L’innovation, un enjeu majeur pour la guerre électromagnétique

Direction : AID / Publié le : 07 septembre 2026

Le retour de la haute intensité replace la guerre dans le champ électromagnétique au cœur des conflits actuels et futurs. Ce domaine constitue, plus que jamais, un enjeu majeur d’innovation afin de conserver notre liberté d’action et d’assurer la résilience de nos armées.

Illustration guerre électromagnétique

Définie comme l'exploitation de l'énergie électromagnétique pour acquérir un avantage comparatif sur le champ de bataille, la guerre électronique s’articule en trois volets : 

  • le renseignement, 
  • l’offensif (brouillage, désinformation)
  • la défense contre les mêmes menaces.


La guerre électronique émerge au début du XXe siècle (guerre russo-japonaise, 1904-1905), et s’affirme lors des deux guerres mondiales, puis connaît une révolution en 1991 avec la guerre du Golfe. Aujourd’hui, elle fusionne cyberdéfense, renseignement et opérations militaires, redéfinissant les conflits modernes.


L’expérience de la guerre en Ukraine nous montre que, dans un conflit de haute intensité, la supériorité dans le champ électromagnétique est d’emblée contestée. En effet, dès le début, les forces en présence ont opéré en environnement électromagnétique fortement perturbé et saturé : brouillage massif, permanent et organisé dont l’effet a été démultiplié grâce à un système distribué et multicouches, combinaison de moyens lourds et légers. La notion de « mur de brouillage » a même été évoquée. La guerre électronique en Ukraine reste marquée par une dynamique d’innovation continue de chaque côté, poussée par une confrontation accélérée avec l’adversaire. Les équipements sont ainsi reconfigurés en quasi-temps réel, soit en un à deux mois pour les logiciels et en six mois (au maximum) pour les matériels.


La maîtrise du spectre électromagnétique redevient un élément structurant des conflits modernes et une condition indispensable de la liberté d’action des forces françaises.


L’actualisation de la LPM prévoit un effort supplémentaire sur les années 2026 à 2030 afin de renforcer les trois volets de la guerre électromagnétique : surveiller le théâtre, protéger hommes et systèmes, et attaquer.
Numérisation massive, IA, prolifération des technologies civiles, interconnexion des moyens militaires et désormais porosité entre cyberespace et champ électromagnétique : tous ces éléments constituent autant de défis pour l’innovation.


Le champ électromagnétique traverse tous les milieux et peut donc être exploité par toute force armée. Par ailleurs, tous les systèmes militaires sont concernés car leur mise en œuvre repose sur l’exploitation du spectre électromagnétique.


Les défis technologiques auxquels l’innovation devra répondre sont nombreux :

  • construire une capacité de coordination des effets afin de démultiplier les effets et d’augmenter la résilience des forces face à une menace de haute intensité, permanente et diffuse. Une première capacité de coordination a été mise en œuvre lors des derniers exercices ORION, pour préfigurer ce que pourrait être cette architecture d’un futur C2 (command & control).
  • un nouveau prisme cyber-électromagnétique : la combinaison et le continuum des effets cyber et de la guerre électromagnétique, permis par la numérisation massive, aura un effet multiplicateur ;
  • l’utilisation de l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives d’analyse, d’exploitation des données et de réactivité. L’IA améliore la surveillance du spectre, la détection des cibles ; elle permet également une meilleure détection des données utiles et leur exploitation par les opérateurs ; elle accélère l’évolution des bibliothèques de signaux électromagnétiques, indispensable au fonctionnement des systèmes de protection. L’installation de DataHub au plus près des opérations renforce la capacité de guerre électromagnétique embarquée, et permet l’établissement d’une « météo spectrale ».

    Par exemple, le ComCyber (1) travaille à l’élaboration d’un « shazam » de la guerre électromagnétique, afin de détecter au plus tôt une signature électromagnétique, de la rapatrier à l’arrière du dispositif et de l’analyser avec des outils d’IA s’appuyant sur une base de données, l’objectif étant de fabriquer la contre-mesure qui sera reprojetée afin de neutraliser la menace identifiée.

  • La numérisation des systèmes SDR (Software Defined Radio) accélère les boucles d’innovation et d’adaptation en temps réel à la menace : le changement de fréquence peut s’effectuer rapidement, la forme d’onde peut être modifiée, les protocoles de communication également. Le même équipement peut indifféremment remplir une fonction de communication, de renseignement ou de brouillage. Cette numérisation rend désormais possible un cœur de brouillage programmable et le détournement d’usage de solutions civiles.
  • Les technologies quantiques verront l’avènement de capteurs plus puissants, précis et résilients. Ces technologies permettront également de casser les clés de chiffrement des dispositifs adverses. Le théâtre ukrainien a vu l’apparition des premiers outils de guerre électromagnétique cognitive.
  • Innover en permanence et en boucle courte par des expérimentations terrain : le ComCyber et l’AID ont déployé pour la première fois en mai 2026 l’exercice GALENE, véritable laboratoire d’expérimentation de matériels en conditions réelles de guerre électromagnétique, réunissant industriels, chercheurs et experts militaires. L’exercice ORION26 a aussi intégré des actions de guerre électromagnétique, grâce aux moyens mis en œuvre par la Direction Générale de l’Armement (DGA). L’Armée de l’Air et de l’Espace mène, en lien avec la DGA, des expérimentations de Guerre électromagnétique dans le cadre des exercices BlackCrow. De même, d’autres expérimentations sont menées pour compléter ces démarches que ce soit l’exercice Amboise du COS ou les Lab LAD par exemple, où l’on retrouve systématiquement le thème guerre électronique. Une démarche d’accélération est mise en place avec la création du CeRGEN, basé à DGA MI, pour permettre de prototyper et d’expérimenter rapidement des solutions répondant à des irritants opérationnels.
    Cependant, compte tenu des spécificités des milieux dans lesquels les forces évoluent, les enjeux d’innovation peuvent différer en fonction des milieux.


En effet, dans le milieu terrestre, la propagation des ondes est dégradée (masques de terrain, obstacles « bâtis » …), conduisant à adopter, pour les moyens de guerre électromagnétique, des plateformes dédiées (drones, mâts antennaires, véhicules terrestres dédiés comme les SERVAL…). La proximité de cibles potentielles avec des éléments civils complique également la guerre électromagnétique, imposant mobilité, discrétion et protection. Par ailleurs, la menace que représente pour un combattant les drones renforce le besoin de survivabilité et de connaissance de la situation tactique en temps réel. Enfin, la configuration des théâtres d’opérations terrestre nécessite des systèmes nombreux, simples et fiables pouvant être utilisés par du personnel non spécialisé.


Pour ce qui est du milieu naval, il est caractérisé par de très grandes élongations, un nombre limité d’unités déployées et une forte exposition des bâtiments isolés de la Marine nationale, notamment à la menace classique que représentent les missiles, auxquels se sont ajoutés les drones. Dans cet environnement, le besoin accru d’anticipation et de discrétion fait porter les efforts d’innovation sur le domaine radar, afin de renforcer les capacités de détection, de brouillage et de leurrage radar. Intégrer l’ensemble des fonctions de guerre électromagnétique sur un même porteur, en cohabitation avec les autres utilisateurs (radar, télécommunications…) est un défi à relever.


Dans le milieu aérien, les fonctions de surveillance et de protection électromagnétique, contre les radars et missiles, font partie intégrante de l’architecture et du concept d’emploi des aéronefs militaires. Mais dans un milieu de plus en plus protégé, le renforcement de la liberté d’action dans la troisième dimension passe par la création de capacités de surveillance électromagnétique collaborative associant différents effecteurs, et la reconstitution d’une capacité de neutralisation (SEAD) et destruction (DEAD) des systèmes de défense aérienne adverses. 


Enfin, la guerre électromagnétique est récemment entrée dans le milieu spatial et la Très Haute Altitude (THA). En effet, avec les nouvelles technologies, il faut désormais protéger les satellites (qui sont au cœur des capacités de communication, de renseignement et de navigation), tout en contrant les menaces transitant par ce milieu. De même, si les nouveaux ballons stratosphériques (HAPS) contribuent au renforcement des capacités de communications et d’observation, ces objets, positionnés entre aéronefs et satellites, représentent aussi une menace pour la maitrise du champ électromagnétique grâce à leur altitude élevée et leur faible signature électromagnétique, rendant leur détection difficile. Désormais, la guerre électromagnétique doit être capable de détecter, d’intercepter et de neutraliser des menaces, et d’opérer en THA et dans le milieu spatial, ce qui représente un nouveau défi, tant ces espaces sont occupés aussi bien par des technologies civiles que militaires, ces dernières pouvant même être étroitement connectées.


En conclusion, dans notre environnement moderne où tous les systèmes sont interconnectés, « celui qui maîtrise les ondes, gagnera la guerre ». La guerre électromagnétique n’est donc plus un simple soutien aux opérations militaires, elle en devient un des facteurs clé de réussite. Pour les armées françaises, le défi est aussi bien technologique que calendaire. Pour le relever, l’innovation est au cœur de la supériorité électromagnétique.


L’AID accompagne donc les différents projets et expérimentations afin d’accélérer l’innovation. Une première journée thématique a été organisée le 23 juin 2026 autour de la surveillance spectrale. Cette journée a permis aux armées, directions et services de partager et échanger autour de leurs différents projets avec comme objectif final de fédérer les initiatives.

Nota 1 : le COMCYBER a reçu pour mission du major général des Armées en 2024 de structurer la guerre dans le champ électromagnétique au niveau interarmées et de construire le combat de demain dans ce champ au niveau du théâtre des opérations, en lien avec les trois armées.


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