Entretien avec le major Stéphane P., assistant de l’attaché de défense près l’Ambassade de France au Suriname
Créée en 2023, la mission de défense de Paramaribo fêtera son troisième anniversaire l’été prochain. Elle est compétente pour le Suriname et le Guyana, deux pays du Plateau des Guyanes qui font face à de nombreux défis, notamment en matière de criminalité et de sécurité. Ces enjeux ont des répercussions directes sur la Guyane française, voisine du Suriname. Nous avons rencontré le major Stéphane P. qui nous éclaire sur les enjeux dans la région et son rôle au sein de la mission de défense.
Quelles sont les priorités stratégiques de la MDD française au Suriname et les enjeux de la coopération ?
La lutte contre l’orpaillage illégal (LCOI) constitue une priorité majeure, qui est partagée par l’ensemble des pays de la région. L’orpaillage illégal entraîne non seulement un pillage des ressources aurifères, mais également une déforestation et une pollution démesurées. Cela a une conséquence directe sur l’environnement et la sécurité régionale.
La lutte contre le narcotrafic représente également un volet important de la coopération. Une grande partie des flux de drogue transitant vers la Guyane et, in fine, vers la métropole, passe par le Guyana et le Suriname. Bien que conscients de ces problèmes, nos partenaires sont démunis face à l’immensité de leurs territoires respectifs et à l’ingéniosité des trafiquants.
Le contrôle de la pêche illégale et la lutte contre le pillage des ressources halieutiques guyanaises constituent également un défi important. Pour ce faire, nos partenaires déploient des efforts significatifs, notamment en matière d’équipement par l’achat de patrouilleurs, notamment français.
Enfin, l’instabilité de certains pays du bassin caribéen engendre des menaces dites « non traditionnelles », telles que l’immigration illégale et divers trafics (armes, drogue ou traite d’êtres humains).
L’enjeux est donc de maintenir la coopération régionale au plus haut dans le but de renforcer l’interopérabilité entre nos forces armées et pouvoir opérer de manière commune, notamment le long du Maroni. Cela se traduit de deux manières :
- Des actions d’échanges et de formations grâce au soutien des Forces armées en Guyane (FAG) ;
- La cession de nombreux équipements de terrain (pirogues, drones, moyens de surveillance et de communication…). Cela est rendu possible grâce au programme Solidarité stratégique (SOLSTRAT), relayé par l’état-major de l’armée de Terre. Là encore, la MdD de Paramaribo peut compter sur l’appui des FAG pour leur expertise en termes de besoins de matériels et formation post-cession.
La France et le Suriname partagent une frontière de plus de 500 kilomètres le long du fleuve Maroni. Quel impact sur la relation partenariale entre nos deux pays ?
Le fait d’avoir cette frontière naturelle et poreuse de 500 km, le long du fleuve Maroni, bénéficie aux trafiquants de tous horizons, ce qui augmente l’insécurité.
A l’occasion du dernier Dialogue stratégique du Plateau des Guyanes, la France a réitéré le besoin de formaliser des patrouilles communes avec les Forces armées du Suriname. A cette fin, dans le cadre du programme SOLSTRAT et avec l’appui des FAG, la France a déjà permis la création (équipement et formation) d’une première section surinamaise de Commando de recherche et d’action en Jungle (CRAJ), et appuiera en 2026, la création d’une seconde section totalement équipée elle aussi.
Dans tous les cas et même si cela reste compliqué, la France et le Suriname œuvrent de concert pour limiter les menaces sécuritaires et environnementales le long du fleuve Maroni, dont la frontière n’a pas été entièrement ratifiée par les deux pays.
Quel est votre rôle en tant qu’assistant d’attaché de défense (AAD) et comment s’inscrit-il dans le soutien aux actions de la mission de défense au Suriname ?
Le rôle principal de l’assistant d’attaché de défense est d’assurer un soutien quotidien à l’attaché de défense et de veiller à ce que chaque action de coopération soit conduite jusqu’à son terme.
Cela va de l’apprentissage de la langue française pour les militaires et garde-côtes surinamais et guyaniens via le support de la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), aux actions de formation et/ou de cessions avec le concours des FAG ou le soutien du programme SOLSTRAT.
A cela s’ajoute tous les aspects de gestion de la représentation, des ressources humaines, de suivi comptable, de sécurité des systèmes d’information ou encore de gestion des escales et des survols.
Enfin, œuvrant en milieu interministériel au sein de l’ambassade, l’AAD est l’interlocuteur privilégié de nombreux services. Bonne humeur et entraide sont donc de rigueur pour avancer.
En 2021 avait lieu la première édition du Dialogue stratégique du Plateau des Guyanes. De quelle manière cette plateforme permet-elle de renforcer la coopération régionale autour des enjeux de sécurité ? Comment la MDD au Suriname est-elle impliquée dans ces réunions annuelles ?
Même si les 3 pays du Plateau de Guyanes possèdent des enjeux régionaux communs, ces derniers restent assujettis aux priorités de chacun. C’est là toute l’importance que revêt le Dialogue stratégique du Plateau des Guyanes, qui permet de réunir tous les acteurs publics de la sûreté et de la sécurité. A cette occasion, chaque pays expose les menaces auxquelles il doit faire face dans le but de voir si une réponse collective peut être envisagée, voire apportée. Les axes d’efforts sont également soulevés (SOFA, partage d’informations…).
A l’occasion du dernier Dialogue stratégique, qui s’est déroulé en septembre 2025, le Brésil était invité en qualité d’observateur. Le prochain DS devrait voir sa participation confirmée par une invitation en tant que membre à part entière, démontrant l’importance croissante du DS pour les pays de la région.
Le rôle de la MDD, quant à elle, est de veiller à ce que la position de la France sur tous les sujets abordés soit connue par les partenaires et donc, que l’information circule. Elle répond également présente pour aider à l’organisation de ces évènements.
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