions : plus de réservistes, plus de scénarios immersifs et réalistes. Rencontre avec le médecin en chef de réserve Vincent, coordinateur pédagogique depuis quatre ans.
Propos recueillis par Emmanuelle NDOUDI.
L’organisation de la FRAOS a évolué depuis l’édition précédente. Qu’est-ce qui a inspiré les évolutions de l’organisation de la formation depuis l’année dernière ?
Médecin en chef (R) Vincent : Nous n’avons pas fait de grandes révolutions, mais avons plutôt renforcé les axes importants sur lesquels travailler. La rusticité s’est ainsi imposée comme un thème majeur. Cette année, par exemple, les participants passent trois nuits consécutives en bivouac, sans tente mais sous une simple bâche, dans un environnement volontairement rudimentaire. Le rythme sera modifié pour ajouter des phases d’activités nocturnes afin de correspondre aux réalités du terrain.
Pour cette nouvelle édition, les stagiaires répartis en 8 équipes doivent également tenir un journal de marche et des opérations. Les réservistes disposent aussi d’une carte de la zone de manœuvre pour faciliter leur orientation sur le terrain. Chaque fin de journée, ils doivent restituer les déplacements effectués auprès des encadrants. Cette nouvelle exigence vise à renforcer leur vigilance continue, y compris durant les temps de pause. L’objectif : immerger les 80 stagiaires dans un contexte proche d’une mission en opération extérieure.
J’ai tendance à dire aux participants que la FRAOS, c’est à la fois une formation et une mission extérieure. Une formation, d’une part, car en tant qu’intervenants, nous sommes présents pour les encadrer, avec bienveillance et pédagogie. Une mission, d’autre part, car les réservistes ont un cadre à respecter, des comportements à adopter et des règles de sécurité à suivre. Toute la semaine est construite autour de la rusticité et de cette dualité mission – formation.
Comment le contenu de la formation s’est-il adapté aux exigences du conflit moderne ?
Sur le fond, nous avons beaucoup ajusté nos scénarios, la typologie des blessures et l’état des patients que les stagiaires rencontrent sur le terrain. Nous avons notamment insisté sur la menace chimique, les lésions par explosions. Les intervenants ont aussi adapté les briefings à partir des retours d’expériences issus provenant des conflits actuels, en intégrant des scénarii d’artillerie ou de frappes par drone. Notre objectif est que les participants progressent dans un contexte similaire à celui de la haute intensité, avec des conditions de prise en charge adaptées.
Derrière ces évolutions, une ambition claire : rendre les réservistes plus résilients, affûter leurs compétences militaires, les former aux gestes de sauvetage au combat et aux bases du combat débarqué. Mais la préparation ne s’arrête pas là. Il s’agit aussi d’ancrer en eux l’esprit de défense et de nourrir le lien entre armée et Nation, pour qu’ils deviennent des relais engagés, dans leur environnement institutionnel et personnel. L’enjeu pour eux est de se tenir prêts à faire face à un conflit de haute intensité avec efficacité et réactivité.
Le nombre de réservistes formés lors de la FRAOS a doublé par rapport à l’édition précédente. Pourquoi leur soutien est-il essentiel pour le Service de santé des armées ?
Le passage de 40 à 80 participants à la FRAOS est un choix assumé car, les réservistes constituent un soutien majeur et vital pour le Service de santé des armées. L’avantage numérique qu’ils disposent garantit une meilleure capacité de soutien envers les soignants d’active. Les réservistes sont aussi un apport de compétences spécifiques peu ou pas représentées au sein du Service de santé des armées, comme les gynécologues ou les sages-femmes. Tous ces savoirs sont d’une grande utilité pour la santé du militaire et la féminisation des forces armées. Les soignants réservistes apportent également une forte dimension humaine, en favorisant la transmission et l’échange entre pairs.
Pour toutes ces raisons, leur présence au sein du Service est nécessaire, et une formation telle que FRAOS indispensable pour garantir et pérenniser le vivier de réservistes. À l’issue de la formation, les participants repartent avec une immense satisfaction, un sentiment d’appartenance accru au Service de santé des armées, une véritable montée en compétences et la volonté de poursuivre leur engagement.
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