Entretien avec le capitaine de vaisseau Yann L., attaché de défense près l’Ambassade de France en Australie

Direction : DGRIS / Publié le : 02 février 2026

La France, nation souveraine du Pacifique, partage sa plus grande frontière maritime avec l'Australie, partenaire de premier plan dans la région. Pour mieux comprendre la relation bilatérale de défense entre nos deux pays, nous avons échangé avec le capitaine de vaisseau Yann L., attaché de défense en Australie. Il nous éclaire sur les enjeux stratégiques de la région du Pacifique, ainsi que sur le rôle de la mission de défense française à Canberra.

Le capitaine de vaisseau Yann L., attaché de défense près l'ambassade de France en Australie

Quelle est la nature de la relation partenariale de défense entre la France et l’Australie ? Quels sont les grands enjeux ou priorités qui la structurent ? 

Mi-novembre, la DGRIS française et son partenaire australien ont tenu à Paris un dialogue stratégique consacré au Pacifique, illustrant la qualité et la maturité de la relation bilatérale. Les échanges ont permis de confirmer le partage des mêmes enjeux stratégiques et d’une analyse largement convergente de l’environnement régional. Dans ce contexte, les deux parties ont souligné l’intérêt de renforcer leur coopération, notamment en valorisant et en soutenant les initiatives respectives, afin de gagner en efficacité et en cohérence. Le dialogue a enfin mis en évidence l’importance d’une meilleure compréhension et d’une plus grande transparence des dynamiques à l’œuvre dans le Pacifique, condition essentielle au maintien de la confiance et de la stabilité régionales.

 

La France est une nation souveraine du Pacifique, région dans laquelle les deux tiers de sa Zone Économique Exclusive (ZEE) sont situés. A ce titre, elle partage avec l’Australie la plus longue de ses frontières, s’agissant même d’une des plus longues frontières maritimes du monde. Dès lors, quelle place occupe l’Australie dans la stratégie française en Indopacifique ? 

La stratégie française pour l’Indopacifique rejoint largement celle de l’Australie, car les deux pays ont pris conscience qu’ils partagent des intérêts, des responsabilités et des contraintes similaires dans une région devenue stratégique. Puissances riveraines de l’Indopacifique, la France comme l’Australie sont directement concernées par la sécurité des routes maritimes, le respect du droit international et la stabilité régionale.

Cette convergence repose aussi sur le constat que leurs moyens diplomatiques, militaires et économiques demeurent limités face à l’ampleur des enjeux. Dès lors, la coordination apparaît indispensable pour mutualiser les ressources, renforcer leur crédibilité et peser davantage collectivement. Les deux pays défendent ainsi une vision commune d’un Indopacifique libre et ouvert, fondée sur le multilatéralisme et le rôle central des organisations régionales, afin de contenir les tensions sans confrontation directe.

Enfin, la coopération franco-australienne s’étend aux enjeux non militaires, comme la lutte contre le changement climatique, la gestion des catastrophes naturelles et le soutien aux États insulaires du Pacifique, domaines dans lesquels l’action collective permet de compenser l’insuffisance des moyens nationaux.

« La stratégie française pour l’Indopacifique rejoint largement celle de l’Australie, car les deux pays ont pris conscience qu’ils partagent des intérêts, des responsabilités et des contraintes similaires dans une région devenue stratégique. »

Capitaine de vaisseau Yann L.

  • Attaché de défense près l'ambassade de France à Canberra

Comment ces priorités se déclinent-elles dans le quotidien de la MDD ?

La mission de défense de l’ambassade de France à Canberra est bien plus qu’un simple relais entre les autorités françaises et australiennes. Placée au cœur de la relation de défense bilatérale, elle s’y consacre pleinement et contribue activement à son approfondissement.

Ainsi, le maintien d’une équipe de défense entièrement dédiée constitue un atout significatif dans un contexte de ressources limitées. Cette présence permet un suivi étroit, réactif et de long terme du partenariat.

Au quotidien, la mission de défense partage son analyse des questions de défense, identifie et propose des pistes de coopération, s’assure du suivi des dossiers communs, valorise les interactions franco-australiennes et apporte un soutien aux forces et missionnaires français déployés en Australie. Elle joue également un rôle clé dans l’accompagnement des nombreuses escales aériennes et maritimes ainsi que des exercices internationaux menés dans la région, renforçant ainsi l’efficacité et la visibilité de la présence française.

 

Chaque année, des exercices conjoints sont organisés, soit sous la conduite de la France (par exemple, Croix du Sud), soit sous celle d’un partenaire (par exemple, Talisman Sabre). En quoi ces exercices contribuent-ils à renforcer la coopération régionale ?

Chaque année, les exercices conjoints, qu’ils soient conduits par la France (Croix du Sud) ou par un partenaire (Talisman Sabre), constituent une démonstration concrète de présence et d’engagement au service de la coopération régionale.

Au-delà de l’entraînement, ils reposent sur une forte dimension humaine. Les forces engagées partagent le terrain, les contraintes et l’expérience opérationnelle, créant des liens de confiance durables. Cette proximité facilite la coordination et renforce la capacité à agir ensemble en situation de crise.

Ces exercices mettent également en avant la priorité accordée à l’assistance humanitaire et au secours en cas de catastrophe (HADR), enjeu majeur dans l’Indopacifique. Ils s’inscrivent dans le cadre de l’accord FRANZ (France–Australie–Nouvelle-Zélande) et de l’initiative Pacific Response Group, qui visent à améliorer l’anticipation, la coordination et la rapidité des réponses collectives.

Enfin, ils traduisent l’engagement commun de la France et de l’Australie à soutenir les États et territoires insulaires du Pacifique (EIP). En associant pleinement ces partenaires, ces exercices démontrent une présence visible, solidaire et durable, fondée sur la coopération et la résilience régionale.


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