L’Agence de l’innovation de défense agit « dans la bataille des récits »

Direction : AID / Publié le : 13 mai 2026

L’Agence de l’innovation de défense a participé, ce jeudi 7 mai, à un évènement inédit, organisé par le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, dédié à la lutte contre les manipulations de l'information. 

évènement « dans la bataille des récits » - © Philémon Henry/MEAE

Dans un contexte où l’espace numérique s’inscrit comme un nouvel espace de conflictualités, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères a réuni, à la Gaité lyrique, les acteurs engagés de la communauté de la lutte contre les manipulations de l’information - chercheurs, fact-checkeurs, médias, ONG, diplomates et partenaires - venus partager leur expertise sur les récits. La vocation de ces rencontres et échanges consiste à décrypter les nouvelles formes de conflictualité informationnelle et d’expérimenter des solutions concrètes à travers des ateliers interactifs.

En rappelant les nuances liées à la sémantique du mot « récit » défini comme « un ensemble d'événements reliés entre eux par une trame narrative, décrivant une évolution dans le temps », Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, a souligné lors de son allocution d’ouverture qu’« une nation tient parce qu’elle raconte quelque chose à celles et ceux qui la composent : une origine, une trajectoire, une promesse, une responsabilité ». « Or, l’univers des récits a horreur du vide ». C’est pourquoi, si nous n’occupons pas nous-mêmes cet espace, d’autres le feront à notre place, avec leurs propres mots. » a-t-il ajouté.

Une occasion privilégiée pour Jean-Noël Barrot d’affirmer le rôle clé de son ministère « J’assume de transformer notre réseau diplomatique en force de frappe informationnelle », avant de remercier notamment les partenaires du ministère des Armées et des Anciens combattants, d’être à leurs côtés pour mener ensemble cette lutte informationnelle.

Au programme de cette journée, différents experts de renom, dont le chercheur Paul Charon, à l’IRSEM spécialiste des stratégies informationnelles, sont également intervenus pour dresser les contours et les enjeux liés à cette guerre informationnelle. 
La suite a été consacrée à une série d’ateliers interactifs et notamment aux restitutions des ateliers de la lutte contre la manipulation de l’information » (LMI). Cette initiative lancée en octobre 2024 par le Campus Cyber, le ministère des Armées et des Anciens combattants et l’Agence de l’innovation de défense, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA), a rassemblé plus de 250 participants autour d’ateliers mensuels sur les nouvelles formes de manipulations de l’information dans les environnements numériques.


Guillaume Chillet, responsable de l’innovation en Sciences Humaines et Sociales à l’Agence de l’innovation de défense, a mis en lumière l'action de l'Agence dans le champ de la guerre cognitive. L’expert a notamment évoqué le programme de soutien à la recherche, ASTRID « Guerre cognitive », lancé en 2022, autour du financement de six projets, partagés entre dominante technologique (IA, détection deepfake ) et approche humaine.

 

ANTIGONE
Le projet ANTIGONE vise à identifier et comprendre les biais cognitifs affectant les prises de décision en situations stressantes et incertaines, notamment chez les leaders militaires et civils. En s'appuyant sur des études de terrain et des méthodologies qualitatives et quantitatives, il cherche à cartographier ces biais pour proposer des outils de formation immersifs et des actions de renforcement de la métacognition, permettant aux décideurs de mieux s'aguerrir face aux défis de la guerre cognitive.

CIGAIA
CIGAIA se concentre sur l'analyse des controverses en ligne, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine, pour mieux comprendre les stratégies argumentaires et leur impact sur les opérations militaires et civiles. Le projet développe un algorithme d'Intelligence Artificielle pour identifier et classifier les controverses, créant ainsi un outil d'aide à la décision capable de cartographier les acteurs et leurs dynamiques argumentaires.

DeTOX
DeTOX vise à améliorer la détection des vidéos hyper-truquées (deepfakes) en se focalisant sur l'évolution temporelle des signaux audio-visuels et leur cohérence. En utilisant des algorithmes personnalisés pour des individus spécifiques, le projet cherche à créer des détecteurs efficaces même face à des générateurs de deepfakes non répertoriés, permettant de scruter et détecter rapidement les vidéos falsifiées de personnalités importantes.

GECKO
GECKO explore la guerre cognitive sous l'angle de l'action collective et de la collaboration interindividuelle, en intégrant les facteurs sociaux, culturels et technologiques. Le projet propose la création d'un dispositif de mise en situation pour experts, permettant la sensibilisation, la formation et l'étude de la guerre cognitive dans des scénarios contrôlés, tout en offrant un lieu d'accueil pour chercheurs et doctorants.


SPREADS
SPREADS étudie les conséquences des ruptures technologiques sur la gestion stratégique des connaissances à l'ère des plateformes numériques et des bases de données massives. En envisageant des scénarios de guerre cognitive totale, le projet explore la vulnérabilité du savoir scientifique face à la corruption par des algorithmes et des fictions infectieuses, à travers des fictions spéculatives et des mesures adversariales.

TRADEF
TRADEF se concentre sur la détection et le suivi des fake news, des deepfakes et des informations potentiellement nocives sur les réseaux sociaux, notamment dans les langues arabes. En utilisant des méthodes de deep learning et de traitement automatique des langues, le projet vise à identifier rapidement la naissance et la propagation de ces informations, tout en développant des méthodes robustes de détection de deepfakes et en assurant l'explicabilité des résultats.

Continuité logique de la démarche initiée par l'Agence pour contrer les manœuvres informationnelles, il a ensuite présenté l’ASTRID thématique « Résistance ».
Cet appel à projet inédit, lancé en partenariat avec l'Agence nationale de la recherche, à appeler la communauté académique à proposer des projets de recherche d’intérêt civil et défense permettant d’une part d’identifier des leviers dans la sphère privée ou publique concourants à l’augmentation de la résistance à la désinformation, d’autre part de définir les outils et méthodes nécessaires à l’activation de ces leviers, et enfin de construire les indicateurs permettant d’en mesurer les effets. Plus de 24 projets ont été reçus dont 8 ont été sélectionnés suite au comité de sélection réuni en février 2026.

La matinée du 7 mai s’est par la suite conclue sur la présentation de la saison 2 des ateliers LMI destinés à « donner les armes pour agir dans la bataille des récits. ». Fort du succès de la première saison, l'AID en assurera la coordination avec un cercle de partenaires élargi. 
L’événement « Agir dans la bataille des récits » s'inscrit dans une volonté inter-ministérielle de désinstitutionnaliser la parole publique sur les enjeux numériques. L'objectif est d'affirmer un véritable changement de paradigme en phase avec l'écosystème numérique et l'engagement de la société civile. Un pari réussi pour cette première édition, à laquelle l'AID est particulièrement fière d'avoir contribué.
Retrouvez le discours d’ouverture du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères ainsi que les allocution des experts sur le lien suivant Agir dans la bataille des récits - Ouverture par Jean-Noël Barrot - YouTube


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