Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux « Justes » de France
Cette journée nationale est fixée le 16 juillet, date anniversaire de la rafle du Vélodrome d'Hiver, si ce jour est un dimanche ou sinon le dimanche suivant. Elle rend hommage aux victimes de la Shoah et est également l’occasion pour la Nation de témoigner sa reconnaissance aux « Justes » qui ont recueilli, protégé ou défendu, au péril de leur propre vie et sans aucune contrepartie, une ou plusieurs personnes menacées de génocide.
Le message
Dimanche 19 juillet 2026
Alice RUFO, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants.
Les 16 et 17 juillet 1942, à Paris et dans sa proche banlieue, 12 884 hommes, femmes et enfants étaient surpris au petit matin, arrêtés à leur domicile par des policiers et des gendarmes français.
La traque se poursuivit durant les jours suivants : au total, plus de 13 000 Juifs présents en région parisienne furent visés.
Certains d’entre eux avaient traversé l’Europe pour échapper à la persécution, à la barbarie, à l’antisémitisme.
Ils avaient pensé trouver en France, patrie des droits de l’Homme, patrie des Lumières, la liberté qu’on avait voulu leur enlever ailleurs.
Depuis le mois de juin, déjà, une ordonnance infâme les avait obligés à porter l’étoile jaune, mais beaucoup gardaient confiance dans les autorités françaises.
Quelques mois plus tôt, lors de la conférence de Wannsee, le régime nazi avait arrêté les modalités du sort qui leur était réservé, comme à l’ensemble des Juifs d’Europe : l’extermination. Et il y a quatre-vingt-quatre ans, c’est l’État français qui les livrait à leurs bourreaux.
Des milliers de fonctionnaires furent mobilisés, des bus affrétés. La circulaire n° 173-42 de la préfecture de police indiquait : « Les enfants de moins de seize ans seront emmenés en même temps que les parents ». « La folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français », ainsi que le reconnaissait, en 1995, le Président Jacques Chirac.
Dès 1940, sans que l’occupant l’eût exigé, l’État français avait de lui-même exclu les Juifs de la communauté nationale : deux statuts, en octobre 1940 puis en juin 1941, les chassaient de la fonction publique, de la magistrature, de l’armée, de la presse, de l’école.
Une loi d’octobre 1940 permettait d’interner les Juifs étrangers.
Les 16 et 17 juillet 1942 furent les jours les plus visibles d’une entreprise qui dura quatre ans, et le « Vel d’Hiv » donnera son nom à la plus vaste rafle organisée sur notre sol.
Tandis que les célibataires et les couples sans enfants sont conduits au camp de Drancy, les familles sont enfermées au Vélodrome d’Hiver.
Confinés dans ce stade couvert, sans eau, sans nourriture, sans installation sanitaire, les malheureux pensent encore qu’il ne s’agit que d’un simple contrôle. Certains y resteront jusqu’à six jours, torturés par la faim, la soif, dans les cris d’effroi et une chaleur d’étuve : « l’enfer de Dante », comme le résumera plus tard Arlette Testyler, survivante de la rafle, disparue cette année.
Puis viendront les transferts vers les camps du Loiret, à Pithiviers et Beaune-la-Rolande, administrés et gardés par les autorités françaises.
Parmi eux, 4 115 enfants. Presque tous seront déportés puis assassinés à Auschwitz.
De 1942 à 1944, soixante-dix-huit convois partirent de France vers les camps d’extermination, emportant soixante-seize mille déportés voués à la mort parce qu’ils étaient juifs.
Et pourtant, partout, des consciences s’opposèrent au pire.
« Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’Occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. […] Des femmes et des hommes, de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des Juifs des persécutions antisémites et des camps d’extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité. »1
Ce furent des portes qui s’ouvrirent, de faux papiers fournis, une place ajoutée à la table pour un enfant caché, un nom tu jusqu’au bout.
Ce furent des instituteurs, des religieuses, des pasteurs, des agriculteurs, des concierges ; des policiers aussi, qui prévinrent à la veille des arrestations.
Ce furent des Justes.
Chacun risquait sa liberté et sa vie ; aucun ne se croyait un héros.
La France n’a pas fini de compter ses Justes ; beaucoup sont restés inconnus, qui vécurent fidèlement une vie cachée et reposent dans des tombes que personne ne visite plus.
Il y a une semaine, le 12 juillet, le Président de la République, Emmanuel Macron, appelait toutes les communes de France à faire pleinement rayonner leur exemple : « Il est temps désormais que sur chaque maison, chaque immeuble, chaque lieu où des Juifs furent abrités, hébergés et sauvés soient apposés les noms des Justes qui les sauvèrent de la barbarie nazie. »
Il rappelait que la vigilance est un devoir.
Car cette mémoire n’est pas seulement celle d’un crime passé.
Elle nous montre ce que deviennent les institutions lorsqu’elles cessent de servir la vérité, la justice et le respect de la dignité humaine.
Face à un régime criminel qui avait voulu effacer jusqu’aux termes de notre devise nationale, les Justes en préservèrent le sens et la force.
Ils nous lèguent la mission de servir à notre tour, dans chacune de nos vies, contre toute forme de haine, de racisme et d’antisémitisme, ces valeurs par lesquelles une part de l’ordre du monde a été sauvée : Liberté, Égalité, Fraternité.
Vive la République. Vive la France.
1 - Inscription gravée à l’entrée de la crypte du Panthéon, en 2007, par décision du président de la République, Jacques Chirac, sur proposition de Simone Veil.
Enjeu mémoriel
La journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux « Justes » de France répond au souhait exprimé par la communauté juive et par de nombreuses personnalités françaises de voir reconnaître officiellement la responsabilité du régime de Vichy dans les persécutions et les crimes contre les juifs.
Deux textes ont fixé successivement les modalités de cette journée. Le décret n° 93-150 du 3 février 1993, signé par le président de la République François Mitterrand, institue « une journée nationale commémorative des persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de fait dite « gouvernement de l’État français » (1940-1944) ». Cette commémoration est fixée le 16 juillet, date anniversaire de la rafle du Vélodrome d'Hiver, si ce jour est un dimanche ou sinon le dimanche suivant.
Le souvenir de cet épisode tragique de l'Occupation était déjà précédemment entretenu par des cérémonies organisées au sein de la communauté juive. Le décret prévoit en outre l'érection, aux frais de l'État, de monuments et de stèles à Paris, à l'emplacement d'un camp de regroupement, à Izieu et dans chaque ville chef-lieu de département. Un monument est ainsi érigé à proximité de l'ancien Vélodrome d'Hiver, près du pont de Bir Hakeim, et des stèles sont apposées en particulier au camp de Gurs, dans les Pyrénées-Atlantiques et à la Maison d'Izieu, dans l'Ain. À Paris, la cérémonie officielle a lieu près du Vélodrome d'Hiver, devant le monument inauguré le 17 juillet 1994. En province, elle s'organise, sous l'autorité du préfet, autour des plaques apposées dans les villes chefs-lieux de départements.
Dans un discours prononcé lors de cette commémoration, le 16 juillet 1995, le président de la République, Jacques Chirac, reconnaît que « la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l’État français », que « la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable ». Il rappelle en outre que la rafle du Vélodrome d'Hiver fut « le point de départ d'un vaste mouvement de résistance [dans lequel s'engagèrent] de nombreuses familles françaises », des « Justes » qui sauvèrent de nombreux juifs.
La loi n° 2000-644 du 10 juillet 2000 reprend et modifie le décret en intégrant un hommage aux « Justes » de France. Ce jour est ainsi l'occasion pour la nation de témoigner sa reconnaissance à tous ceux « qui ont recueilli, protégé ou défendu, au péril de leur propre vie et sans aucune contrepartie, une ou plusieurs personnes menacées de génocide ».
Ressources
[Vidéo] - Hommage aux victimes de crimes racistes et antisémites de l'État français, sur la chaîne Youtube du SGA.
[Vidéo] - La rafle du Vélodrome d’Hiver, sur la chaîne Youtube du SGA.
[Vidéo] - Lutte contre la haine et les préjugés, sur la chaîne Youtube du SGA.
[Vidéo] - Colloque international sur les rafles de l'été 1942 en Europe de l'Ouest (1 - 2 ...), organisé par le mémorial de la Shoah.
[Podcast] - La rafle du Vel d’Hiv, récits d’un crime français, une série de 8 épisodes sur le site internet de France Culture.
[Podcast] - La rafle du Vel d'Hiv, une affaire d'État, une série de 9 épisodes sur le site de France Inter.
[Podcast] - La rafle du Vel d'Hiv (16-17 juillet 1942). Les leçons de l'Histoire. Enregistrement de la Conférence du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD) de Lyon, sur le site internet du CHRD-Lyon.
[Témoignages] - Les Derniers. La Rafle du Vel d'Hiv. Des témoignages de ceux qui ont survécu. Sur le site internet lesderniers.org
[Témoignage] - Qui sont les Justes de France ? Une conversation avec Pierre-François Veil, président du Comité français pour Yad Vashem, sur la chaîne Youtube du CRIF (Conseil représentatif des Institutions Juives de France).
[Conférence] - Le retour des déportés, une conférence d'Olivier Lalieu. Transcription de la conférence, sur le site internet du musée de la Résistance et de la Déportation du Cher.
[Article] - Les grandes rafles de juifs en France, de Claude Singer, historien, enseignant à l'université Paris I (DUEJ), dans notre rubrique Ressources historiques.
[Article] - La rafle de mai 1941, dite « du billet vert », première arrestation massive de Juifs en France. Article illustré de Stéphanie Trouillard sur le site internet de France 24.
[Article] - Rafle du Vel d'Hiv : les derniers témoins. Article illustré de Stéphanie Trouillard sur le site de France 24.
[Article] - Le tournant de la conférence de Wannsee, 20 janvier 1942, de Annette Wieviorka, historienne, in Les Chemins de la mémoire numéro 116.
[Article] - Destruction du Vel' d'Hiv' : pourquoi préserver des lieux de mémoire authentiques, d'Olivier Lalieu, sur le site de Vie Publique.
|Lieu de mémoire] - Musée mémorial des enfants du Vel d'Hiv, dans notre rubrique Tourisme de mémoire.
|Lieu de mémoire] - Vers le site internet du Lieu de mémoire au Chambon-sur-Lignon.
|Lieu de mémoire] - Vers le site internet de la Fondation pour la mémoire de la Shoah.
|Lieu de mémoire] - Vers le site internet du Mémorial de la Shoah.
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