PÉGASE 26 : étape 1, ouvrir la voie par le Grand Nord

Cap sur le Grand Nord pour la première étape de la mission PÉGASE 26. De la France, à l’Alaska via le Groenland et le Canada, cette séquence contribue à consolider une nouvelle voie de projection vers l’Indopacifique tout en renforçant les points d’appui qui la rendent possible.

Ravitaillement de deux Rafale par un A330 MRTT au-dessus de l’Arctique.

Le 7 septembre, un premier A400M Atlas a quitté la base aérienne 123 d’Orléans pour Kangerlussuaq, au Groenland. Près de six heures de vol plus tard, l’appareil s’est posé sur le sol arctique. Après une escale technique, il a repris sa route dès le lendemain vers Pituffik Space Base, puis Eielson Air Force Base, en Alaska. 

Le 8 septembre, quatre Rafale, cinq A330 MRTT Phénix et un second A400M ont décollé de la base aérienne 125 d’Istres. En vol, un point de coordination a été calculé entre les Rafale, les MRTT et le premier A400M, afin de permettre à ces appareils de se retrouver et de poursuivre ensemble vers l’Alaska. Au total, six ravitaillements en vol ont été nécessaires aux Rafale pour rallier Eielson, après onze heures de vol. Le second A400M a, quant à lui, rejoint Kangerlussuaq puis a poursuivi le lendemain vers la base aérienne de Goose Bay, au Canada, avant de redécoller pour l’Alaska.

L’ouverture d’une nouvelle route par le Grand Nord

Pour la première fois dans l’histoire de Pégase, le triptyque Rafale - A330 MRTT - A400M a pour objectif d’ouvrir une nouvelle voie vers l’Indopacifique, dont la France est une nation riveraine et souveraine, via le Grand Nord et ce, en étroite coopération avec les pays partenaires de la zone. Un choix à la fois stratégique et géographique : jusqu’ici, les opérations de projection vers cette région s’effectuaient principalement par le Proche et Moyen-Orient, selon un axe sud. Disposer d’une autre voie renforce donc notre liberté d’action. La logique géodésique est, elle aussi, implacable : entre l’Europe et le Pacifique nord, la trajectoire la plus courte passe par les hautes latitudes.

Cette voie plus directe impose cependant ses propres contraintes. Les longues distances, les possibilités de déroutement limitées et une météo souvent imprévisible exigent une planification rigoureuse. Pour le général Julien Sabéné, chef de mission Pégase 2026, cette première étape constitue une mise à l’épreuve grandeur nature, destinée notamment à tester les limites physiologiques des équipages et leur capacité à opérer à hautes latitudes, dans ce « désert froid ». À Pituffik, par exemple, le relief environnant rend les approches particulièrement exigeantes tandis que le risque de givrage peut immobiliser les aéronefs au sol. « La veille de notre arrivée, les prévisions annonçaient jusqu’à 35 nœuds de vent de travers : dans ces conditions, l’atterrissage n’était pas envisageable », relate le lieutenant-colonel Fabien, chef de détachement A400M et commandant de bord de l’appareil qui s’est posé sur cette base, la plus septentrionale de l’armée américaine.

Limites physiologiques et capacité à opérer à hautes latitudes sont éprouvés pour les équipages.

Limites physiologiques et capacité à opérer à hautes latitudes sont éprouvés pour les équipages.

Dans cet environnement, l’A400M ne se limite pas à son rôle logistique. Il apporte également une capacité de recherche et de sauvetage en zone terrestre et maritime (SAR/SAMAR), déterminante pour les équipages de Rafale alors qu’ils survolent un territoire particulièrement hostile où la moindre avarie peut vite devenir critique. « Nous pouvons larguer des chaînes SAR/SAMAR comprenant des embarcations de sauvetage, des kits de survie, des vivres et du matériel médical, à une dizaine de mètres seulement du pilote éjecté », explique le lieutenant-colonel Fabien.

Au-delà du défi aéronautique, cette première étape souligne un impératif : qui consolide ses points d’appui tient le tempo de la projection. Où sont les zones propices au ravitaillement en vol par mauvais temps ? Quels terrains de dégagement sont disponibles ? Où trouver du carburant ? Où dégivrer ? Dans le Grand Nord, ce sont ces réalités très concrètes qui déterminent la capacité à se poser, à se dérouter si nécessaire et à repartir.


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