Interview de Yoanna-Reine Nowicki-Bringuier, Cheffe du Laboratoire
Dans le contexte de l'accélération de l'adoption des technologies quantiques, Madame Nowicki-Bringuier rejoint en ce mois de décembre les équipes de l'Agence de l’innovation de défense en tant que Cheffe du Laboratoire Quantique Défense.
Les nouvelles technologies quantiques font l’objet d’une compétition géostratégique dont l’issue recomposera les rapports de forces militaires, diplomatiques et économiques entre les « grandes puissances » au même titre que l’arme nucléaire ou l’accès à l’espace.
« Maîtriser le quantique n'est pas un choix, c'est une condition de notre souveraineté et de notre sécurité. Comme l'atome en son temps et l'intelligence artificielle, il marquera une rupture entre les États capables et ceux qui n'auront pas su le faire : nos compétiteurs ne nous attendent pas
». Discours de Sébastien Lecornu, lors de la clôture de l'événement France Quantum, le mardi 10 juin 2025.
Pour accélérer l’adoption des technologies quantiques, et comme annoncé lors de l’évènement France Quantum, l’AID se dote d’un Laboratoire Quantique Défense, qui, par la pratique, éclairera sur les nouvelles capacités permises par le quantique, en coopération étroite avec l’écosystème.
Madame Nowicki-Bringuier rejoint en ce mois de décembre les équipes de l'AID en tant que Cheffe du Laboratoire Quantique Défense. Cette interview a pour objectif de présenter son parcours auprès de l'ensemble de l'écosystème quantique.
Bonjour Yoanna, pouvez-vous vous présenter ?
Ingénieure et docteure en science des matériaux, j’ai consacré plus de quinze ans à explorer les technologies qui façonnent l’avenir du spatial. Mon expertise s’est construite au croisement de l’optronique, de la photonique, des détecteurs infrarouges, de la magnétométrie atomique et des systèmes quantiques complexes. Après plusieurs années passées dans l’industrie du spatial et de la Défense, puis à l’ESA (Agence Spatiale Européenne), j’ai poursuivi ma trajectoire au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), où j’ai piloté des projets d’innovation de rupture.
En 2022, j’ai fondé SAT4SPACE, une entreprise dédiée à accompagner les start-ups et PME deep tech vers l’espace : structuration de projets, montée TRL (*Technology readiness level), normes ECSS (*European Coordination for Space Standardization), construction de consortiums européens… J’y ai mêlé ma connaissance technique et ma passion pour la stratégie, l’innovation ouverte et le développement de technologies à fort impact, dont les technologies quantiques.
Ma force : relier les mondes — ingénierie, recherche, management, prospective — pour faire émerger des trajectoires solides dans des écosystèmes complexes et en forte mutation.
Aujourd’hui, je poursuis mon engagement en rejoignant l’Agence de l’innovation de défense en tant que Cheffe du Laboratoire Quantique Défense, en mettant mon expérience au service de ce domaine en pleine (r)évolution. La France a une tradition quantique très solide, des talents, et je suis plus que déterminée à apporter une brique à cet édifice en contribuant à l’adoption et au transfert de ces technologies vers leurs usages, pour notre sécurité et notre défense.
Quelles seront les prochaines missions de votre poste en tant que cheffe du Laboratoire Quantique Défense ?
Ma prochaine mission consistera à explorer, avec un point de vue applicatif, ce que les technologies de pointe en cours de développement peuvent apporter à la Défense. Le quantique était jusqu’à il y a peu une science très fondamentale, elle est encore « fraîche » comparée à d’autres sciences, mais les technologies dérivées de ses concepts commencent à être transférées dans des domaines beaucoup plus concrets. Il y a seulement vingt ans, des applications comme le calcul et l’ordinateur quantique, les communications et réseaux quantiques, ainsi que les capteurs quantiques restaient à un stade théorique. Elles sont maintenant suffisamment avancées pour être mises en face de cas d’usage.
La Défense a un intérêt stratégique à pousser ces technologies de pointe qui nous permettront de conserver notre supériorité militaire et notre souveraineté dans un monde en profonde mutation. Et pour y arriver, il faut prendre en compte tous les maillons de la chaîne : recherche, développement, industrie, utilisateurs, mais aussi comment ces acteurs et ces technologies se positionnent à l’échelle nationale, européenne et mondiale, dans des usages qui sont souvent duals. C’est un sujet d’envergure et passionnant !
Que représente pour vous la tenue d’un évènement tel que QUEST-IS dont la première édition a eu lieu du 1er au 4 décembre 2025, sur le site d’Edf Saclay ?
L’ambition de cette conférence est grande : rassembler les communautés du quantique dans des domaines très différents, depuis les applications jusqu’aux composants. Je suis ravie d’y participer, il faut continuer ces initiatives qui permettent de créer des synergies inter-domaines, et de dynamiser l’écosystème. Le fait d’avoir créé cette conférence, dédiée aux applications et à l’adoption de ces technologies, est un signe fort de ce transfert qui est en train de s’opérer entre la recherche et l’applicatif. Elle confirme que nous accélérons !
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