5 décembre. Journée nationale d'hommage aux Morts pour la France pendant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie
Cette journée nationale a été instituée en reconnaissance des sacrifices consentis pour la France par les militaires et les supplétifs lors de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie entre 1952 et 1962, et a été instaurée par le décret n° 2003-925 du 26 septembre 2003. Cet hommage a ensuite été étendu aux rapatriés d’Afrique du Nord, aux personnes disparues et aux victimes civiles.
Elle fait l'objet d'une cérémonie d'hommage à Paris, devant le Mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie, Quai Branly. La date du 5 décembre correspond à la date d’inauguration, en 2002 par le président de la République Jacques Chirac, du mémorial du Quai Branly.
Historique
Algérie
L’Algérie tient au XXe siècle une place à part dans l’empire français par l’ancienneté de ses liens, par sa proximité avec le territoire métropolitain et par un important peuplement européen qui s’est installé à partir de 1830 au côté des populations locales. Son rôle s’accroît au cours de la Grande Guerre, où elle contribue à l’effort militaire français, et surtout lors de la Seconde Guerre mondiale où Alger devient, du printemps à l’été 1944, la capitale de la France Libre. Français et musulmans venus d’Algérie participent nombreux à la libération de la métropole. La politique officielle d’assimilation apparaît cependant contradictoire avec l’inégalité politique entre les deux catégories de population. Aussi bien, le nationalisme algérien s’y développe et réclame la reconnaissance de l’autonomie politique et des droits égaux pour les Musulmans.
L’insurrection de mai 1945, durement réprimée, apparaît comme le prélude de la guerre d’indépendance qui éclate lors de la Toussaint 1954, principalement dans les Aurès. Dans un contexte global de décolonisation, au moment où les protectorats voisins de Tunisie et du Maroc vont accéder à l’indépendance, l’image d’une Algérie française, prospère et pacifiée, est trompeuse. Le fossé s’approfondit entre le million d’Européens, souvent citadins attachés à un territoire qu’ils considèrent tout à la fois comme leur pays et comme le prolongement de la France, et les 8 millions d’Algériens musulmans. Ruraux pour la plupart, ceux-ci sont menacés par la paupérisation, peu scolarisés et sous-administrés.
La politique d’intégration et de modernisation économique et sociale de l’Algérie, engagée en 1955, se heurte à la fois aux Européens désireux de maintenir le statu quo et aux nationalistes algériens regroupés au sein du F.L.N. (Front de libération nationale). Loin de s’apaiser, le conflit se durcit et s’étend, le F.L.N. contraignant la population algérienne à choisir son camp. De son côté, la France intensifie l’action militaire en envoyant le contingent en Algérie dès 1955. L’armée française quadrille ce territoire, l’administre, fait de l’action psychologique, de l’assistance sociale et pourchasse les membres de l’A.L.N. (Armée de libération nationale). Cependant, aucune solution n’est en vue.
La loi-cadre de février 1958 reconnaît la personnalité algérienne, tout en affirmant que l’Algérie fait partie intégrante de la République française. La faiblesse de la IVe République, qui ne parvient pas à venir à bout de l’insurrection algérienne, la crainte éprouvée par les Européens d’Algérie de voir leur pays abandonné au F.L.N. et la volonté de l’armée de ne pas céder expliquent la crise de mai 1958 et le retour au pouvoir du général de Gaulle. Tout en relançant l’effort militaire, le général de Gaulle propose la « paix des braves » et met en place un vaste programme de modernisation économique: le plan de Constantine. Les effets en restent limités.
La guerre continue en dépit des revers subis par l’A.L.N. La cause de l’indépendance algérienne gagne chaque jour des partisans sur le plan international et dans l’opinion publique française. L’évolution de la politique algérienne du général de Gaulle, qui le conduit de l’idée d’autodétermination (septembre 1959) à celle d’Algérie algérienne (novembre 1960), radicalise les oppositions. Elles se manifestent notamment à Alger lors des barricades (janvier 1960) et du Putsch (avril 1961).
Conforté par les résultats du référendum de janvier 1961 qui lui apporte le soutien des trois-quarts des Français métropolitains, le général de Gaulle recherche avec le G.P.R.A. (Gouvernement provisoire de la république algérienne) les voies de la paix par de longues négociations qui aboutissent à la signature, le 18 mars 1962, des accords d’Évian.
La proclamation du cessez-le-feu à partir du 19 mars n’arrête pas les violences dont les harkis sont, par milliers, les principales victimes. C’est dans une situation chaotique que la France reconnaît l’indépendance de l’Algérie le 3 juillet 1962. Ainsi, prenait fin, avec le retour des Européens en métropole, une présence française qui avait duré plus de 130 ans de l’autre côté de la Méditerranée.
Maroc
Dans un Maroc devenu protectorat français depuis 1912, la défaite de 1940 porte un coup sévère au prestige français, même si le recrutement d’unités marocaines au service de la France ne se tarit pas. Le nationalisme se développe à l’initiative du parti de l’Istiqlal et du sultan Mohamed V ben Youssef qui devient le symbole des revendications d’indépendance.
En 1952, les manifestations anti-françaises se développent. Dès lors, l’épreuve de force devient inévitable: méfiant à l’égard des forces progressistes, le gouvernement français remplace le Sultan le 20 août 1953. Cette action politique ne fait pas cesser le terrorisme nationaliste et engendre même une action violente dans les classes populaires européennes.
Rentré triomphalement dans son pays, après un exil imposé en Corse puis à Madagascar (1953-1955), Mohamed V obtient la reconnaissance de l’indépendance du Maroc par la France, le 2 mars 1956.
Tunisie
Placée sous protectorat français par le traité du Bardo (1881), la Tunisie est au cours de la Seconde Guerre mondiale le théâtre de l’affrontement des troupes de l’Axe et des Alliés (1942-1943), tandis que des régiments tunisiens s’illustrent en Italie et en France en 1943-1944. Le nationalisme tunisien, conduit par le parti du Néo-Destour mené par Habib Bourguiba, donne lieu à des actes de terrorisme et à un début de guérilla dès 1952.
Pendant deux ans, l’armée française doit faire face à un mouvement armé qui commet plusieurs attentats à Tunis et dans les grandes villes du pays.
Après les accords signés en juin 1955 mais caducs avant même d’avoir été appliqués, le protocole du 20 mars 1956 abolissant le traité du Bardo reconnaît l’indépendance totale du royaume de Tunis. Un an plus tard, la république de Tunisie est proclamée et Bourguiba en devient le premier président.
Ressources
[Revue] - 1962, fin de guerre en Algérie. Le 18 mars 1962, à Évian-les-Bains, le gouvernement français et ses homologues algériens signent un accord qui, ouvrant la voie à l’indépendance de l’Algérie, annonce la fin de 132 années de colonisation et d’une guerre débutée en 1954. Il ne fait pour autant pas cesser immédiatement la violence ni les affrontements. In la revue Les Chemins de la mémoire, numéro 278, printemps 2022.
[Vidéo] - Évian, le temps des négociations. En janvier 1961, les Français approuvent largement, par référendum, le principe d’autodétermination des populations algériennes. Ainsi, dès le mois de mai de la même année, des négociations sont entamées à Evian entre une délégation française, emmenée par Louis Joxe, et une délégation algérienne, emmenée par Krim Belkacem. L’accord conclu lors de cette ultime rencontre doit s’avérer décisif dans la résolution d’un conflit que l’on ne nomme pas encore « guerre d’Algérie » mais qui oppose depuis 1954 l’armée française aux indépendantistes algériens.
[Vidéo] - 18 octobre 1999 : reconnaître la guerre d'Algérie. De 1954 à 1962, plusieurs centaines de milliers de soldats français combattent en Algérie. Près de 23 000 y trouveront la mort, plus de 60 000 y seront blessés et davantage encore en reviendront marqués à vie. Retour sur la date du 18 octobre 1999 marquant la reconnaissance officielle de la guerre d’Algérie part l’État français. Sur la chaîne Youtube du SGA.
[Photographies] - Le fonds Algérie, sur le site internet de l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD).
[Témoignages] - Des témoignages, sur le site internet harkis.gouv.fr.
[Article] - La fin du protectorat français en Tunisie et au Maroc, de Morgan Corriou, sur le site internet de l'Institut national de l'Audiovisuelle (INA).
[Article] - Décoloniser trois départements français : le cas de l'Algérie, de Peggy Derder, sur le site de l'INA.
[Article] - Les causes du conflit et les débuts de la lutte armée, par le professeur émérite Jacques Frémeaux. Lire l'article sur notre site internet.
[Article] - Les disparus de la guerre d’Algérie, par Soraya Laribi, docteure en histoire à Sorbonne Université.
[Article] - 1958, une nouvelle République en guerre, par le commandant Romain Choron, chef de la division des archives orales au Service historique de la défense. Lire l'article sur notre site internet.
[Vidéo] - Comprendre la journée nationale d’hommage du 5 décembre. Le 5 décembre est, depuis 2003, une journée nationale d’hommage aux victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie. Cette journée commémore également la mémoire et l’engagement de ceux qui ont souffert : les militaires de métier, les appelés du contingent, les harkis et leurs familles, les disparus. Ce film pédagogique, réalisé par l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD) et la direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA) du ministère des Armées, permet de contextualiser historiquement cette cérémonie et d’en comprendre le sens.
[Article] - De Gaulle et l'Algérie, par Maurice Vaïsse, historien.
[Article] - 3 dates pour un conflit : le cas particulier de l'Algérie. Une réflexion sur les journées nationales de commémoration, in Les Chemins de la mémoire numéro hors-série « Commémorer », 2020.
Davantage d'articles en cliquant dans notre rubrique « Ressources historiques ».
[Lieu] - Le mémorial national de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie et sa visite à 360° !
[Lieu] - Le mémorial du camp de Rivesaltes
D'autres ressources sur le site internet de Mémoire des hommes
Cette vidéo, intitulée « [De la Mémoire à l’Histoire] Comprendre la journée nationale d’hommage du 5 décembre», est un documentaire pédagogique du ministère des Armées sur la guerre d'Algérie et les combats au Maroc et en Tunisie.
Structure Visuelle et Ambiance
La vidéo alterne entre trois types d'images :
- Séquences de cérémonies contemporaines : Images en couleurs montrant des hommages officiels à Paris.
- Archives historiques : Images en noir et blanc d'époque (scènes de rue, militaires en opération, visages de civils).
- Interview d'expert : L'historien Tramor Quemeneur intervient régulièrement à l'écran. Il porte des lunettes et une veste marron sur une chemise bleue.
Déroulement de la vidéo
L'hommage national [00:09] La vidéo s'ouvre sur des images de cérémonies au Quai Branly à Paris. On voit des rangées de porte-drapeaux, des militaires en uniforme de parade et des colonnes mémorielles où défilent les noms des victimes en lettres lumineuses. Le ministre des Armées dépose une gerbe de fleurs tricolore au pied du monument.
Le début du conflit [01:22] Les images passent au noir et blanc pour illustrer l'Algérie des années 1950. On y voit :
- Des scènes de vie quotidienne : des rues animées, des marchés bondés et des terrasses de café [01:37].
- Des traces de violence : un bus calciné, des vitrines brisées et des débris dans les rues après des attentats [01:26].
La répression et l'escalade [02:21] L'archive montre des hommes algériens emmenés par des soldats français [02:41]. Des chars d'assaut et des véhicules militaires circulent dans les grandes artères d'Alger [02:43].
Les soldats et les appelés [03:15] On voit de jeunes soldats français débarquant de navires avec leurs paquetages sur l'épaule [03:18]. Des séquences de combat montrent des soldats en position de tir dans des zones rocheuses et arides [03:49], ainsi que des hélicoptères transportant des troupes au-dessus du désert [03:07].
Les Harkis et les supplétifs [04:10] Des images d'archives montrent des unités de Harkis (soldats algériens servant dans l'armée française). On les voit s'entraîner au tir ou monter dans des camions militaires.
L'indépendance et l'exode [04:32] Les images montrent la liesse populaire lors de l'indépendance en 1962, avec des foules agitant des drapeaux algériens sur des camions [04:33]. En contraste, des images poignantes montrent des familles de civils (les "Pieds-Noirs") sur les quais des ports, entourées de valises, attendant de monter sur des bateaux pour quitter l'Algérie [00:33].
Conclusion [05:40] La vidéo se termine par un retour à la cérémonie contemporaine. On voit des gros plans sur les visages graves des anciens combattants et des jeunes militaires d'aujourd'hui, unis dans le silence du souvenir devant les colonnes de verre du monument.
Éléments sonores notables
- Une musique de fond solennelle et orchestrale accompagne tout le récit.
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