Voler en très haute altitude : un challenge pour les pilotes

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 02 juillet 2025

Évoluer au-delà de 15 km d’altitude représente un défi pour les pilotes de chasse, alors soumis à des conditions extrêmes. Le médecin en chef Fabien, chef du département Recherche expertise et formation aéromédicale à l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), rattaché au Service de santé des armées, a participé à la préparation de ces missions. Interview.

Un pilote de Rafale de la 30e Escadre de chasse se prépare pour un tir en très haute altitude. - © DGA/EV

Le 19 juin dernier, des pilotes de chasse ont détruit deux ballons stratosphériques en très haute altitude (THA). En quoi est-ce un exploit ?

Médecin en chef Fabien. C'est un exploit technique mais aussi physiologique. En emmenant un chasseur aussi haut, le pilote s’expose à des contraintes extrêmes et inhabituelles. La cabine d’un avion de chasse n’est, en effet, pas pressurisée comme celle d’un avion de ligne. La pression dans la cabine décroit au fur et à mesure que l’avion prend de l’altitude. Au-delà de 50 000 pieds (15 000 m), le pilote notamment exposé à des pathologies induites par la faible pression, tels que d’aéroembolisme, qui peut entraîner une maladie de décompression.

C’est-à-dire ? 

Lorsque la pression ambiante diminue rapidement, l’azote présent dans les tissus va former des bulles qui vont circuler dans notre organisme. Avec l’altitude, ces bulles grossissent et peuvent se loger dans certains organes comme le cerveau, les poumons ou le cœur, causant ainsi des lésions. Pour éviter cette dégénération de bulles, le pilote va suivre une procédure de dénitrogénation. Il va alors respirer de l’air composé à 100 % d’oxygène au moins une heure avant le vol. Les derniers vols en avion de chasse avec dénitrogénation ont été réalisés en 1985, il y a près de 40 ans. Nous avons donc dû réapprendre ces procédures. 

La très haute altitude, un enjeu majeur

Au cœur de l’engagement des forces françaises, la très haute altitude (THA) offre des avantages pour l’armée de l’Air et de l’Espace dans le contrôle de la supériorité aérienne mais aussi en matière de renseignement, de guerre électronique et de communication.

Lire l'article

Au-delà de ce risque, un vol en THA s’apparente-t-il à un vol classique ? 

Non. À ces altitudes-là, le pilote n’a pas le droit à l’erreur. S’il y a un problème technique –d’oxygène ou de pressurisation de la cabine – il va immédiatement être en danger car il peut perdre connaissance en 2 à 3 minutes. C’est pourquoi nous avons recueilli les données physiologiques des pilotes en vol pour suivre leur état de santé. Concrètement, ils portaient des dispositifs médicaux capables de détecter une hypoxie, à savoir un manque d’oxygène. Nous avons donc préparé les pilotes mais aussi les médecins des centres médicaux des armées à la gestion de ces risques.

Comment les pilotes ont-ils été préparés ?

Les équipes de l’armée de l’Air et de l’Espace et de la Direction générale de l’armement ont travaillé avec l’IRBA pour évaluer les risques et mettre en place des stratégies de protection : gestion du temps passé en altitude et dénitrogénation. Les pilotes sont ensuite venus au Département de médecine aéronautique opérationnelle (DMAO) du Centre d’expertise aéronautique militaire (CEAM) de Mont-de-Marsan. Ils ont été immergés dans un caisson, dit hypobare, qui permet de diminuer la quantité d’air pour recréer l’environnement que subiront les pilotes en vol, mais de manière sécurisée. Ces exercices leur ont permis d’appréhender les effets de la variation de pression induite par ces vols et les effets de l’hypoxie à ces altitudes.

Des vols d’entrainement ont-ils été réalisés ? 

Oui, effectivement. Avant la destruction des ballons, il y a eu toute une série de vols d’entraînement à des altitudes croissantes. Après chaque vol, les médecins du DMAO ont vérifié les données physiologiques recueillies en vol, puis ont donné le feu vert pour le vol d’après. Notre mission a toujours été de nous assurer de la bonne santé des pilotes. 

Très haute altitude : une stratégie ministérielle

En savoir plus

A la une