La Maison de la Dernière Cartouche

À Bazeilles, sur les hauteurs qui dominent la Meuse, une maison modeste porte toujours les stigmates d’une journée héroïque. Derrière ses murs criblés d’impacts, le 1er septembre 1870, plus d’une centaine de soldats de l’infanterie de marine résistèrent jusqu’à l’épuisement de leurs munitions. Transformée en musée, la Maison de la Dernière Cartouche invite aujourd’hui à découvrir cette histoire au plus près des hommes qui l’ont vécue.

1920. Autochrome. Maison des « dernières Cartouches » à Bazeilles - © Collection du musée Albert-Kahn CC-BY-4.0

L'histoire

À l’origine, la maison Bourgerie n’était ni un fortin ni un baraquement. Construite au milieu du XIXe siècle et située à l’écart du village, elle appartenait à Jeanne Lucie Herbulot, épouse de Jean-Joseph Bourgerie, balancier et aubergiste. La famille y accueillait voyageurs et passants lorsque la guerre franco-allemande vint bouleverser le destin du village. 

Le 1er septembre, tandis que les combats faisaient rage à Bazeilles, le capitaine Eugène Bourgey installa sa compagnie dans la maison évacuée. Peu à peu, des combattants épuisés cherchant un répit le rejoignirent, parmi lesquels le commandant Arcène Lambert, blessé au pied.

Sous la pression ennemie, la maison devint alors un ultime réduit. Les ouvertures furent barricadées, les tireurs prirent position aux fenêtres et, pendant plus de deux heures et demie, les défenseurs tinrent tête aux Bavarois. Les murs tremblaient sous les projectiles. Lorsque les cartouches vinrent à manquer, il fallut encore attendre avant que les ennemis n’osent s’approcher. C’est finalement à leur demande que le commandant Lambert accepta de parlementer. Il obtint ainsi une reddition honorable de ses hommes, mais il fallut tout de même un officier bavarois, le capitaine Friedrich Lissignolo, pour protéger les défenseurs français contre la fureur de ses soldats excédés par leurs pertes.

Associés au désastre de Sedan, les combats de Bazeilles auraient pu sombrer dans l’oubli. Ils devinrent au contraire un mythe. 

Il y eut d’abord le retour de Jean-Joseph Bourgerie dans sa maison dévastée où il conserva les traces des combats : impacts, crevasses, obus fiché dans la façade, mobilier endommagé. Sous l’enseigne « À la Maison mitraillée », il transforma peu à peu les lieux en un musée singulier, nourri par les objets recueillis dans les environs.

Il y eut ensuite, en 1873, sur les recommandations de son ami le commandant Lambert, la visite de la maison par le peintre Alphonse de Neuville. De cette rencontre naquit le célèbre tableau Les Dernières Cartouches. L’œuvre, présentée au Salon, rencontra un immense succès et contribua à faire de Bazeilles un lieu de pèlerinage patriotique. La maison prit le nom de « À la Dernière Cartouche ». Des visiteurs accoururent de toute la France ; des personnalités laissèrent leur signature dans les livres d’or, parmi lesquelles Gambetta, Sadi Carnot, Zola et Victor Hugo. On attribue à ce dernier l’inscription sur un de ces registres de ces vers :

« Entre les plus beaux noms, leur nom est le plus beau.La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau. »

Victor Hugo

  • Extrait du poème intitulé « Hymne ».

Menacée de vente en 1899, la maison fut sauvée grâce à une souscription nationale lancée par le journal Le Gaulois. En 1909, elle fut remise au Souvenir Français, avant que le Comité national des traditions des Troupes de Marine ne contribue, dans les années 1950, à sa restauration et à la renaissance de son musée. Le tableau de Neuville y trouva sa place en 1965. Depuis, les collections et les bâtiments ont été conservés avec le souci de préserver l’atmosphère intime d’une maison d’habitation plutôt que de transformer le site en décor figé.

Sa visite permet ainsi de passer du récit national à une mémoire plus concrète : celle d’un foyer bouleversé par la guerre, de soldats retranchés derrière des fenêtres, d’un village ravagé par les destructions et les incendies et d’une population confrontée au désastre. Ici, l’histoire ne se contemple pas seulement ; elle se devine dans la pierre, dans les objets et le silence des pièces.

Au cœur du chemin de mémoire de Bazeilles, la Maison de la Dernière Cartouche demeure un lieu profondément émouvant. Elle rappelle la bravoure des combattants de 1870, mais aussi la manière dont une maison, préservée par la volonté des générations successives, peut devenir le gardien d’une mémoire nationale.

Informations pratiques

Musée de la Maison de la Dernière Cartouche

Adresse : 12 rue de la dernière cartouche, 08140 Bazeilles.

Tél. : 03 24 27 15 86.

Courriel : museemdc@orange.fr

Ressources

[Lien] - Les combats de Bazeilles, sur le site internet de l'armée de Terre. 

2024, Bazeilles. Façade du musée de la dernière cartouche © museesgrandest.org

2024, Bazeilles. Façade du musée de la dernière cartouche. 1875, Maison de la dernière cartouche. Carte postale. La défense de l'Auberge Bourgerie à Bazeilles par la Division bleue, le 1er septembre 1870. Huile sur panneau dédicacé par Alphonse de Neuville « à mon ami Lambert, souvenir de Bazeilles ».

Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville, 1873. Tableau, huile sur toile. Les dernières cartouches ; défense d’une maison cernée par l’ennemi. Illustration de la défense de l'Auberge Bourgerie à Bazeilles par la Division bleue, le 1er septembre 1870.

de NEUVILLE Alphonse (1835- 1885). Les dernières cartouches. Huile sur panneau, signé en bas, à gauche, dédicacée « à mon ami Lambert souvenir de Bazeilles » en bas à droite.

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