Semaine Européenne pour l'Emploi des Personnes Handicapées : Entretien avec Thomas, expert juridique à la DGNUM

Direction : DGNUM / Publié le : 27 novembre 2024

À l’occasion de la Semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées (SEEPH), nous sommes allés à la rencontre de Thomas, expert juridique au sein de la Direction générale du numérique et des systèmes d’information (DGNUM) afin qu’il nous explique l’exercice de son métier et la prise en compte par le ministère de son handicap. 

Illustration de l'article © DGNUMnunu

Semaine Européenne pour l'Emploi des Personnes Handicapées : Entretien avec Thomas, expert juridique à la DGNUM

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ? 

Je m’appelle Thomas, je suis expert juridique à la Direction générale du numérique et des systèmes d’information (DGNUM). 

Je suis en situation de handicap, reconnu travailleur handicapé. J’ai une déficience visuelle. J’ai obtenu mon master en droit public à la Faculté Jean Monnet puis j’ai intégré le Centre régional de formation à la profession d’avocats (CRFPA) de Versailles. J’ai travaillé pendant un an en cabinet avant de rejoindre la Fonction publique par le biais du dispositif des bénéficiaires de l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés. 

J’ai fait une bonne partie de mon parcours au ministère des Armées et des Anciens combattants. Avant d’intégrer la DGNUM, j’ai exercé à la Direction générale de l’armement (DGA), puis à la Direction des ressources humaines du ministère de la Défense (DRH-MD). De manière extra-professionnelle, je suis aussi adhérent d’une association d’aide aux déficients visuels œuvrant pour l’insertion des étudiants dans le milieu universitaire, l’insertion professionnelle, le maintien dans l’emploi et l’insertion / l’accessibilité culturelle. 

Quelles sont tes missions au sein de la DGNUM ? 

En tant qu’expert juridique, j’occupe un poste à missions transverses. Je suis placé au sein de la Sous-direction donnée et confiance numérique et j’apporte des conseils et du soutien juridique dans différents sujets relatifs au droit du numérique. C’est assez vaste, cela peut aller du conseil sur la rédaction d’une convention pour le soutien aux systèmes d’information jusqu’à participer à la rédaction d’un guide comme le Bring your own device (BYOD). J’ai également piloter un sous-groupes de travail juridique sur la donnée et l’intelligence artificielle. 

Quelles dispositions ont été prises par la DGNUM pour vous permettre d’exercer votre métier dans les meilleures conditions ?  

Au regard de mon handicap, mon poste nécessite effectivement des aménagements particuliers. Je suis arrivé sur mon poste avec des équipements que j’avais déjà en partie sur mes postes précédents mais certains ont été rachetés par la DGNUM car ces matériels devenaient obsolètes. 

Par exemple, je travaille beaucoup sur ordinateur et j’ai donc un logiciel de grossissement de caractères, (logiciel « ZoomText »), qui est un peu plus adapté et performant que la loupe de Windows. J’ai également un lampadaire de bureau qui reproduit ce qu’on appelle une lumière froide semblable à la lumière du jour, beaucoup moins agressive pour les yeux que les néons dans les plafonniers. Je dispose également d’une lampe de bureau de même type, d’une loupe électronique à main et d’un télé-agrandisseur qui est en fait une caméra qui permet de zoomer et de renvoyer l’image sur l’écran de l’ordinateur. Si j’ai un document à lire c’est une aide vraiment précieuse. 

Je tiens à souligner le fait qu’à peu près deux mois avant mon arrivée à la DGNUM, j’ai pu venir voir mon futur poste de travail. En effet, mon futur supérieur hiérarchique m’avait proposé de venir dans les locaux de la DGNUM afin de constater s’il y avait besoin d’anticiper l’achat de matériel supplémentaire. Je suis très reconnaissant de cette démarche car tous les employeurs ne le font pas.

Pensez-vous que le ministère des Armée et des Anciens combattants prend bien en compte la question de l’accessibilité ? 

Oui, je pense qu’elle est bien prise en compte de manière globale au ministère. Je l’explique par le fait que nous sommes assez en pointe sur ces questions-là pour une raison qui tient aux missions mêmes du ministère. Il ne faut pas oublier qu’on a des militaires qui peuvent être blessés sur un théâtre d’opérations et qu’il est important pour le ministère qu’ils puissent continuer une carrière en se réinsérant professionnellement. Cela participe très certainement à une dynamique qui fait que le ministère des Armées est un des meilleurs ministères en ce qui concernent l’insertion et le maintien dans l’emploi des travailleurs en situation de handicap. 

Et concernant l’accessibilité numérique ? 

De nombreuses choses ont pu être faites. En tout cas, c’est un sujet qui est pris en compte au ministère. 

Il y a deux choses qu’il faut savoir. Tout d’abord, nous avons une partie de nos systèmes d’information qui font partie des Systèmes d’information d’administration et de gestion (SIAG) non classifiées. Nous sommes donc soumis au respect des normes en matière d’accessibilité, notamment le Référentiel général d'amélioration de l'accessibilité (RGAA).

Ensuite, il faut souligner que les remarques faites quant à aux améliorations qui seraient à envisager en matière d’accessibilité sont prises en compte, en tout cas à la DGNUM. Je sais que plusieurs fois, notamment pour les communautés de travail ou l’accès à la documentation interne, j’ai eu quelques problèmes d’accessibilité. Il y a en effet des menus déroulants que je ne trouvais pas tout de suite et la problématique a été évoquée. Et rien que le fait qu’on en prenne conscience c’est déjà le début d’une résolution de problème. 

Mais je pense que la dynamique est aujourd’hui, que l’on soit soumis au RGAA ou pas, de se conformer à l’accessibilité numérique. Il y a une vraie prise de conscience et une sensibilité sur ces questions-là. C’est assez évident. 

Quelles pourraient être, selon vous et de manière générale, les améliorations à apporter dans le domaine de l’accessibilité numérique ? 

La difficulté réside tout de même dans le fait que chaque handicap est différent. Dans le domaine de la malvoyance par exemple, il y a pratiquement autant de symptômes que de personnes. Une personne peut avoir une vision tubulaire, une autre une vision périphérique. Une solution qui conviendra à l’une, ne conviendra pas nécessairement à l’autre. 

Cela complexifie les approches, mais il y a des choses qui peuvent être faites de manière générale. Par exemple, augmenter le contraste sur les pages d’un site internet. Je remarque souvent que l’accessibilité est parfois sacrifiée pour des questions d’esthétisme. Prendre en compte ces éléments, qui semblent insignifiants, peut grandement changer les choses. 


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