Entretien avec le capitaine de frégate Jean-Baptiste F., attaché de défense adjoint près l’Ambassade de France au Maroc

Direction : DGRIS / Publié le : 05 janvier 2026

Le 3 décembre 2025 a eu lieu la première édition du dialogue stratégique entre la France et le Maroc. Cette rencontre a permis de renforcer les liens de confiance entre nos deux pays et d’aborder les grands enjeux de sécurité régionale et internationale. Dans ce contexte, nous avons rencontré le capitaine de frégate Jean-Baptiste F., attaché de défense adjoint  près l’Ambassade de France au Maroc. Il nous éclaire sur son rôle, les priorités de la mission de défense (MDD) au Maroc. 

Capitaine de frégate Jean-Baptiste F., attaché de défense adjoint français au Maroc

Pouvez-vous vous présenter ?

Spécialisé depuis vingt ans dans le monde arabe et musulman, j’ai effectué, il y a une dizaine d’années, une scolarité d’arabe de trois ans à l’INALCO en lettres, langues et civilisations étrangères, au profit de la Marine.

Si la maîtrise de l’arabe n’est pas nécessaire pour occuper le poste d’attaché de défense adjoint (ADA) au Maroc, cette formation m’est néanmoins très utile au quotidien pour mieux comprendre nos partenaires marocains dans leur contexte culturel, ainsi que le pays dans lequel je vis.

Pour devenir ADA, il faut d’abord candidater, au sein de son armée d’appartenance, à la prospection lancée par la DGRIS en année N-2. Les dossiers sont ensuite étudiés par les directions des ressources humaines des armées, qui présélectionnent leurs candidats. La DGRIS examine à son tour ces candidatures et sélectionne les profils qui lui semblent les mieux adaptés. Les candidats passent alors un oral d’aptitude et de sélection devant une commission au sein de laquelle sont représentées la DGRIS, l’Etat-major des armées, la Direction du renseignement militaire et la Direction générale de l’armement

 

Quel est le rôle de l’attaché de défense adjoint au sein de la MDD ?

L’attaché de défense adjoint à Rabat supplée l’attaché de défense dans l’ensemble de ses missions lorsqu’il est absent ou indisponible. Néanmoins, sa mission principale est plus particulièrement dévolue à la planification et au suivi de la coopération opérationnelle jusqu’à sa mise en œuvre. À cet égard, il est un maillon essentiel entre les forces françaises et marocaines afin de leur permettre de s’entraîner ensemble.

 

Quelles sont les grandes priorités de MDD au Maroc ?

Depuis l’été 2024, une nouvelle ère de partenariats s’est ouverte entre nos deux pays, avec une hausse du niveau d’ambition de la coopération militaire bilatérale.

De fait, les priorités de la mission de défense qui en découlent sont les suivantes :

  • Inscrire les sujets de défense à l’agenda politique, notamment dans le cadre de la prochaine visite royale en France prévue en 2026 ;
  • Poursuivre les échanges au niveau stratégique : dialogue stratégique, comité armement, visites d’autorités au Maroc et en France.

Ces grands rendez-vous jalonneront ainsi l’activité future de la MDD.

De manière plus quotidienne, l’une de nos principales missions consiste à suivre les 243 actions du plan de coopération bilatérale, récemment validé par le CEMA et son homologue, l’IGFAR (Inspecteur général des Forces armées royales), lors de la dernière commission militaire mixte, en décembre 2025.

Au-delà de la quantité, c’est surtout la qualité et l’ambition de ce partenariat qu’il convient de retenir. En effet, nos activités et nos exercices à venir seront plus denses, plus exigeants et plus engageants.

 

Comment s’articule concrètement la coopération bilatérale de défense franco-marocaine ?

La coopération militaire bilatérale entre la France et le Maroc est un dispositif ancien, créé en 1956 au moment de l’indépendance. Cette coopération a accompagné les Forces Armées Royales (FAR) dans leur structuration initiale, avec de très nombreux coopérants insérés, et vise désormais à renforcer l’interopérabilité entre nos forces armées.

Actuellement, elle s’articule autour de trois volets :

  • Un volet structurel, composé de cours, de stages et d’échanges académiques, et facilité par la présence de coopérants insérés ;
  • Un volet opérationnel, avec une dizaine d’exercices de milieu par an (notamment Chergui pour l’Armée de Terre, Chebec pour la Marine et Oryx pour l’Armée de l’Air et de l’Espace), qu’ils soient récurrents ou occasionnels, ainsi que des escales de bâtiments, des interactions Terre / Air / Mer, et des coopérations dans les domaines cyber, de la lutte anti-drones et de l’espace ;
  • Un volet armement, qui vise à développer nos bases industrielles et technologiques de défense (BITD) respectives.

 

Votre MDD intègre également la mission de coopération de sécurité et de défense (MCSD). Qu’est-ce que cela englobe et comment cela s’intègre-t-il dans votre travail ?

À Rabat, la MDD intègre un dispositif important de coopération de sécurité et de défense relevant du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères (MEAE). Celui-ci est composé de huit officiers et sous-officiers, dont six coopérants issus des armées de Terre, de l’Air et de l’Espace et de la Marine, qui travaillent au quotidien au sein des FAR, dont ils revêtent l’uniforme. Il compte également un officier du corps technique et administratif de la Gendarmerie ainsi qu’un sous-officier supérieur de l’armée de Terre, chargés d’assurer le soutien des coopérants.

En amont de la coopération opérationnelle, ce dispositif intégré permet de conduire la coopération structurelle au plus près des besoins de nos partenaires marocains. L’attaché de défense adjoint échange quotidiennement avec le détachement d’appui de la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), ainsi qu’avec les coopérants, afin de calibrer au mieux ces deux types de coopération, dont la finalité est l’opérationnalisation de la relation militaire bilatérale.

« Quand nos soldats, nos marins et nos aviateurs s’entraînent avec nos frères d’armes marocains, c’est pour être capables un jour d’intervenir de concert avec le plus de fluidité et d’efficacité possible. »


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