Lutte anti-drones : le GCA Marc Le Bouil s’est exprimé devant la Commission de Défense de l’Assemblée Nationale
Retour sur l’audition du général de corps aérien (GCA) Marc Le Bouil, commandant la défense aérienne et les opérations aériennes (COMDAOA) devant la Commission de Défense de l’Assemblée Nationale. Une intervention dense et structurée autour d’un constat : face à la menace drone qui s’accroit et se diversifie, nous savons faire, nous savons comment il faut faire demain, il faut le faire.
Comprendre la menace : le drone, une réalité multiforme et multi milieux
Depuis le 1er août 2025, le GCA Marc Le Bouil commande la Défense aérienne et les opérations aériennes (CDAOA) dont l’une des missions principales est la protection permanente et continue de la France et des Français dans et par les airs. A ce titre, il est responsable de la sûreté aérienne, c’est-à-dire de la protection de l’espace aérien national et de la planification et de la conduite des opérations aériennes sur le territoire national. C’est dans ce cadre qu’il a exposé la stratégie française face à la menace drone, un enjeu d’actualité majeur comme l’ont récemment montré les survols de drones non identifiés au-dessus de l’aéroport de Copenhague.
« Le drone est une réalité multiforme » a-t-il expliqué d’emblée, rappelant que ce terme désignait aussi bien le petit engin de loisir que le drone militaire à longue portée. Utilisés dans de nombreux domaines, leur démocratisation comporte des risques puisqu’ils peuvent espionner, perturber ou menacer des infrastructures sensibles. « C’est une course permanente entre le glaive et le bouclier : chaque parade technique appelle une contre-mesure quelques semaines plus tard » précise le COMDAOA.
Le commandeur a ensuite décrit trois grands défis que pose cette nouvelle menace. Le premier est vertical : un drone en vol dépend toujours d’un télépilote au sol. La lutte anti-drones (LAD) vise le système complet : le drone en l’air (3D) et le télépilote au sol (2D). Le deuxième défi est géographique. Les attaques ou les survols indésirables ne concernent plus seulement les zones frontalières ou militaires : ils peuvent se produire au cœur même du territoire à proximité des aéroports ou lors de grands événements publics. Il faut donc assurer une vigilance permanente sans entraver les usages légitimes des drones civils. Enfin, le troisième défi est organisationnel : la LAD repose sur la coopération interministérielle et interservices à savoir les armées, les forces de sécurité ou encore les préfectures, les acteurs privés. « Il faut un intégrateur. Cet intégrateur, c’est l’armée de l’Air et de l’Espace à travers le CDAOA. » a résumé le général.
Analyser la menace drone : état des lieux
Nous savons faire la LAD avec nos moyens juridiques et capacitaires pour les volumes d’espace aériens restreints que l'on nous demande de protéger
Face à ces enjeux, la France a déjà développé une capacité LAD solide, convaincante et éprouvée lors des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris en 2024 puisque l’on a enregistré près de 400 détections, 90 brouillages et 85 interpellations, sans aucun incident malveillant. Cette réussite a reposé sur un travail quotidien de coordination interministérielle et sur des moyens variés comme les systèmes de détection BASSALT, les dispositifs de brouillage PARADE ou MILAD et l’outil de neutralisation Drone Blocker. Certes nos dispositifs dissuadent et font baisser les occurrences malveillantes à l’échelle d’un site ou d’un événement. Ils doivent désormais être étendus à l’ensemble du territoire. « Nous savons protéger ponctuellement. L’enjeu désormais, c’est de le faire partout et en permanence. » a souligné le GCA Marc Le Bouil. Cela repose sur un engagement d’acteurs plus large, notamment les opérateurs privés et des moyens capacitaires plus nombreux et adaptés. Chaque acteur doit se doter.
Vers une défense élargie et coordonnée
Pour franchir ce cap, le chef de la Défense aérienne et des opérations aériennes a mentionné trois axes d’action :
Se doter de davantage de moyens de détection et de destruction, actuels et futurs tels que les drones intercepteurs de drone, les roquettes guidées laser ou les armes à énergie dirigée. Radars passifs, capteurs acoustiques sans oublier les protections passives (filets, masques, abris) viendront compléter le dispositif en intégrant l’intelligence artificielle afin de mieux distinguer un drone d’un oiseau ou d’un avion lent pour gagner en réactivité et précision.
Permettre aux acteurs concernés par la menace drone de se défendre : les opérateurs publics mais également privés ; cela suppose d’élargir le cadre juridique pour les doter de capacités de défense mais également d’orienter leurs choix capacitaires pour garantir une interopérabilité de leurs systèmes avec les nôtres.
Coordonner, sous l’impulsion du Secrétariat général de le Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN). Ce dernier veille à fixer un cap, à harmoniser des systèmes civils et militaires et au bon partage des informations. La Direction générale de l’armement (DGA) et l’Etat-major des Armées (EMA) travaillent quant à eux, à l’accélération du développement et à l’intégration des nouvelles technologies.
« Voir, comprendre, agir plus vite » résume-t-il. La LAD n’est pas un domaine à part mais bien une extension naturelle de la sûreté aérienne, déjà au cœur des missions de l’armée de l’Air et de l’Espace.
A la une
« MALFRENCH DAGGERT » : la France et la Malaisie unies autour du sauvetage au combat
Du 24 novembre au 5 décembre 2025, la base aérienne 120 de Cazaux a été le théâtre de l’exercice franco-mal...
12 décembre 2025
Réunion stratégique pour renforcer la coopération franco-britannique
Sur la base aérienne 942 de Lyon-Mont Verdun, le 10 décembre dernier, les chefs d’état-major de la
11 décembre 2025
Exercice « Air Mobility Protection Team » : savoir-faire et interopérabilité franco-belge
La base aérienne (BA) 123 d’Orléans-Bricy a accueilli du 2 au 5 décembre 2025 l’exercice « Air Mobility Pro...
11 décembre 2025