Entrée en guerre des États-Unis en 1917
Auteur : Nadine Bonnefoi, docteur en Histoire.
Lorsque la guerre éclate, le 3 août 1914, le Président des États-Unis, Woodrow Wilson, souhaite observer une stricte neutralité et maintenir l'unité nationale d'un pays dont un habitant sur quatre est né à l'étranger ou de parents originaires des deux blocs antagonistes. Mais les provocations allemandes au début de 1917 viennent à bout de l'espoir nourri par les Américains d'un rétablissement de la paix par la négociation.
Sur le plan économique et financier, la neutralité américaine est théorique car plus la guerre devient longue et totale, plus les pays de l'Entente ont recours aux États-Unis pour s'approvisionner en énergie, matières premières, produits industriels et alimentaires1 mais aussi pour emprunter2.
Devenus les créanciers de la France et de la Grande-Bretagne, les États-Unis encouragent la victoire de l'Entente, sans pour cela se décider à entrer en guerre eux-mêmes. Wilson est ainsi réélu en 1916 notamment sur le thème de la non-intervention américaine : « He kept us out of war » sera le slogan populaire de la campagne. Les volontaires américains sont pourtant déjà présents sur le sol français. Certains sont engagés dans des formations combattantes comme la Légion étrangère ou l'escadrille La Fayette formée de pilotes souvent fortunés et aventureux qui ne manquent pas de susciter l'intérêt de leurs compatriotes. Intégrée en janvier 1918 à l'armée de l'Air américaine, cette escadrille comptait à ce jour 267 engagements dont 180 servirent au front et comptabilisèrent 199 victoires. D'autres se retrouvent dans des formations sanitaires, à l'image de l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine qui, dès les premiers jours du conflit, propose d'accueillir les blessés de guerre de toutes nationalités, organise une « Ambulance » (hôpital militaire) dans des locaux prêtés par le Service de santé de l'armée française, se charge du transport des blessés et offre des soins à l'avant-garde de la technique médicale de l'époque.
Voté le 18 mai 1917 malgré l'opposition de certains démocrates à cette « autre forme d'esclavage », le Selective Service Act institue la conscription de tous les citoyens de sexe masculin âgés de 21 à 30 ans. Il permet de porter les effectifs de l'armée de 200 000 hommes en février 1917 à quatre millions de soldats en novembre 1918. Joffre reçoit un accueil très favorable et signe avec ses homologues américains un accord portant sur les moyens et les procédures d'intervention : il admet la création, en France, d'une armée US comme une légitime manifestation d'orgueil patriotique mais réussit, en contrepartie, à obtenir l'envoi d'un corps expéditionnaire dès le mois de juin, la France lui fournissant les instructeurs, les canons, les avions et les tanks.
Le 13 juin 1917, 177 Américains, dont le général John Pershing, commandant en chef du corps expéditionnaire, et le lieutenant Patton, débarquent à Boulogne-sur-Mer dans la liesse populaire. « Avec leurs uniformes de drap olive, leurs feutres à larges bords, leurs ceintures à pochettes multiples, cette allure de jeunes cow-boys de l'Ouest américain, ils apportaient une note de pittoresque inédit dans nos décors de guerre » relate le journal L'Illustration. Pershing multiplie les rencontres et les présentations officielles durant les semaines qui suivent. Le 28 juin, il assiste, à Saint-Nazaire, à l'arrivée de la 1ère DIUS. Le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, il se recueille sur la tombe du marquis de La Fayette au cimetière de Picpus, à Paris. C'est à cette occasion que le colonel Stanton lance la phrase devenue célèbre : « La Fayette, nous voilà ! » qui déchaîne l'enthousiasme de la foule massée aux abords du cimetière.
Le 21 août, il inspecte avec Pétain la 1ère DIUS. Le 6 septembre, il est à Chaumont (Haute-Marne), son futur QG. Fin octobre, la division se voit attribuer un secteur proche de Toul et de Lunéville où les troupes subissent l'épreuve du feu et déplorent les premiers tués au combat.
Pour amener en moins de 18 mois plus de deux millions de soldats, des tonnes de matériels, de munitions, d'armes, de ravitaillement de toutes sortes, les Américains vont créer en France des camps, des ports et des gares. Le général Pershing choisit Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique, comme base de débarquement. C'est là qu'arrivent, le 26 juin 1917, les premiers bâtiments d'un convoi parti de New York qui amène 14 750 hommes. Le 9 août, une deuxième base américaine est créée à Bassens en Gironde, puis en septembre, des travaux d'aménagement commencent à Pontanézen, près de Brest, pour la construction d'une véritable ville qui va accueillir 70 000 militaires américains en transit avant de monter au front. Pour chaque homme qui débarque, une tonne de matériel arrive également en France. À Bassens, les Américains créent un port artificiel capable de recevoir et de décharger vingt navires à la fois.
Bientôt, ils relient chacun de leurs ports et de leurs camps par des voies de chemin de fer qui vont jusqu'à Is-sur-Tille (Côte d'Or) en passant par Bourges et Tours. À Gièvres (Loir-et-Cher), une immense gare régulatrice est installée. Elle comprend deux gares de triage, avec 145 hectares de stockage, un dépôt pétrolier, une usine frigorifique, un arsenal pour les munitions, un atelier de 200 locomotives... En novembre 1918, le personnel américain du chemin de fer s'élève à plus de 30 400 agents pour un parc de 14 000 wagons et de 1 380 locomotives.
Le rythme des débarquements de troupes s'accélère et de 78 000 Sammies présents au début du mois de novembre, le corps expéditionnaire américain compte près de 150 000 hommes sur le sol de France au 31 décembre. Un an plus tard, ils seront deux millions. L'année 1917 voit ainsi la mise en place de la machine de guerre des États-Unis qui, pour la première fois, interviennent dans un conflit à l'échelle mondiale et s'imposent comme une grande puissance.
Sammies, Doughboys et GI's
Les soldats américains qui débarquent sur le Vieux Continent en 1917 sont surnommés « Sammies », en référence à l'Oncle Sam, symbole de l'Amérique paternelle ou encore « Doughboys », une appellation qui remonte à la guerre de Sécession. Elle vient de ce que les vareuses des soldats de cette époque portaient des boutons assimilables à des beignets (en anglais « Doughnut »). Vingt-cinq ans plus tard, lors de la Seconde Guerre mondiale, s'imposera le nom de GI's pour désigner les fantassins américains, en référence à l'étiquette de leur uniforme : « Government Issue » (en français « fourni par le Gouvernement »).
Les Indiens américains et les troupes noires américaines en France
Recensés et incorporés, 17 313 Indiens deviennent soldats des États-Unis d'Amérique en 1917 et 14 000 d'entre eux sont envoyés en Europe, sur le front occidental, non en unités constituées, mais plutôt à des postes spécifiques, tels que patrouilleurs dans l'infanterie ou transmetteurs du Signal Corps.
Alors que les Indiens, qui n'ont pas la citoyenneté américaine, sont intégrés dans des unités blanches, les Noirs, citoyens américains, subissent la ségrégation et sont incorporés dans des régiments de Noirs, 370 000 citoyens noirs servent dans l'armée américaine pendant la Première Guerre mondiale dans l'espoir que leur participation au combat contribuera à la fin de la ségrégation raciale dans leur pays. Mais Pershing refuse toute intégration dans ses troupes et accepte de confier ces unités aux troupes françaises, l'équipement et l'armement du poilu remplaçant celui du Sammy. L'engagement des Indiens, héroïques puisque plusieurs d'entre eux reçoivent la Croix de Guerre, conduit à accorder enfin la citoyenneté américaine aux Natives dès 1919, même s'ils restent considérés comme des citoyens de seconde zone.
Les lieux de mémoire américains en France
Au cours de l'entre-deux guerres, le War Department réalise en France de vastes cimetières et d'impressionnants mémoriaux. L'entretien, la garde et la pérennité des nécropoles et des monuments fédéraux sont confiés à l'American Battle Monuments Commission, créée en 1923 et dont le premier président est le général Pershing.
À proximité des lieux mêmes des combats ou des lieux de leur installation, les Américains érigent des monuments imposants, notamment la Colonne commémorative de Montfaucon et le Mémorial de Montsec dans la Meuse et la Colonne de Fismes dans la Marne. Beaucoup d'entre eux sont endommagés durant la Seconde Guerre mondiale et reconstruits par la suite.
Sur le territoire français, six nécropoles recueillent les corps de 30 066 Américains dont 1 586 inconnus : Aisne-Marne à Belleau et Oise-Aisne à Fère-en-Tardenois (Aisne), Meuse-Argonne à Romagne-sous-Montfaucon (Meuse), Saint-Mihiel à Thiaucourt (Meurthe-et-Moselle), Somme à Bony (Somme). 1 541 Américains décédés à l'hôpital de Neuilly reposent dans la nécropole de Suresnes.
Nadine Bonnefoi, docteur en histoire,
in la revue Les Chemins de la Mémoire n° 168, janvier 2007, MINDEF/SGA/DMPA.
Notes :
1 - La part des USA dans les importations françaises passe de 10 % en 1913 avec 848 millions de francs à 30% en 1916 avec 6776 millions de francs.
2 - 2,3 milliards de dollars alors que les puissances centrales n'en emprunteront aux USA « que » 26 millions.
Partager la page
Veuillezpour partager sur
Contenus associés
Les tirailleurs sénégalais au cœur de la Somme et de Verdun
Auteur : Anthony Guyon, agrégé et docteur en Histoire. Mobilisant les territoires sous domination coloniale, l'armée française achemine sur le front des unités créées en Afrique. Les tirailleurs sénégalais, regroupant des hommes venus de toute l'Afrique subsaharienne, arrivent en France métropolitaine. Ils sont engagés dans les principales batailles de 1916, comme la Somme et Verdun, parvenant notamment à reprendre le fort de Douaumont le 24 octobre.
09 octobre 2026
La Maison de la Dernière Cartouche
À Bazeilles, sur les hauteurs qui dominent la Meuse, une maison modeste porte toujours les stigmates d’une journée héroïque. Derrière ses murs criblés d’impacts, le 1er septembre 1870, plus d’une centaine de soldats de l’infanterie de marine résistèrent jusqu’à l’épuisement de leurs munitions. Transformée en musée, la Maison de la Dernière Cartouche invite aujourd’hui à découvrir cette histoire au plus près des hommes qui l’ont vécue.
01 octobre 2026
Musée Clemenceau
Georges Clemenceau a vécu dans cet appartement de trois pièces sur jardin avec vue sur la tour Eiffel, durant 35 ans, jusqu’à sa mort le 24 novembre 1929. Devenu musée, ce lieu est resté tel qu’il était le jour de la mort du « Père la Victoire ».
30 septembre 2026