1917 - 1918. Les Français en Italie
Auteur : la direction du patrimoine, de la mémoire et des archives.
En mai 1915, l'Italie entre en guerre aux côtés de l'Entente. Elle subit une importante défaite en 1917, face aux troupes austro-hongroises, à Caporetto. Face à l'urgence de la situation, la France et le Royaume-Uni envoient des troupes et du matériel pour soutenir leur allié.
Le corps expéditionnaire en 1917
Conformément au pacte de Londres signé le 23 avril 1915. L'Italie a déclaré la guerre, le 23 mai 1915, à l'Autriche-Hongrie et le 23 août 1916 à l'Allemagne. Sur leurs théâtres d'opérations, les Italiens se battent dans les Dolomites et le Frioul, sur la Piave, l'Izonso, sur le plateau d'Asiago.
Sous les coups des Allemands et des Austro-Hongrois, le front s'écroule à Caporetto le 24 octobre 1917. Par la brèche, l'ennemi progresse de 28 km la première journée et met en déroute les 2e et 3e armées royales du général Cadorna.
Devant la gravité de la situation, et pour respecter les accords alliés d'aide réciproque, le général Pétain, chef du Grand Quartier Général, envoit le 27 octobre des renforts vers le front italien. Ils sont commandés par le général Duchêne, avec l'état-major de la 10e armée. Le 31e C.A. (corps d'armée) fort des 64e, 65e D.I., 46e et 47e D.I. alpines, dix-sept groupes d'artillerie dont six de montagne et sept escadrilles, vont gagner l'Italie par la vallée de la Maurienne.
Le 31 octobre, les premiers éléments parviennent en Italie.
Le 1er novembre, le général Foch arrive à Rome puis gagne le G.Q.G. italien à Padoue où il séjourne jusqu'au 23. Une base française est créée à Milan pour assurer le ravitaillement du corps expéditionnaire. Le 20 novembre, un autre corps d'armée, le 12e, débarque en renfort avec le général Fayolle qui prend le commandement des troupes françaises dans un contexte tragique : les forces ennemies ont franchi le Tagliamento et atteint la Piave où les Italiens - dont la 2e armée a été détruite - se sont retranchés. La Grande-Bretagne envoit aussi cinq divisions en renfort au général Diaz qui a remplacé le général Cadorna.
L'ennemi développe une offensive par une attaque du groupe d'armées Conrad, pour faire tomber les positions italiennes de la Haute-Piave dont la prise doit enrouler les défenseurs, de Bassano à Trévise, en menaçant Padoue par la vallée de la Brenta. La victoire complète est à la portée des Centraux et pour l'Italie, les combats du plateau d'Asiago et du Grappa sont cruciaux, empreints d'un caractère de sacrifice absolu.
Les attaques font rage, le Monte Tomba est conquis par l'ennemi qui, épuisé, ne peut progresser davantage.
Le 4 décembre, les unités françaises montent en ligne. Les chasseurs alpins de la 47e D.I .A. reprennent le Monte Tomba le 30. Fantassins, chasseurs, artilleurs, sapeurs vont tenir leurs secteurs jusqu'en mars 1918. Foch rappelle la 10e armée sur le front Ouest, sauf le 12e C.A. qui devient les F.F.I. (Forces françaises en Italie) commandées par le général Graziani.
L'offensive de 1918
Le 12e C.A. relève le 25 mars les Italiens sur le plateau d'Asiago. En juin, ses unités livrent les combats de Capitello-Pennar, de Meltar, d'Il Prunno, de la cima Echar où les Autrichiens sont repoussés.
L'ultime offensive de ces derniers est brisée au Val Turcio par les 23e et 24e D.1. Le Commando Supremo cite à l'ordre de l'année royale ces unités françaises : 78e R.l., 2e bataillon du 108e R.I. 12e compagnie du 1er génie, 2e groupe du 1er R.A.M., 2e groupe du 112e R.A.L.
Le 24 octobre, le généralissime Diaz lance son offensive libératrice. Ses sept armées attaquent d'Asiago à la mer. Au centre, avec Feltre comme objectif, se tient la 12e armée royale du général français Graziani avec ses F.F.I.
En prélude, le 126e R.I. prend le Monte Sisemol. Dans la nuit du 26 au 27, les Français forcent le passage de la Piave, au Molinetto de Pederobba. Le 3e bataillon du 107e R.I. passe en barques puis, sous sa protection, sapeurs et fantassins jettent un pont de bateaux sur le fleuve en crue. Les deux autres bataillons traversent alors.
Toute la journée du 27, le 107e, isolé car le pont a été détruit par les obus ennemis, se bat, accroché aux falaises de San Vito pour maintenir sa fragile petite tête de pont. La nuit, le 138e R.I. vient en renfort par une passerelle reconstruite sur les eaux tumultueuses. Le 28, soutenus par des unités italiennes, les Français élargissent leur enclave, s'emparent des Monte Perto et Monte Piaunnar. La troisième nuit, le 78e R.I. rejoint les attaquants avec des batteries du 1er R.A. de montagne. Les 29 et 30, ces forces rompent le front ennemi qui s'écroule de proche en proche. La 23e D.I. du général Bonfait, couverte par la 52e D.I. royale, remonte la haute vallée de la Piave tandis que les Italiens entrent à Valdobbiadene.
L'avance se poursuit ensuite contre un ennemi en pleine retraite. Les 3e, 8e, 10e armées prennent Vittorio, Conegliano, Oderzo. La 8e armée royale a tronçonné le front autrichien, séparant les forces du Trentin de celles de Vénétie. 300 000 prisonniers, 5 000 canons sont capturés quand sonne l'heure de l'armistice du 3 novembre signé à Padoue.
Appliquant le traité de Londres de 1915 l'Italie recouvre le Trentin, l'Istrie . la ville de Fiume se rallie à la mère-patrie, créant un désaccord avec la Serbie qui estime posséder l'Istrie et la Côte dalmate sauf Trieste.
Les Forces françaises rentrent en France de mars à juillet 1919.
Les lieux de mémoire
Les sépultures
L'idée de regrouper leurs morts du front de la Piave revient à l'association des combattants Français en Italie. Le choix du terrain de Pederobba fut décidé par Georges Gayrand, consul de France à Venise. Le 10 décembre 1935, à Rome, une commission franco-italienne approuva le projet d'un monument-ossuaire consistant en un mur de 100 m de long, 10 de haut, 6 de large, symbolisant l'arrêt de l'offensive autrichienne.
Réalisé par Camille Montagné, orné d'un groupe statuaire sculpté par Louis Leygue, il a reçu dans des alvéoles mille corps (994 identifiés, 6 inconnus) de soldats français exhumés de plusieurs cimetières militaires.
L'ossuaire fut inauguré le 27 juin 1937 par le général Ceci au cours d'une cérémonie franco-italienne, en présence des autorités civiles et militaires, d'une foule d'anciens combattants et de leurs familles. Les honneurs étaient rendus par une compagnie du 5e alpini et par une compagnie du 13e B.C.A. de Chambéry.
Principaux carrés de tombes militaires françaises où reposent des soldats de la Grande Guerre :
1- Castrignano del Capo : 22 corps
2- Livourne : 55 corps
3- Milan : 50 corps
4- Rome: 19 corps
5- Sciacca : 19 corps
6- Tarente : 166 corps
7- Venise : 19 corps
Les monuments
Dans le village même de Pederobba, à 2 km de l'ossuaire, un obélisque de 3,50 m de haut célèbre le franchissement de la Piave en octobre 1918 par les 23e D.I. française ct 52e D.I. italienne. Il a été inauguré en juin 1972 par l'Amicale des Anciens combattants français en Italie.
Au sommet du Monte Tomba, une chapelle est dédiée aux morts de ces combats. À l'intérieur, une plaque ex-voto évoque la mémoire des morts : chasseurs alpins, infanterie, artillerie, génie, et autres soldats des unités françaises qui ont combattu dans le secteur.
MINDEF/SGA/DMPA.
Partager la page
Veuillezpour partager sur
Contenus associés
Les tirailleurs sénégalais au cœur de la Somme et de Verdun
Auteur : Anthony Guyon, agrégé et docteur en Histoire. Mobilisant les territoires sous domination coloniale, l'armée française achemine sur le front des unités créées en Afrique. Les tirailleurs sénégalais, regroupant des hommes venus de toute l'Afrique subsaharienne, arrivent en France métropolitaine. Ils sont engagés dans les principales batailles de 1916, comme la Somme et Verdun, parvenant notamment à reprendre le fort de Douaumont le 24 octobre.
09 octobre 2026
La Maison de la Dernière Cartouche
À Bazeilles, sur les hauteurs qui dominent la Meuse, une maison modeste porte toujours les stigmates d’une journée héroïque. Derrière ses murs criblés d’impacts, le 1er septembre 1870, plus d’une centaine de soldats de l’infanterie de marine résistèrent jusqu’à l’épuisement de leurs munitions. Transformée en musée, la Maison de la Dernière Cartouche invite aujourd’hui à découvrir cette histoire au plus près des hommes qui l’ont vécue.
01 octobre 2026
Musée Clemenceau
Georges Clemenceau a vécu dans cet appartement de trois pièces sur jardin avec vue sur la tour Eiffel, durant 35 ans, jusqu’à sa mort le 24 novembre 1929. Devenu musée, ce lieu est resté tel qu’il était le jour de la mort du « Père la Victoire ».
30 septembre 2026