26 mai - 11 juin 1942. La bataille de Bir Hakeim
Auteur : la direction du patrimoine, de la mémoire et des archives.
Du 26 mai au 11 juin 1942, la 1re Brigade française libre tient tête à l'Afrika Korps et à ses alliés italiens sur le front de Libye. Elle ne décroche de sa position de Bir Hakeim qu'après avoir permis le repli des troupes britanniques.
Depuis septembre 1940, le continent africain est le lieu de combats acharnés entre Italiens et Britanniques. L'Italie, présente en Libye, n'a de cesse de conquérir l'Égypte, alors sous contrôle de la Grande-Bretagne. Écrasés par les forces britanniques, les Italiens reçoivent le renfort des troupes allemandes.
Le 31 mars 1941, le général Rommel, à la tête de l'Afrika Korps, lance sa première offensive en Libye. Attaques et contre-attaques se succèdent. À la fin de 1941, les forces britanniques commandées par le général Auchinleck ont reconquis la Cyrénaïque. Rommel reprend alors l'initiative en lançant une offensive qui doit le mener jusqu'à Tobrouk, relais maritime et principale base britannique avant la frontière avec l'Égypte.
Un camp retranché en défense
Les Britanniques établissent une ligne de résistance nord-sud tenue au nord, dans le secteur d'El Gazala, par deux divisions, britannique et sud-africaine, et au sud par la première brigade française libre (1re BFL), flanquée à l'est par la 3e brigade motorisée indienne. Des champs de mines s'étendent d'une extrémité à l'autre.
La mission de la 1re BFL est de tenir l'extrémité méridionale de la ligne de défense. Aux ordres du général Kœnig, elle a pris position à la mi-février à Bir Hakeim, situé à quelque 70 kilomètres de la côte méditerranéenne, au sud-ouest de Tobrouk. Bir Hakeim est un ancien poste méhariste italien établi près d'un puits à sec, sur un plateau semi-désertique, au croisement de plusieurs pistes. La position des Français forme un triangle, d'un périmètre d'environ seize kilomètres, qu'aucun obstacle naturel ne défend. Elle est entourée d'un champ de mines. Les Français transforment le réduit en camp retranché. Parachevant l'aménagement de la place commencé par les Britanniques, ils effectuent d'importants travaux de terrassement, creusant tranchées et abris pour camoufler hommes, armes et véhicules.
Pour faire face aux troupes germano-italiennes, les Français disposent de pièces antichars : canons de 25, 47 et 75 mm, d'artillerie antiaérienne : canons Bofors AA de 40 mm et de mortiers de 60 et 81 mm. Ils sont en outre équipés d'une soixantaine de blindés légers chenillés Bren Carrier. La troupe est constituée notamment de deux bataillons de Légion étrangère, d'un bataillon d'infanterie de marine, du bataillon du Pacifique, du 2e bataillon de marche de l'Oubangui, d'une compagnie nord-africaine, d'une compagnie de sapeurs-mineurs. La DCA est renforcée par une batterie anglaise. Au total, plus de trois mille sept cents hommes qui bénéficient du soutien logistique et de la couverture aérienne des Britanniques.
Les forces françaises libres en ligne de mire
Le plan de Rommel n'est pas d'attaquer de front les positions alliées mais de contourner la ligne de résistance par le sud afin de livrer bataille à la VIIIe armée britannique sur ses arrières. Le 26 mai 1942, des unités italiennes lancent une attaque de diversion au nord et au centre de la ligne de résistance. Le lendemain, l'offensive générale commence.
Tandis que les Italiens lancent leurs chars sur Bir Hakeim, les Allemands opèrent un mouvement enveloppant pour contourner et isoler la position en remontant vers le nord. La prise du réduit ne doit être qu'une formalité rapidement accomplie mais la riposte des Français est fulgurante. En une heure, ils repoussent les Italiens, faisant quatre-vingt-onze prisonniers. Une trentaine de chars ennemis restent sur le terrain. Alors que les Allemands poursuivent vers le nord, où ils affrontent les Britanniques, les Français attaquent convois de ravitaillement et détachements adverses, harcelant les lignes de communication. Rommel, reprenant l'avantage face aux Britanniques, décide de réduire cette poche de résistance.
L'investissement de la place commence le 2 juin. Il est confié à deux divisions, une allemande et une italienne, appuyées par des groupes d'artillerie et par l'aviation allemande : la Luftwaffe. Trois ultimatum successifs sont adressés aux Français, en vain, les 2, 3 et 5 juin. Le général Koenig oppose un refus catégorique.
Les bombardements aériens et les tirs d'artillerie s'intensifient mais la 1re BFL tient toujours. La situation devient toutefois de plus en plus précaire, l'étau se resserre sur Bir Hakeim. Rommel lui-même vient diriger les opérations. Les attaques germano-italiennes atteignent leur point culminant du 8 au 10 juin. Les appareils de la Luftwaffe déferlent sur la position, contrés par ceux de la Royal Air Force.
« Ce n’est pas le nombre qui fait la victoire, c’est le courage et la volonté. »
- Commandant des forces des Alliés
Sortie sous le feu de l'ennemi
La position n'est plus tenable. Les Anglais étant par ailleurs submergés par l'avancée allemande, toute résistance est devenue inutile. Kœnig ordonne alors une sortie générale pour la nuit du 10 au 11 juin. La 1re BFL passe en force sous les feux des lignes italo-allemandes pour rejoindre les camions britanniques qui l'attendent quelques kilomètres plus loin, échappant ainsi à l'anéantissement. Elle se replie sur l'Égypte avec les Britanniques qui perdent Tobrouk le 21 juin.
Quelque deux mille cinq cents hommes réussissent leur sortie mais le bilan de ces quinze jours de combat est lourd. Plus de mille hommes sont tués, blessés, prisonniers ou disparus. La 1re BFL laisse cinquante-deux canons et deux cent cinquante véhicules mais inflige à l'adversaire des pertes matérielles importantes : cinquante et un chars, treize automitrailleuses, de nombreux véhicules ainsi que sept avions sont détruits. Cent vingt trois Allemands et cent cinquante quatre Italiens sont faits prisonniers.
À Bir Hakeim, pour la première fois, les Français libres sont confrontés à la puissance militaire allemande et leur fait d'armes prend valeur de symbole. Ils ont tenu face aux forces italo-allemandes et leur ont infligé des pertes sévères. En retenant Rommel et ses troupes, ils ont freiné l'avancée allemande, retardé la prise de Tobrouk et surtout permis aux troupes britanniques de se replier. La radio anglaise glorifie sur ses ondes la résistance des FFL qui font la une de la presse alliée. Dès le 10 juin, le général de Gaulle adresse à Kœnig un télégramme :
« Sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil. »
- 10 juin 1942
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