[HISTOIRE] Septembre 1914 : le 2e bureau, son renseignement militaire et la victoire de la Marne
#11novembre - Il y a 111 ans, un mois après le début de la 1re guerre mondiale, le 2e bureau, l’ancêtre de la Direction du renseignement militaire, joua un rôle primordial pour renverser la situation face à l’Allemagne. Son renseignement, notamment d’origine image, fut en effet l’artisan de l’une des principales victoires françaises du conflit, la bataille de la Marne. Explications.
Le 2 septembre 1914, un mois après le début de la guerre, la situation pour la France est catastrophique. Surclassées, ses armées opèrent une retraite vers le sud, tâchant de gagner les vallées de la Seine et de l’Aube, exposant ainsi Paris aux armées allemandes qui parviennent à 40 kilomètres de la capitale. Le même jour, le gouvernement quitte la capitale pour Bordeaux, tandis que le retrait du corps expéditionnaire britannique vers le sud ouvre une brèche dans le dispositif allié à l’est de Paris.
Les unités de renseignement militaire de niveau tactique (2es Bureaux d’armée et dispositifs défensifs spécifiques) sont chargées de l’analyse du renseignement collecté par divers moyens d’acquisition - la station radio de la tour Eiffel sert ainsi de station d’écoute des communications allemandes et de localiser leurs émissions tandis que les unités de cavalerie légère conduisent des missions de reconnaissance du dispositif ennemi et de leurs mouvements.
Missions d’observation par l’aviation
L’aviation naissante permet également de conduire des missions d’observation. Le 2 septembre 1914, le caporal Louis Breguet et l’observateur Watteau effectuent ainsi un vol au nord-est de la capitale. Leur constat : la 1re armée allemande ne progresse plus vers Paris mais vers le sud-est afin d’exploiter la brèche créée par le retrait britannique. Ce renseignement donnera lieu à des analyses différentes selon les entités chargées de son exploitation. Parmi elles, le 2e bureau de la 6e armée, en charge de Paris, ne croit pas à une inflexion de la progression allemande et met en doute les observations d’un capteur alors décrié*. D’autant qu’aucune photo ne permet d’appuyer le compte-rendu oral de l’observateur Watteau…
À l’inverse, ce renseignement est pris au sérieux au sein du secteur défensif de Paris. Le général Gallieni, qui commande la place de Paris, ordonne dès le lendemain, le 3 septembre, la conduite d’une nouvelle mission aérienne. Dans ce cadre, il demande au 2e bureau d’élargir les recherches pour tenter de confirmer le premier renseignement recueilli. C'est un succès : non seulement la reconnaissance aérienne confirme la nouvelle direction prise par les Allemands, mais les équipes d’interception électromagnétiques de la tour Eiffel recueillent des messages allemands confirmant la cinématique de la 1re armée allemande vers le sud-est.
Gallieni et Joffre à la manoeuvre
Fort de ces renseignements, le 5 septembre, le général Gallieni lance la 6e armée française sur le corps d’armée ennemi esseulé. Et il convainc le général Joffre, commandant en chef des armées françaises du Nord-Est, de lancer parallèlement une contre-offensive générale pour fixer les autres armées allemandes. Le 11 septembre, sous cette pression, les Allemands reculent de 60 kilomètres.
En alliant l’efficacité du recueil multi-capteurs avec une analyse pertinente, le renseignement militaire français vient d’écrire ses premières pages de gloire de l’histoire de la Grande Guerre.
*En 1911, le général Foch considérait les avions comme des « jouets intéressants, mais sans aucune utilité militaire ».
[SERIE] Le renseignement militaire, toute une histoire
L’histoire du renseignement militaire, dont la DRM est l'héritière, nous rappelle combien le renseignement est un métier vieux comme la guerre. Une histoire à retrouver en sept épisodes.
Cliquez ici pour lire la sérieContenus associés
[SÉRIE] Mémoire du renseignement militaire, épisode 12 : Mistinguett, « la miss aux belles gambettes » a-t-elle sauvé la France en 1918 ?
Ils ont marqué l’histoire du renseignement. Nous ouvrons leur dossier militaire. Le 5 janvier 1956, il y a 70 ans, s'éteignait Mistinguett, reine du music-hall français. Derrière les plumes et les strass : une espionne du 2e Bureau, l’ancêtre de la Direction du renseignement militaire, pendant la Grande Guerre. Ce 12e épisode de notre série lève le voile sur l'icône des Années folles.
05 janvier 2026
[SÉRIE] Mémoire du renseignement militaire, épisode 11 : Georges-Jean Painvin, le génie de la guerre des codes
Ils ont marqué l’histoire du renseignement. Nous ouvrons leur dossier militaire. Dans ce 11e épisode, découvrez le capitaine Georges-Jean Painvin. En plein chaos de juin 1918, ce professeur de paléontologie à l’École des Mines accomplit l’impossible : percer en seulement vingt-quatre heures le nouveau code allemand, réputé indéchiffrable. Un exploit classé « secret-défense » pendant près de cinquante ans.
15 décembre 2025
[HISTOIRE] 1799-1815 : derrière les succès de Napoléon et de la Grande Armée, une communauté du renseignement
Il y a 220 ans, le 2 décembre 1805, Napoléon remportait la plus célèbre de ses batailles à Austerlitz. Plus globalement, sous le Consulat comme sous le Premier Empire, le renseignement militaire fut l’une de ses préoccupations permanentes.
02 décembre 2025