L'année 1944 en France. Les opérations militaires et la restauration de la vie politique
Auteur : la direction du patrimoine, de la mémoire et des archives.
Sur l'ensemble du second conflit mondial, l'année 1944 est certainement l'année décisive car elle voit les puissances de l'Axe reculer sur tous les fronts. En ce qui concerne la France, la renaissance de la vie politique et sociale accompagne la libération militaire du territoire.
Les Alliés disposent désormais d'une capacité aérienne leur permettant de frapper directement l'Allemagne, qui subit des raids massifs destinés à démoraliser la population et à neutraliser ses moyens militaires.
Les Soviétiques, de leur côté, pénètrent en Pologne et reprennent Léningrad.
La campagne d'Italie est menée efficacement par les Alliés : les troupes françaises du général Juin maîtrisent le Garigliano avant d'entrer dans Rome en juin. L'histoire est sur le point de s'accélérer en juillet avec l'attentat manqué contre Hitler. Mais le théâtre véritable des opérations va être le territoire français.
Les opérations militaires et la répression en France
Tout commence le 6 juin 1944 avec le débarquement de Normandie et se complète en août par le débarquement de Provence. Jusqu'en mai 1945 la poursuite de la guerre est l'objectif qui mobilise les énergies. La libération progressive du territoire s'accompagne de batailles acharnées, de faits d'armes héroïques et sanglants mettant en jeu tant les armées régulières que la Résistance intérieure : bataille de Normandie, percée d'Avranches, bataille des Ardennes, maquis de Saint Marcel (Morbihan), résistance du maquis des Glières et de celui du Vercors, etc.
Confrontées à de tels obstacles, les troupes allemandes se livrent à des massacres de représailles sur les populations civiles : Ascq, Tulle, Harnes, Oradour, Maillé, etc. Des exécutions et des assassinats ont également lieu dans cette tourmente de l'année 1944, qui mettent en cause tant les occupants que la Milice : Victor Basch, le groupe Manouchian, Jean Zay, Georges Mandel, sans oublier la mort de Pierre Brossolette.
Les 2 points culminants restent la libération de Paris et la reprise de Strasbourg par la 2e DB.
La restauration de la vie politique
Au fur et à mesure que le territoire retrouve sa liberté, les Français réinventent les institutions politiques et veulent réformer les structures juridiques et économiques du pays. Le mouvement est double : il est à la fois inspiré par la Résistance intérieure et mené par le général de Gaulle, soucieux de rétablir au plus vite la légitimité républicaine afin d'éviter une administration militaire alliée et d'empêcher la mainmise du Parti Communiste sur les nouvelles institutions.
Dès le mois de janvier, les Mouvements Unis de Résistance (MUR) regroupent plusieurs autres mouvements en Mouvement de Libération Nationale (MLN). À la conférence de Brazzaville, de Gaulle étudie les futures relations entre la métropole et les colonies. La création des Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) en février permet de rassembler les différentes branches armées de la Résistance.
Le Conseil National de la Résistance (CNR) adopte un programme d'action destiné à être mis en œuvre une fois la France libérée. Dans la même perspective, une ordonnance du CFLN (Comité français de libération nationale) définit les conditions de rétablissement de la démocratie après la Libération : elle innove en prévoyant d'accorder le droit de vote aux femmes. Le CFLN se transforme en Gouvernement provisoire de la République Française (GPRF) et tout au long de l'année une série de mesures se succèdent, allant dans le sens d'une restauration de la vie politique :
- Ordonnance rétablissant les organisations syndicales dissoutes en 1940.
- Ordonnance du GPRF rétablissant la légalité républicaine (août).
- Les partis politiques réapparaissent dans le cadre de la formation du gouvernement.
- Rétablissement de la liberté de la presse après épuration et maintien de la censure militaire.
- Ordonnance établissant la composition de la nouvelle assemblée consultative (octobre).
- Reprise de la vie politique : les organisations paysannes se réorganisent.
- Emission d'un grand emprunt visant à assainir la situation monétaire (novembre).
- Congrès extraordinaire de la SFIO.
- Congrès constitutif du MRP (Mouvement Républicain Populaire).
- Mobilisation communiste en faveur de la reconstruction du pays.
- Début des nationalisations (charbonnages).
Réforme par ordonnances de l'assurance maladie et de l'assurance vieillesse.
Plusieurs problèmes donnent lieu toutefois à des tensions : l'intégration des FFI dans l'armée française n'est pas aussi simple que pourrait le laisser penser l'euphorie de la victoire en marche (juin). Les positions du PC qui veut détenir un contrôle systématique sur les moyens de la Résistance (nomination des responsables, formalisation de l'action politique à mener dans le sens d'une insurrection) ne sont pas partagées par toutes les tendances des organisations de résistance. L'épuration « sauvage » autorise des règlements de compte éloignés de toute justice, ce qui accélère l'institution des cours spéciales de justice (septembre). La dissolution des milices patriotiques par le gouvernement entraîne des protestations du CNR et du PC (octobre). Pour asseoir son autorité et canaliser l'aspiration à une démocratie directe, économique et sociale, le général de Gaulle effectue plusieurs voyages en province.
Sur le plan international la conférence monétaire de Bretton Woods confirme l'institution du dollar comme monnaie de référence parallèle à l'or. Enfin, la reconnaissance en droit du GPRF par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'URSS, etc, implique la participation de la France au règlement allemand lorsque le moment sera venu.
MINDEF/SGA/DMPA.
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