Rencontre avec le général de division aérienne Emmanuel Naëgelen, commandant de la cyberdéfense
Depuis le 1er août 2025, le Commandement de la cyberdéfense a un nouveau chef, le général de division aérienne (GDA) Emmanuel Naëgelen, ancien directeur général adjoint de l’ANSSI à partir de janvier 2021, qui succède ainsi au général de corps d’armée Aymeric Bonnemaison. Rencontre avec celui qui est désormais à la tête des cybercombattants et cybercombattantes français.
Mon général, quels sont vos premiers mots pour les cybercombattants, militaires et civils qui servent au sein des armées ?
Tout d’abord, j’aimerais leur dire que je suis fier d’eux, des missions qu’ils ont réalisées et du travail qui a été effectué depuis la création du Commandement de la cyberdéfense en 2017. Je crois profondément au collectif, aux synergies qui peuvent en découler et qui doivent nous animer afin d’être plus créatif et novateur pour faire face aux cybermenaces de demain car nos adversaires et nos compétiteurs le seront assurément. Peu importe notre affectation, nous devons résolument échanger entre nous à la fois sur l’état de la menace, sur les bonnes pratiques développées par chacun et sur les besoins des uns et des autres. Ensemble, nous sommes plus forts et ce n’est que par le collectif que nous gagnerons le combat cyber.
Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?
Depuis mon entrée dans l’armée de l’Air et de l’Espace, je n’ai cessé de travailler dans le domaine cyber. Comme on dit, « je suis tombé dedans quand j’étais petit ». C’est un domaine passionnant et en permanence mutation. J’ai eu l’honneur de travailler aux côtés du vice-amiral d’escadre (2S) Arnaud Coustillère, qui a joué un rôle fondamental dans la construction de notre cyberdéfense et dans la création du Commandement de la cyberdéfense. J’ai aussi eu l’occasion d’être à la tête de services cyber au sein des armées et plus particulièrement de l’état-major des Armées. Enfin, ma dernière expérience marquante a été mon passage auprès de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) avec des missions complexes et d’envergure pour protéger le territoire national dans le milieu cyber.
Aujourd’hui, vous êtes le commandant de la cyberdéfense. Quelles sont les missions qui vous ont été confiées ?
La mission qui m’a été confiée est claire : poursuivre la construction de notre cyberdéfense, accentuer la présence des vecteurs cyber au sein des opérations militaires et ancrer une stratégie pérenne dans le domaine cyber. Pour cela, je tiens à remercier mes prédécesseurs car sans eux et leur travail, rien ne serait aujourd’hui possible. Aujourd’hui, nous nous inscrivons dans l’écosystème cyber national, dans les synergies développées et notamment par le biais de notre installation progressive à Rennes, centre névralgique de la cyberdéfense.
Une autre de mes missions est d’inscrire la cyberdéfense dans l’esprit des Français et des Françaises. Il est important que les Français sachent qu’aujourd’hui les armées les défendent y compris dans le cyberespace, cinquième milieu de conflictualité. Pour cela, nous devons faire connaitre nos actions, nos investissements et que nous sommes prêts : prêts à faire face aux menaces cyber, prêts à agir dans le cyberespace et prêts à combattre dans le cyberespace comme sur d’autres champs de conflictualité.
Au cours de votre carrière, vous avez pu voir évoluer la cyberdéfense militaire et notamment l’observer depuis l’extérieur lorsque vous étiez à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Qu’en retenez-vous ?
Depuis l’attaque cyber de 2007 ayant visé une structure étatique en Estonie, une véritable prise de conscience de la menace cyber s’est opérée, que ce soit dans le monde civil ou dans le monde militaire. Pour autant, nous ne faisons pas de cyber uniquement depuis cette date. En France, la construction d’une cyberdéfense de premier plan s’est opérée par étapes dès les années 2000. La création d’un commandement dédié en 2017 en a été un jalon important.
Aujourd’hui, les menaces sont multiples et le cyberespace est devenu un véritable espace de conflictualité. La menace peut provenir de partout et de n’importe qui, qu’on soit proche physiquement ou non. De plus, cette menace cyber est difficilement perceptible et de plus de plus rusée, aiguisée et construite, y compris pour des acteurs non-étatiques. Ainsi, les attaques cyber sont aujourd’hui une composante majeure de la guerre et nous le voyons tous les jours avec ce qui passe dans le conflit en Ukraine. Le cyberespace est aussi très employé « sous le seuil » et devient un milieu de compétition et de contestation que ce soit pour le monde civil ou militaire.
Comment le Commandement de la cyberdéfense et la cyberdéfense des armées se préparent aux nouveaux enjeux du cyberespace ?
Le Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER) tient toute sa place dans la construction d’une cyberdéfense résiliente et de premier plan. En tant que tête de chaîne cyber dans les armées, nous devons avoir une vision stratégique sur la construction de cette cyberdéfense. Quelles seront les menaces cyber de demain ? De quelles capacités les armées françaises ont-elles besoin ? Comment créer des synergies entre acteurs publics et privés ? Quel est le lien avec notre base industrielle et technologique de défense ? Comment répondre aux enjeux de demain et comment y faire face ? Ou encore, comment innover dans le milieu cyber, le tout en très peu de temps ? Autant de questions auxquelles nous devons répondre et avoir une vision stratégique.
Sur le plan tactique et opératif, chaque armée, direction ou service agit dans le cyberespace et innove pour prendre le dessus. Cela passe bien évidemment par l’entrainement et la mise en place d’exercices dont le premier est l’exercice interarmées de cyberdéfense DEFNET mis en œuvre par le COMCYBER et dont la 11e édition s’est tenue en mars dernier. Cet exercice mobilise chaque armée, direction ou service avec des incidents cyber techniques sur une grande majorité de nos systèmes d’information et systèmes d’armes.
Ensuite, chaque armée, direction ou service organise régulièrement des exercices cyber ou prend part à des exercices cyber, notamment internationaux. Je pense à l’exercice E=MC de la Marine nationale ou encore l’exercice LIDEX de l’armée de Terre. Il y a bien évidemment une préparation opérationnelle avec nos partenaires de premier plan comme l’exercice Locked Shields ou Cyber Coalition.
Aujourd’hui, le Commandement de la cyberdéfense s’appuie sur les unités opérationnelles de la Communauté cyber des armées qui s’est agrandie en juin 2025. Quelle est votre vision pour cette communauté ?
La Communauté cyber des armées (CCA) est fondamentale à plusieurs titres. Tout d’abord, parce qu’elle nous permet de véritablement inscrire les opérations de cyberdéfense dans les opérations militaires. Ensuite, la Communauté cyber des armées nous permet aujourd’hui de fédérer l’ensemble des cybercombattants et cybercombattantes des armées. Nous le voyons avec la diversité des unités qui composent la CCA, les cybercombattants sont partout sur le territoire, dans les trois armées et dans certaines directions et services et agissent de manière coordonnée dans les trois domaines de lutte que sont la lutte informatique défensive (LID), la lutte informatique offensive (LIO) et la lutte informatique d’influence (L2I).
Également, certaines unités de la Communauté cyber des armées agissent dans le champ de la guerre électromagnétique (GCEM). Ce domaine de lutte, dont l’importance a été révélée au grand public par la guerre en Ukraine, nous a été confié par le major général des Armées en 2024, avec pour mandat de structurer nos armées dans le champ de la guerre électromagnétique, de réfléchir sur les opportunités d’insertion de la GCEM au sein d’opérations armées et d’engager une dynamique avec nos industriels de défense.
Quels conseils donnez-vous aux cybercombattants qui nous lisent ?
Je leur dirais de toujours faire preuve de créativité et d’imagination pour sans cesse se renouveler !
Découvrez la biographie du GDA Emmanuel Naëgelen
Né le 12 juillet 1970 à Bourg-en-Bresse (01), le général de division aérienne Emmanuel Naëgelen est issu de la promotion « Capitaine Koenig » de l’École de l’Air en 1991.
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