1914 - 1918. Les soldats coloniaux d'Afrique du Nord

Auteur : la direction du patrimoine, de la mémoire et des archives.

23 octobre 1917. Chemin des Dames, Aisne. « le Balcon », un tirailleur blessé - © Jacques Ridel/ECPAD

Les troupes indigènes, dont les fanions et les uniformes portaient, brodé, un croissant, emblème repris sur leur casque modèle 1915, étaient formées de tirailleurs, de spahis et de méharistes. À la veille de la guerre, il existait sept régiments de tirailleurs algériens (1er, 2e, 3e, 5e, 6e, 7e, 9e R.T.A.), deux régiments tunisiens (4e, 8e R.T.T.), cinq régiments de spahis (quatre algériens, un tunisien), plusieurs compagnies de méharistes et, au Maroc, des unités alors auxiliaires : les goums groupés en tabors

L'ensemble de ces formations constituaient avec les autres unités  (zouaves, chasseurs d'Afrique, bataillonnaires des B.I.L.A., légionnaires) le 19e corps d'armée (C.A.), encore appelé « armée d'Afrique », dont le Q.G. se situait à Alger.

Tous les cadres supérieurs étaient métropolitains, mais on trouvait de nombreux officiers et sous-officiers indigènes parmi les cadres subalternes : ainsi le capitaine Khaled Ould el Hadj Abd el Kader, petit-fils de l'émir défait par le duc d'Aumale, qui servait au 1er spahi. 

Les troupes algériennes étaient tenues en haute estime puisqu'en 1913-14, un simple tirailleur ou spahi gagnait, en solde, quatre fois et demi plus qu'un soldat de 2e classe métropolitain (22 centimes par jour au lieu de 5), à condition de faire partie des trois plus vieux régiments.

Dès août 1914, le 19e C.A. expédia en France trois divisions d'infanterie, les 37e, 38e, 45e D.I. où se trouvaient de nombreux régiments de marche formés par les R.T. et les R.S. Le Maroc envoya des chasseurs indigènes, les futurs R.T.M., que l'ennemi baptisa « Hirondelles de la Mort » tant il les redoutait. Le 15 mars 15, en Champagne, l'un de leurs officiers fut gravement blessé lors de l'attaque de Mesnil-lès-Hurlus. Ce capitaine était destiné à connaître la gloire en 1943-44 : devenu général, il commandera le corps expéditionnaire français en Italie, gagnera la bataille du Garigliano et entrera victorieux dans Rome: Alphonse Juin, fait Maréchal de France en 1952. L'essentiel de ce corps expéditionnaire était  alors formé de troupes nord-africaines, les 2e D.I. et 4e D.M. marocaines, la 3e D.I. algérienne, dont le 4e R.T. tunisiens et des groupes de tabors marocains, tous héritiers des qualités de bravoure et d'endurance de leurs anciens de 14-18. 

En 1915, les tabors de cavalerie formèrent le R.M.S.M. (régiment de marche de spahis marocains) qui fut la seule unité de l'armée française à capturer un des plus hauts chefs de l'armée impériale allemande - en fait l'unique prisonnier de marque fait durant la guerre - le maréchal Von Mackensen.

Celui-ci fut pris à Budapest où il était depuis peu prisonnier des Hongrois républicains, en novembre 1918. Le R.M.S.M. avait exécuté le terrible raid de 70 km en territoire ennemi, à près de 2 000 mètres d'altitude, sans routes ni cartes ni fantassins et batteries de 75 pour l'appuyer, prenant Uskub, en Macédoine serbe, le 29 septembre 1918, avec les chasseurs d'Afrique du général Jouinot-Gambetta.  

De nombreuses formations naquirent de 1915 à 1918 : les R.M.Z.T. où un bataillon de tirailleurs nord-africains voisinait avec deux bataillons de zouaves, les 10e, 11e, 13e, 14e, 21e R.M.T.A., les 1er et 2e R.M.T.M., la 48e D.I., etc. Une particularité : la fameuse Division marocaine, la 1ère D.M., n'était pas constituée d'unités marocaines indigènes mais de Tunisiens, d'Algériens, de légionnaires, de zouaves des 4e R.T.T., 7e R.T.A., R.M.L.E., 8e Zouaves, de cavaliers du 5e R.C.A., de sapeurs et artilleurs des 2e génie, 276e R.A.C.

Les troupes nord-africaines furent  engagées sans cesse dans les plus durs secteurs des principaux fronts, y compris en Egypte et en Palestine aux côtés des Anglais. Ainsi, le régiment mixte de cavalerie d'Afrique (Spahis et chasseurs) qui prit Naplouse, sabre au clair, le 19 septembre 1918, capturant 2 000 soldats turcs et leur matériel.

Elles y récoltèrent de prestigieuses distinctions : La fourragère de la Légion d'Honneur aux 2e, 7e R.M.T.A., 4e R.M.T.T., 4e R.M.Z.T. . celle de la Médaille Militaire aux 1er, 13e R.M.T.A., 8e R.M.T.T., 1er R.M.Z.T., 1er R.M.T.M., 1er R.M.S.M. . Celle de la Croix de Guerre aux 3e, 5e, 6e, 9e, 10e, 11e R.M.T.A., 2e R.M.T.M.

De 1914 à 1918, 173 019 Algériens, 80 339 Tunisiens, 40 398 Marocains servirent la France. Leurs pertes au 11 novembre 1918 s'évaluaient à 28 200 morts et 7 700 disparus.

Les lieux de mémoire

Pour les musulmans, les tombes provisoires du front, bien que sommaires, étaient ornées de stèles en bois dites musulmanes, afin de les distinguer des sépultures chrétiennes aux croix latines. Cette différenciation d'emblèmes funéraires découlait de la note-circulaire ministérielle du 3 décembre 1914 précisant les règles à suivre pour l'inhumation de soldats musulmans : la chahada doit être prononcée, le corps lavé puis roulé dans un linceul de coton blanc, pas de cercueil, une stèle orientée vers la Mecque.

Ces préceptes coraniques, impossibles à suivre lors d'une inhumation de combat  en 1re ligne, étaient mieux observés à l'arrière immédiat du front (au cimetière du Faubourg Pavé, à Verdun, par exemple) et absolument respectés dans la zone de l'Intérieur (à Paris, cimetières d'Ivry, de Pantin, etc. ) car, là, y veillait « l'Algérienne », l'association de visites aux blessés d'Afrique qui déléguait ses représentants lors des obsèques de militaires décédés dans les nombreuses formations sanitaires de la capitale.

Après la guerre, les tombes musulmanes furent regroupées à l'intérieur des cimetières nationaux dans  des carrés spécifiques, tel celui de Douaumont  qui compte 592 stèles tournées vers la Mecque à côté de 14 263 croix.

Dans les années Trente, un modèle de stèle en ciment remplaça les stèles en bois. Il portait gravés l'étoile et le croissant au dessus de l'inscription « ci-gît » en arabe. L'identité du défunt, son grade, son unité, ainsi que la mention « mort pour la France » suivie de la date de décès, étaient inscrits sur une plaque rectangulaire.

Les Nord-Africains reposent en de nombreux cimetières militaires en France et à l'étranger, en tombes perpétuelles entretenues par le ministère de la défense.

L'édification de monuments aux morts et de stèles régimentaires se déroula dans l'après-guerre pour honorer les morts ou commémorer les combats, telle l'érection du monument de Vimy (Pas-de-Calais), rappelant l'attaque du 9 mai 1915 menée par la Division marocaine du général Blondlat.

Une plaque en hommage aux soldats musulmans morts pour la France a été inaugurée, le 11 novembre 2010, à la Grande Mosquée de Paris.

Ce mémorial vient s’ajouter au monument commémoratif dédié aux combattants musulmans, inauguré en juin 2006 à Douaumont (Meuse).

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