Décryptage d’une attaque informationnelle ciblant la cohésion nationale à travers son armée
Depuis la fin du mois d'août et notamment depuis les réunions de Paris autour de la Coalition des volontaires les armées françaises font l’objet de plusieurs attaques informationnelles.
La plus récente cible directement le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Pierre Schill, et lui prête des propos qu’il n’a jamais prononcés. Selon ce (faux) narratif, le général aurait déclaré qu’il refuserait d’appliquer l’ordre du président E. Macron en cas de déploiement des armées en Ukraine.
06/09/2025
soldats français n'iront pas en Ukraine.
Leur
Leur mission est claire
Dans les faits
Le CEMAT n'a jamais prononcé ces mots. Vous pouvez retrouver ici la vidéo source : il s'agit d'une interview diffusée sur YouTube. Ce sont les images de cette vidéo qui ont été détournées.
Entretien avec le général Pierre SCHILL : Vision, innovation et engagement de l'Armée de Terre
Skyrock PLM
#ArméeDeTerre #InnovationMilitaire #CEMAT
L’engagement de militaires français en opération extérieure est de la responsabilité du président de la République, chef des armées (articles 5 et 15 de la Constitution). Le CEMA, chef d'état-major des armées, assure le commandement des opérations militaires tandis que le CEMAT est notamment responsable de la préparation opérationnelle des forces de l'armée de Terre.
Les propos rapportés dans la fausse vidéo n'ont jamais été tenus par le CEMAT. Selon le code de la Défense les militaires doivent obéissance à leur supérieur (Art L4122-1) et respecter un devoir de réserve dans leur prise de parole publique (Art L4121-2).
Les armées françaises apportent un soutien aux forces armées ukrainiennes dans 2 domaines clés : le renforcement capacitaire à travers la vente et la cession de matériel militaire, et les activités de formation militaire en Pologne et en France.
Les armées françaises travaillent avec leurs partenaires de la Coalition des Volontaires et sous l’autorité du chef de l’État, à la mise en place de garanties de sécurité visant à établir, une fois le cessez-le-feu obtenu une paix durable en Ukraine et pour l’Europe.
Décryptage du procédé utilisé
Cette attaque informationnelle a d’abord été diffusée par un compte YouTube créé en 2018 mais actif depuis seulement fin août 2025. Cela relève d’un mode opératoire informationnel connu, qui consiste à créer des milliers de faux comptes sur les réseaux sociaux, qui ne seront activés que plusieurs années plus tard afin de contourner les algorithmes. En effet, un compte inauthentique, qu'il ait beaucoup publié ou non, a moins de chance d’être détecté et suspendu par les algorithmes si sa date de création est ancienne.
AgoraINformee
Times Now World
EXCLUSIF - L'armée française refuse un ordre de Macron : le signal d'un coup d'Etat rampant ?
Agora Informée
EXCLUSIF - L'armée française refuse un ordre de Macron : le signal d'un coup d'Etat rampant ?
Les faux propos du CEMAT ont ensuite été relayés par des dizaines de comptes sur plusieurs plateformes (Facebook, X, TikTok, YouTube) et dans plusieurs langues (français, roumain, portugais). D’abord par des comptes dits « jetables » c’est-à-dire anonymes et créés spécialement pour cette manœuvre.
Grand Eveil
L'armée française refuse d'obéir au président Emmanuel Macron
Flash infos : l'armé français désobéi le président Emmanuel Macron
Flash infos : l'armé français désobéi le président Emmanuel Macron
Puis, via des comptes d’influenceurs rémunérés par des agences de marketing ou de publicité liées à la Russie. Ce procédé permet de créer une polémique sur les réseaux sociaux en faisant croire que le sujet est viral, puis de le « crédibiliser » avec des comptes qui semblent populaires auprès des internautes.
Ce procédé reprend certaines caractéristiques du mode d'action dénommé "Storm 1516" qui cible généralement les soutiens à l'Ukraine.
En quoi cette attaque informationnelle est-elle dangereuse ?
Outre l’objectif clair de saper le soutien européen au profit de l’Ukraine, cette forme d’attaque informationnelle est particulièrement dangereuse car :
- Elle remet en question l’intégrité d'un responsable militaire et de son engagement envers la Nation, et discrédite l'institution militaire dont il est issu et dont il défend les valeurs ;
- Elle fragilise la cohésion nationale en s'attaquant à la relation de confiance entre les citoyens et leur armée;
- Elle brouille la compréhension sur les responsabilités et les fonctions réelles des armées.
Retrouvez l'ensemble de nos décryptages à chaud
Nos décryptagesContenus associés
Décryptage sur le déploiement des armées françaises au Proche et Moyen-Orient
Depuis le déclenchement des opérations « Epic fury » par les Etats-Unis et de « Roaring lion » par Israël en Iran le 28 février 2026, de nombreuses rumeurs et fausses informations circulent sur l’engagement des armées françaises au Proche et Moyen-Orient.
10 avril 2026
Décryptage - La désinformation au service de la compétition industrielle ?
Dans les faits Depuis l’opération indienne SINDOOR au Pakistan en mai 2025, le RAFALE français fait l’objet d’une campagne de désinformation virulente et persistante. Ces manœuvres informationnelles, coordonnées et parfois opportunistes, illustrent la volonté de nos compétiteurs d’exploiter tout évènement pouvant leur permettre de porter atteinte à l’image de la France et de ses armées.
23 février 2026
Décryptage du ciblage informationnel qui pourrait cibler l’exercice majeur ORION 26
À l’approche de grands exercices militaires des armées françaises, la désinformation refait surface. L’exercice ORION 26 ne devrait pas faire exception. L’état-major des armées anticipe la diffusion de faux narratifs qui chercheront à brouiller la compréhension de l’exercice, à inquiéter les Français et à fragiliser la confiance qu’ils accordent envers leur armée.
05 février 2026