Orion26 : « La connaissance mutuelle est donc essentielle en cas d'afflux massif sur notre territoire national »
Préparation interministérielle face à un engagement militaire de haute intensité, tel est le mot d’ordre de la phase 3 de l’exercice ORION 2026. Face à cette hypothèse, le médecin chef des services Le Goff souligne l’importance du « Patient flow management » pour gérer les flux de blessés, civils et militaires, via des centres médicaux de transit. Explications
Face à l’hypothèse d’un engagement militaire de haute intensité, la France doit se préparer à accueillir massivement des troupes alliées sur son sol. Cette préparation implique la mise en place d’un soutien nation hôte performant, essentiellement au profit des forces alliées qui transiterait par son territoire national.
La phase 3 de l’exercice ORION26, nommée « volet interministériel », est une étape clé dans ce scénario. Son objectif ? Renforcer les capacités collectives de défense du territoire et optimiser la coordination de l'État face aux répercussions d'un engagement majeur des forces armées françaises.
Parmi les enjeux, le Service de santé des armées occupe une place centrale. Comment garantir une prise en charge médicale optimale des blessés, civils et militaires ? Quels mécanismes mettre en place pour assurer une logistique sanitaire fluide et réactive ? Réponses du médecin chef des services Le Goff, chef du bureau « emploi » à la division « opérations ».
Comment le Service de santé se prépare-t-il, avec ses homologues civils, à l'accueil massif de troupes alliées sur son territoire ?
Médecin chef des services (MCS) Le Goff - Le Service de santé des armées représente environ 1% de la capacité médicale du territoire. En cas d’engagement majeur, la majorité de nos ressources seront déployées en soutien direct aux forces armées, laissant une part réduite sur le territoire national. Pour accomplir toutes nos missions, telles que la défense opérationnelle du territoire, le soutien en tant que nation hôte, le rappel massif de la réserve opérationnel et la prise en charge des blessés et malades sur notre territoire, nous devons nous appuyer sur le système de santé publique. Aujourd’hui, nous sommes au STADEF 5 et nous collaborons avec le ministère de la Santé pour nous organiser en vue d’un éventuel choc. Cette collaboration ne se limite pas au ministère de la Santé ; nous travaillons également avec le ministère de l’Intérieur, notamment avec la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, pour anticiper et établir des procédures et des façons de travailler communes.
Comment se déroulera la coordination et l'organisation en cas d'un afflux massif de blessés et malades, sur notre territoire national ?
MCS Le Goff - En cas d'engagement majeur en haute intensité, notamment dans le cadre d'une coalition OTAN, nous devons gérer ce que l'on appelle le « Patient flow management », c'est-à-dire la gestion des flux de blessés arrivant sur le territoire. Notre travail actuel consiste à collaborer avec le ministère de la Santé, le ministère de l'Intérieur et d'autres acteurs pour organiser ces flux, depuis leur arrivée sur le territoire national par divers moyens de transport (aérien, routier ou ferroviaire) jusqu'à leur prise en charge dans des établissements de santé ou des structures hospitalières. L'idée est de mettre en place, au sein des zones de défense, des centres médicaux de transit pour la prise en charge et l'orientation des blessés vers des établissements de santé, des structures d'hébergement avec des soins en ambulatoire, voire des retours à domicile. Ce qui vise à minimiser l'impact sur le système de santé français tout en garantissant la continuité des soins pour la population et une prise en charge optimale de nos militaires.
Orion 26 vise également à entraîner les réservistes français de toutes les armées. Qu’en est-il pour les réservistes du service
MCS Le Goff - Cela fait partie de nos travaux communs avec le ministère de la Santé. Nous mobiliserons nos praticiens de la réserve opérationnelle. Certains volontaires pourront partir en première ligne grâce à des compétences acquises au cours de formations militaires adaptées équivalentes à celles du personnel d’active. D'autres seront mobilisés auprès d'établissements de santé militaires, et enfin, certains seront utilisés dans leurs établissements de santé habituels, parfois avec une casquette militaire. Ils connaîtront la prise en charge des blessés de guerre, les procédures militaires et pourront orienter les patients au meilleur endroit pour leur suivi.
Prenons l'exemple des chirurgiens. Les chirurgiens de la réserve opérationnelle peuvent suivre des stages pour partir en mission extérieure, comme le cours avancé pour les chirurgiens en mission extérieure (CACHIRMEX). Grâce à ce cours, les chirurgiens réservistes acquièrent des compétences partagées avec les chirurgiens d’active et connaissent les processus militaires de la chirurgie de sauvetage du blessé de guerre pratiquée en mission extérieure.
Par ailleurs, avec le ministère de la Santé, le Service de santé des armées travaille sur un vade-mecum pour la prise en charge des blessés de guerre, qui explique aux soignants civils ce qui est attendu pour le traitement et le suivi de blessés et de malades arrivant d’une zone de conflit.
La connaissance mutuelle est donc essentielle en cas d'afflux massif sur notre territoire national et elle doit commencer dès maintenant, ce qui est le cas dans le cadre de nos travaux communs avec la santé civile.
1 minute pour comprendre : « Patient flow management »
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