[ESPRIT DEFENSE] Guerre en Ukraine et exploitation du renseignement militaire

Direction : DRM / Publié le : 20 novembre 2025

Suivi de la situation sur le front, analyse des armements, évaluation de la régénération de l’armée russe à l’horizon 2030… Les agents de la Direction du renseignement militaire (DRM) décortiquent quotidiennement le conflit russo-ukrainien et ses implications au sein d’un « plateau » dédié. Plongée au cœur de la production d’une information essentielle pour comprendre et agir.

Véhicule SA-22 dans un dépôt de carburant en Crimée occupée. © imagerie commerciale

Cet article est tiré d'Esprit défense n° 17 (Automne 2025), consacré au renseignement dans les armées.

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Ce matin, le colonel Mathieu appelle ses troupes à la vigilance. Chef du « plateau » de la DRM chargé de la zone englobant notamment la Russie et l’Ukraine, l’officier supérieur est calme et posé. Autour de lui, dans cette salle du ministère des Armées et des Anciens combattants où trônent des ordinateurs classifiés, une vingtaine de militaires de tout grade et une dizaine de civils. Tous debout. Leur mission : briefer le colonel, cartes militaires sur grand écran à l’appui, sur les opérations survenues dans la nuit, sur la « dynamique de la ligne de front » et sur les possibles évolutions de l’offensive russe en Ukraine. On y parle de « harcèlement permanent », « gains territoriaux » ou « taux d’interception » de missiles…

Au sein de ce « plateau », des spécialistes de la recherche et du recueil du renseignement côtoient ceux chargés de l’analyser. Issue de la transformation de la DRM lancée en 2022, cette proximité apporte réactivité et efficacité à la production du renseignement militaire. « Nos équipes voient tous les jours l’utilité de leur travail, glisse le colonel Mathieu : leurs notes de renseignement viennent éclairer les prises de décision du Président de la République, du ministre des Armées et du chef d’état-major des armées (CEMA). Bien souvent, nous allons briefer le CEMA ou le cabinet du ministre avec notre directeur. » Ces informations appuient aussi les opérations des forces armées sur le terrain. Même en l’absence de déploiement de troupes françaises en Ukraine, « la DRM fournit aux Ukrainiens le renseignement qui leur permet de se défendre », a cependant indiqué le Président de la République en 2022.

Travail d’orfèvre

Sur le plateau, Raphaël prend la parole. Il est « officier recherche ». En clair, c’est lui qui pilote l’orientation des capteurs techniques, humains et partenariaux. Il détaille les manœuvres en cours et fait le point sur les projets envisagés. Une mission capitale. « L’officier recherche est une sorte d’orfèvre, un horloger du renseignement militaire, explique le colonel Mathieu. Il agit comme une cellule de recherche et développement chargée d’élaborer la combinaison de capteurs qui répondra le mieux à nos besoins. »

Image satellite d'un véhicule de défense anti-aérienne SA-22 dans un dépôt de carburant à Feodosiya © Imagerie commerciale

Image satellite d'un véhicule de défense anti-aérienne SA-22 dans un dépôt de carburant à Feodosiya

Pour démasquer un poste de commandement russe en Ukraine, par exemple, l’officier recherche peut s’appuyer sur des sources humaines ou sur des équipements souverains dont dispose la DRM : des capteurs électromagnétiques (les satellites Ceres pour intercepter des communications ou capter les signaux des radars militaires) ou des capteurs image (les photos des satellites CSO). Le renseignement peut aussi être apporté par de petits génies du cyber. « Cette palette d’outils nous permet de produire le renseignement le plus précis possible et de livrer notre propre appréciation de situation », confie Raphaël.

Un long travail en amont est souvent nécessaire pour dénicher le bon renseignement au bon moment. « C’est ce coup d’avance qui nous permet de découvrir des pépites, note l’officier recherche. Parfois, nous avons maintenu un dispositif durant des mois, voire des années, en ayant la conviction que c’était utile. Et au final, ça paye ! » Pour des raisons évidentes de confidentialité, il n’en dira pas davantage … Pour démultiplier son action, la DRM s’appuie sur les unités de renseignement du ministère des Armées et des Anciens combattants. Ce travail d’équipe permet de mener des projets d’envergure, comme l’évaluation de la capacité de régénération de l’armée russe en 2030, une priorité pour la DRM. Pour compléter son analyse, le plateau travaille au quotidien en lien avec ses partenaires français et étrangers, avec lesquels il échange du renseignement. Une relation bilatérale, toujours transactionnelle, sur le modèle du troc.

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Au bout de ce cycle, l’analyste intègre et exploite toutes les données recueillies dans Escrim, la nouvelle application renseignement de la DRM dopée à l’IA. En les confrontant avec celles déjà existantes, il rédige une note de renseignement avec la mention « Secret ». Afin de protéger les accès humains et techniques du service, seules les personnes habilitées et disposant du « besoin d’en connaître » pourront en prendre connaissance.

Certains éléments peuvent exceptionnellement être rendus publics. Comme ce 5 mars 2025 lors de l’allocution télévisée du Président de la République sur la menace russe : les visuels diffusés provenaient des synthèses fournies à l’Élysée par les agents de la Direction du renseignement militaire.

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