Vœux du Président Macron aux armées : ce qu’il faut en retenir

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 16 janvier 2026

Ce 15 janvier, le président de la République a présenté ses vœux aux armées. Les grandes priorités de l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM), la coalition des volontaires et l’Europe de la défense face au défi de la guerre en Ukraine ainsi que le service national : retour sur les principaux enseignements du discours présidentiel. 

Vœux du Président Macron aux armées, le 15 janvier 2026 - © Ministère des Armées et des Anciens combattants

En direct de la base aérienne 125 d’Istres, Emmanuel Macron l’a affirmé : « L’année 2026 sera un test de crédibilité ». Le président s’est félicité de « cette décennie de réarmement français qui porte ses fruits ». Mais les chantiers restent nombreux, car « l'accélération des périls commande d'accélérer le réarmement de la France. Pour rester libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. » 

Actualisation de la LPM

Déjà, le 13 juillet dernier, le chef des armées avait annoncé une actualisation de la loi de programmation militaire afin d’accélérer le doublement du budget des armées, qui passera de 32 milliards d’euros en 2017 à 64 milliards d’euros en 2027, au lieu de 2030 prévu initialement. Concrètement, cet objectif demande un effort supplémentaire de 3,5 milliards d'euros dès 2026. 

Pourquoi une telle somme ? « Pour préserver la crédibilité opérationnelle de nos armées et faire face, si nous devions y être confrontés, à un engagement majeur d'ici trois à quatre ans », a affirmé le Président. Cela passe par trois grandes priorités : 

  1. Augmenter nos stocks de munitions de tous types et renforcer la préparation opérationnelle des armées.
  2. Garantir notre souveraineté :
    1. Se doter d’une alerte avancée. « Elle combinera un système d'alerte spatial, un système de radar de surveillance terrestre ainsi que des expérimentations. C'est la fameuse initiative franco-allemande de JEWEL. » Ce projet consolidera la dimension spatiale de notre stratégie de défense, en accélérant sur l'utilisation de constellations satellites en orbite basse pour améliorer la connectivité et l'acquisition de renseignements.
    2. Poursuivre le travail, développé avec les Européens, sur les feux dans la très grande profondeur. Pour Emmanuel Macron, « cette initiative que nous avons lancée, dite ELSA, prend tout son sens alors que nous venons d'observer pour la deuxième fois le tir d'un missile de très longue portée, dit Orechnik, par la Russie sur l'Ukraine. […] Nous sommes à portée de ces tirs. »
    3. Accélérer notre défense sol-air. « Nous avons des capacités, en particulier avec nos partenaires italiens et britanniques, le SAMPT Nouvelle Génération est une offre française et européenne, la meilleure au monde. »
  3. Améliorer et accélérer la capacité des armées à s'engager à court terme. Ce point nécessite de renforcer la protection de nos forces : défense, surface, air, lutte anti-drone, guerre dans le champ électromagnétique. « Il nous faut ensuite moderniser notre modèle d'armée avec en particulier des drones de tous types pour les trois armées », a poursuivi Emmanuel Macron. Tout comme il faut investir dans les innovations de rupture telles que le quantique et l’intelligence artificielle et « durcir les capacités du combat terrestre, du combat naval, de l'aviation et du transport. »

Enfin, cette réactualisation de la LPM inclut, pour la période 2026-2030, un effort de plus de 2 milliards d'euros pour le service national. « Les premiers appelés feront leur classe, dès septembre, pour venir renforcer les rangs de nos armées et renforcer la résilience de la Nation. » Un service qui renforcera le pacte armées-Nation au cœur de notre République.

Europe de la Défense

Ces efforts financiers et capacitaires doivent être pensés à l’échelle du continent, pour renforcer cette Europe de la défense qui devient une réalité selon le Président. En effet, l’Union européenne détient dorénavant des financements propres et a mis en place le principe de la préférence européenne1, un bond en avant vers un renforcement des développements capacitaires et achats en commun. 

Dans un monde où le retour des puissances de déstabilisation n’est plus à prouver, et où « un nouveau colonialisme est à l'œuvre chez quelques-uns », nous devons continuer de durcir le modèle qui est le nôtre, et « nous devons le faire au niveau européen », martèle Emmanuel Macron. La réunion de la coalition des volontaires pour l’Ukraine, qui s’est tenue à Paris le 6 janvier dernier, en est la première illustration. 

« Cette coalition des volontaires, qui rassemble 34 pays […] assure la totalité de l'effort de soutien à l'Ukraine aujourd'hui. 100% de ce qui est financé pour l'Ukraine dans sa guerre de résistance, c'est la coalition des volontaires qui le soutient », a souligné le chef des armées, avant d’ajouter : « Là où l'Ukraine était éminemment dépendante des capacités de renseignement américaines il y a un an, aujourd'hui, les deux tiers sont fournis par la France. »

Les Européens, ensemble, ont bâti des garanties de sécurité pour permettre une paix crédible, si elle devait être signée entre les deux belligérants. « Nous l'avons fait pour la première fois de notre histoire avec un commandement intégré franco-britannique, avec des quartiers généraux opérationnels au Mont-Valérien. Et en ayant associé nos partenaires et alliés américains dans les composantes où ils sont prêts à s'engager », s’est réjoui le chef de l’État. 

1 La priorité donnée aux industries et aux capacités de défense européennes dans les appels d'offres, les coopérations et les investissements en matière de sécurité et de défense.

Participation à un exercice militaire au Groenland

« La France et les Européens doivent continuer, partout où leurs intérêts sont menacés, d'être là, sans escalade mais intraitables sur le respect de la souveraineté territoriale. » C’est par ces mots qu’Emmanuel Macron a confirmé la participation française à l’exercice danois Arctic Endurance au Groenland. « Une première équipe de militaires français est déjà sur place et sera renforcée dans les prochains jours par des moyens terrestres, aériens et maritimes. »

Ainsi, le Président l’a réaffirmé : « Nous sommes une puissance de stabilité partout où nous avons des territoires engagés, partout où la paix est menacée. Et nous le sommes en étant crédibles, fiables et lisibles. Des qualités rares dans le monde qui est le nôtre. »

© Elysée

Discours du Président de la République
à l’occasion des vœux aux Armées.
Madame la ministre des Armées,
Madame la ministre déléguée,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Monsieur le chef d'état-major des Armées,
Monsieur le délégué national de l'Ordre de la Libération,
Monsieur le préfet de région,
Monsieur le président du Conseil régional,
Monsieur le maire, Mesdames, Messieurs les maires,
Monsieur le délégué général pour l'armement, Monsieur le secrétaire général pour l'administration,
Messieurs les chefs d'état-major d'armée,
Monsieur le directeur général de la Gendarmerie nationale,
Monsieur le directeur général des Relations internationales et de la stratégie,
Mesdames et Messieurs les officiers généraux, officiers, sous-officiers, officiers mariniers, soldats,
marins, aviateurs et personnels civils des forces armées,
Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités,
C'est pour moi un honneur, un grand plaisir de vous retrouver en ce début d'année, en ma qualité de
chef des Armées, pour vous présenter mes vœux à vous, à vos proches, à vos camarades, ainsi qu'à
vos familles. Je viens vous présenter mes vœux en ce début d'année, et je vous prie d'excuser ce
caractère inesthétique de mon œil, et ça n'est que quelque chose de totalement anodin. Voyez-y
simplement une référence non volontaire à l'œil du tigre en ce début d'année. Pour ceux qui ont la
référence, c'est un signe de détermination. Elle est entière.
Je viens donc vous présenter mes vœux au terme d'une année particulièrement lourde. 2025 a été
une année chargée et marquée par de nombreux engagements opérationnels : poursuite de la
sécurisation et de l'organisation des commémorations 80 ans de la libération de la France, lutte
contre l'orpaillage illégal en Guyane, soutien à la reconstruction de Mayotte, protection permanente
de nos approches, sécurisation du commerce maritime en mer Rouge, lutte contre le narcotrafic en
mer, permanence de la dissuasion, aide humanitaire en Jamaïque et à Gaza, déploiement de
nouveaux brigades en Roumanie, projection dans le Grand Nord, déjà, déploiement du groupe
aéronaval, transformation de notre posture en Afrique, partenariats militaires opérationnels,
opérations dans l'espace, actions cyber et tant et tant d'opérations qui ont jalonné l'année 2025.
Au nom des Français, je veux vous remercier pour votre engagement et pour ces sacrifices. J'ai
naturellement, en ce début d'année, convoquant celle qui vient de s'écouler, une pensée pour nos
blessés, et pour nos morts, en particulier pour le sergent Jimmy Gosselin, décédé durant la mission
Harpie en Guyane. À ces sacrifices, à ces engagements, à ces dons de soi jusqu'à la vie même, la
nation doit répondre avec force et reconnaissance. Et je veux dire ici notre détermination collective
pour donner à nos armées les moyens d'assurer leur mission de défense de nos intérêts et de nos
valeurs.
L'année qui s'ouvre, et je vais y revenir, est une année pleine de défis, par les décisions que nous
avons prises pour nous-mêmes, par les défis géopolitiques qui s'imposent à nous. Elle sera un test de
crédibilité à bien des égards. Je le dis ici avec beaucoup de confiance et de force : nous sommes
prêts. C'est aussi une année qui sera marquée, entre autres, par les 400 ans de notre marine, rendez-
vous important pour l'histoire, mais aussi pour en voir les transformations. Et je le dis ici, même
entouré d'aviateurs amiral. Être parmi vous en ce jour est aussi l'occasion, par un rapprochement de
lieux, qui m'est donné de souligner combien cette décennie de réarmement français porte ses fruits.
En effet, le 20 juillet 2017, j'étais venu ici à vos côtés, Général, vous vous en souvenez, sur la base
aérienne d'Istres pour vous annoncer que le budget de nos armées serait augmenté avec l'objectif
que nous nous fixions pour nous-mêmes, bien loin de tous les diktats des uns ou des autres ou des
défaitismes déjà prononcés par certains. Je vous disais, j'en prenais l'engagement, nous atteindrons 2
% de produit intérieur brut en 2025 pour réparer notre outil de défense, pour répondre aux menaces.
Je ne dis pas que certains ne doutaient pas de ces annonces à l'époque.
Toujours des gens pour douter, parfois plus de gens pour douter que pour vouloir ou faire. Mais je me
tiens ici devant vous, plus de huit ans plus tard, pour vous dire que nous l'avons fait et nous y
sommes. Nous y sommes et l'engagement pris est tenu.
Nous n'avons pas attendu l'invasion de l'Ukraine pour initier ce réarmement, ni pour rappeler la
nécessité d'une autonomie stratégique européenne. Nous l'avons commencé ensemble dès cet été
2017, puis par les exercices stratégiques et les deux lois de programmation militaire qui ont été
préparées, puis votées, puis défendues chaque année. Je veux saluer les CEMA successifs et, avec
eux, toutes leurs équipes, les secrétaires généraux successifs, évidemment les ministres des Armées
successifs et nos parlementaires, beaucoup sont ici présents, actuels et des dernières années, qui ont
œuvré à ce travail et l'ont surveillé de près.
Ici, à Istres, chacun peut voir les résultats concrets de ces décisions. Une flotte de 15 Airbus de
ravitaillement et de transport stratégique a été livrée, avec les infrastructures associées ainsi qu'un
simulateur. Cette flotte concourt directement à la dissuasion nucléaire, permet des évacuations
sanitaires jusqu'à 12 000 kilomètres de la métropole et est un vecteur polyvalent de projection de
puissance. Vous l'avez encore démontré en vous déployant dans le Grand Nord en avril dernier et
dans les prochaines heures pour des missions décidées.
Ici, à Istres, un terminal passager a été créé pour optimiser l'emploi de cette flotte multi-mission. Il fait
de cette base aérienne un véritable hub des armées, privilégié pour projeter nos armées et leurs frets
là où la France a besoin d'intervenir.
Ici, à Istres, depuis 2017, les LPM successives ont aussi permis de livrer de nouveaux bâtiments, des
aéronefs pour les essais en vol, de nouveaux moyens de lutte anti-drone, des aires aéronautiques
rénovées et une nouvelle tour de contrôle, un nouveau mess, et je pourrais ainsi multiplier les
exemples. Car depuis 2017, la base aérienne d'Istres a été transformée. Elle a changé de visage,
devenant un outil de combat modernisé. Istres est en quelque sorte un symbole, l'illustration même
de notre réarmement français. Notre effort de défense va continuer ici, comme dans les autres
garnisons de France. Oui, il va continuer parce que, comme je vous l'annonçais le 13 juillet dernier,
l'accélération des périls commande d'accélérer le réarmement de la France.
Pour rester libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. Et pour être puissant dans ce
monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort. Cela suppose que la nation consente à des
efforts à la mesure de notre rude époque. Voilà pourquoi j'ai souhaité, le 13 juillet dernier, avancer à
l'année 2027 l'objectif, initialement prévu pour 2030, d'atteindre un budget annuel de 64 milliards
d'euros pour notre défense.
Ainsi, en deux mandats, le budget des armées aura été doublé. Et nous ne l'aurons pas doublé par la
décision d'un tel ou d'un tel, par convenance, pour complaire à tel ou tel allié. Nous l'aurons doublé
par nos décisions propres, l'analyse que nous avons faite de l'évolution de la menace, et en la faisant,
comme je le disais, très tôt, et notre volonté de ne jamais subir. C'est pourquoi l'actualisation de la loi
de programmation militaire, qui va porter ce changement d'échelle, prévoit pour la période 2026-
2030 un effort supplémentaire de 36 milliards d'euros pour accélérer notre réarmement, dont 3,5
milliards d'euros dès 2026. Ces efforts supplémentaires, dits dans le jargon « surmarche », de 36
milliards d'euros, consacrent au fond 3 grandes priorités, pour préserver la crédibilité opérationnelle
de nos armées et faire face, si nous devions y être confrontés, à un engagement majeur d'ici 3 à 4
ans.
D'abord, nous allons augmenter nos stocks de munitions de tous types pour tenir compte du retour
d'expérience des conflits en Ukraine et en mer Rouge, et nous allons renforcer en quantité et en
qualité la préparation opérationnelle de nos armées. Je sais combien c'est attendu et, il faut bien le
dire, toutes les armées européennes, confrontées à cette guerre de haute intensité sur le sol
européen, ont complètement réévalué les besoins de stock, les besoins de munitions et cette
préparation opérationnelle. Ça a été très bien évalué ces dernières années, c'est la priorité telle
qu'elle a été identifiée. Deuxièmement, des moyens supplémentaires seront alloués pour garantir
notre souveraineté. D'abord pour se doter d'une alerte avancée qui combine système d'alerte
spatiale, un système de radar de surveillance terrestre ainsi que des expérimentations. C'est la
fameuse initiative franco-allemande dite JEWEL, mais ce système d'alerte avancée, nous le bâtissons
pour nous-mêmes. Nous construisons un partenariat avec les Allemands pour aussi le proposer à
l'ensemble des Européens. C'est ce qui va nous permettre, aussi, de consolider encore davantage la
dimension spatiale de notre stratégie militaire. Dans l'espace, nous allons accélérer sur l'utilisation de
constellations satellitaires en orbite basse pour améliorer la connectivité et l'acquisition de
renseignements.
À cet égard, je veux dire ici combien notre ambition spatiale va, elle aussi, se renforcer, qu'elle soit
civile ou militaire. Avec l'objectif dans chaque composante d'associer nos partenaires allemands et
italiens entre autres, de renforcer l'autonomie stratégique européenne, d'inciter les autres à suivre
notre propre stratégie, qui est de réduire les dépendances à tout ce qui est non européen. La France
organisera dans quelques mois un sommet sur le spatial qui aura une composante militaire et
permettra de consacrer ses efforts. Mais là-dessus, nous voulons aller vite. Nous nous doterons
également prochainement de capacités d'action supplémentaires depuis le sol ou l'espace afin
d'améliorer la résilience de notre segment spatial et sa protection.
Ensuite, toujours pour parler de ces moyens supplémentaires pour garantir notre souveraineté, nous
allons, grâce à ces sur-marches, poursuivre le travail que nous avons initié avec les Européens pour
développer des feux dans la très grande profondeur. Cette initiative que nous avons lancée, dite
ELSA, prend tout son sens alors que nous venons d'observer pour la deuxième fois le tir d'un missile
de très longue portée, dit ORECHNIK, par la Russie sur l'Ukraine. Ce tir est un signal très clair, d'une
puissance dotée mais qui a décidé de se doter de telles capacités. Ce message est clair. Et pour tous
ceux qui pensent que la Russie serait une question qui ne nous concerne pas, il doit être reçu 5 sur 5 :
nous sommes à portée de ces tirs. Et donc, si nous voulons là aussi rester crédibles, nous devons,
nous, Européens, et tout particulièrement la France, qui dispose de certaines technologies, nous saisir
de ces nouvelles armes qui changeront la donne à court terme. Et avec tout particulièrement nos
partenaires allemands et britanniques, nous devons avancer avec force sur ces capacités de feu dans
la très grande profondeur. Capacité qui vient accroître notre crédibilité et épauler notre dissuasion
nucléaire.
Troisième élément de souveraineté sur lequel nous voulons, grâce à ces surmarches, accélérer, c'est
notre défense sol-air. Là aussi, nous avons vu avec l'Ukraine la nécessité d'aller plus vite, plus fort, les
besoins. Et nous avons des capacités. En particulier, avec nos partenaires italiens et britanniques
dans les missiles, le SAMP/T Nouvelle Génération est une offre largement française et européenne qui
est la meilleure au monde. Elle est plus efficace que le système PATRIOT. Nous devons donc accélérer
la capacité à produire, accélérer la capacité à déployer, et renforcer là aussi notre autonomie
stratégique et la capacité des Européens à proposer notre offre propre. Réduire nos dépendances,
nous équiper pour nous-mêmes, le proposer aux autres Européens et davantage. Ces 3 moyens
supplémentaires de souveraineté seront ou bâtis ou accélérés grâce à ces surmarches et ils sont
nécessaires.
Troisièmement, la capacité des armées à s'engager à court terme sera améliorée et accélérée. Ce
troisième objectif se décline à travers plusieurs lignes d'action. Il s'agit d'améliorer la protection de
nos forces : défense surface-air, lutte anti-drone, guerre dans le champ électromagnétique, où nous
avons vu à chaque fois des nécessités d'aller plus vite parce que la compétition est plus forte. Il nous
faut ensuite moderniser notre modèle d'armée avec, en particulier, des drones de tout type pour les 3
armées. Et là-dessus, nous devons aller plus vite, car nous avons vu la capacité d'innovation et
l'accélération sur le théâtre ukrainien. Et soyons clairs, nous sommes en retard. Nous sommes en
retard parce que les Ukrainiens ont formidablement innové, parce que des partenaires et des
industriels d'autres nations ont été plus rapides que nous et les ont peut-être moins pris de haut. Et
aujourd'hui, il y a une production sur le sol européen qui est meilleure et plus en masse que celle que
nous avons. Réagissons vite et fort.
Il nous faut encore investir dans les innovations de rupture, le quantique, l'intelligence artificielle.
Nous avons de formidables entreprises, on renforce les capacités. Et il nous faut, enfin, durcir les
capacités du combat terrestre, du combat naval, de l'aviation de combat et de transport. Ces
surmarches incluent en outre, pour la période 2026-2030, un effort de plus de 2 milliards d'euros pour
le service national. La campagne de recrutement vient de débuter cette semaine. En septembre
prochain, les premiers appelés du service national feront leur classe pour venir renforcer les rangs de
nos armées et renforcer la résilience de la nation. Cette décision annoncée il y a quelques semaines à
Varces est une étape décisive pour nos armées et pour notre nation. Elle vient renforcer le pacte
armée-nation qui est au cœur même de notre République. Elle permet de donner à nos armées des
compétences dont elles ont besoin, et aussi d'amorcer ce faisant, les besoins qui sont les nôtres pour
la réserve. Et elle permet aussi d'offrir un débouché au désir d'engagement de notre jeunesse.
Je sais pouvoir compter sur celle-ci. Je sais la volonté de notre jeunesse de s'engager, alors soyons
collectivement à la hauteur de son aspiration à l'idéal et de son ambition de servir une grande cause,
celle de la France. Je sais pouvoir compter sur vous qui constituez l'armée professionnelle pour cette
nouvelle mission. La qualité de l'accueil des appelés comme des engagés est, vous le savez,
déterminante pour l'intégration des jeunes, le rayonnement de notre institution et la réussite du
lancement du service national. Merci à la ministre d'avoir lancé ce chantier et à vous toutes et tous
de le porter.
Enfin, vous le savez, garant de la condition militaire, en ma qualité de chef des armées, j'attache une
grande importance à ce que, ceux qui ont fait le choix de servir jusqu'au sacrifice suprême, reçoivent
de la nation une juste reconnaissance. La force de nos armées repose d'abord sur la qualité des
femmes et des hommes recrutés et la capacité, par la suite, à les fidéliser.
C'est pourquoi, conformément au rapport du Haut Comité d'évaluation et de la condition militaire que
sa présidente me présente chaque année, je veille depuis 9 ans à améliorer, engager ce qui doit
l'être. Voilà pourquoi j'ai personnellement veillé à ce que les militaires du rang, les sous-officiers et
enfin, en décembre 2025, les officiers, bénéficient d'un rattrapage de leurs grilles indiciaires en
parallèle de la nouvelle politique de rémunération mise en place.
Voilà pourquoi les Plans familles, les Plans blessés, le Plan Fidélisation 360 ont été mis en œuvre. Ils
vont dans le bon sens. Et il convient, Madame la ministre, de poursuivre dans cette voie. Je vous
demande en particulier d'accélérer les mesures en faveur des blessés, tout spécialement les blessés
psychologiques, et de me faire, avant le 13 juillet prochain, un bilan de ce plan. Voilà ce sur quoi je
voulais revenir à ce moment des vœux, en précisant l'actualisation de notre loi de programmation
militaire et en revenant sur ces sujets essentiels pour accompagner nos armées. Mais permettez-moi,
en ce lieu, en ce moment, de parler du contexte dans lequel nous vivons et de ce qu'il implique pour
nous. L'histoire ne pardonne ni l'impréparation ni la faiblesse.
Nos armées, et toutes nos armées, l'ensemble des services de soutien aussi et tout particulièrement,
sont notre assurance vie et la dissuasion nucléaire, tout autant sur laquelle j'aurai bientôt l'occasion
de me réexprimer, en est la clé de voûte. Tous les efforts que je viens d'évoquer et ceux que nous
allons encore continuer de faire concourent à nous rendre prêts à la hauteur des périls. Et je sais à cet
égard pouvoir compter sur la ministre, la ministre déléguée et l'ensemble des parlementaires pour
que l'actualisation de la loi de programmation militaire puisse être adoptée d'ici au 14 juillet prochain.
Je voudrais, à ce titre, souligner le travail de réflexion, de préparation qui a été réalisé en 2025, à ma
demande, par le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale, qui a actualisé notre
Revue nationale stratégique, par l'ensemble des acteurs du ministère des Armées, qui a préparé
l'actualisation de la LPM et le projet de service national.
Mais, au fond, où en sommes-nous ? Dès 2017-2018, par l'exercice d'évaluation de la menace que
nous avions conduit, nous avions vu que le monde qui était le nôtre portait des menaces nouvelles et
justifiait l'effort décidé par la première LPM. Nous avons commencé de réarmer. Par la constance de
cet effort, nous aurons donc doublé notre budget. Nous avons aussi, depuis 9 ans, constamment
porté la nécessité de renforcer l'autonomie stratégique européenne et de la renforcer pour nos
armées. Nous l'avons fait au début assez seul. Mais cette solitude ne doit jamais nous faire douter. Et
je le redis ici avec force. Et regardez ce qui s'est passé ces dernières années, tous ceux qui nous
disaient « idée française, cette stratégie autonomique européenne » ou « ce pilier européen de
l'OTAN », se sont réveillés en février 2022, lors de la guerre d'agression russe lancée en Ukraine. Un
mois plus tard, sous présidence française lors du sommet de Versailles, l'autonomie stratégique
européenne était consacrée dans une déclaration de l'Union européenne. Trois ans plus tard, mars
2025, un Conseil européen venait reconnaître l'engagement européen, le pilier européen de la
défense, les financements décidés par l'Union européenne pour soutenir les efforts des armées
européennes en ce sens. Ce qui était au début une conviction française face à l'évolution de la
menace est devenu progressivement une évidence européenne. Nous avons eu raison de
commencer, même seuls, et de tenir cet effort, et de le faire durant toutes ces années, face à toutes
les menaces, à chaque fois, en étant des partenaires solides et engagés.
En 2020, dans la Méditerranée orientale, grâce à nos capacités maritimes, face à nos alliés, qu'ils
soient d'ailleurs serbes ou croates pour les composantes aériennes, réconciliant parfois ceux qui
pouvaient paraître irréconciliables, en nous déployant aussi avec tous nos partenaires européens pour
crédibiliser cet engagement. Nous l'avons fait sans relâche. L'année 2025 a passé un cap. Et cette
Europe de la défense devient une réalité. Et au sein de cette Europe de la défense, qui reste
éminemment intergouvernementale dans ses capacités de décision et opérationnelle, mais qui a
maintenant des financements, l'Union européenne qui se déploie, et une préférence européenne pour
laquelle nous nous sommes battus et qui est opérationnelle, la France est l'une des quelques nations-
cadres crédibles.
Ceci est un acquis historique des dernières années. Ceci, nous devons le consolider. Et regardons le
monde dans lequel nous sommes plongés : retour des puissances de déstabilisation, la Russie sur le
sol européen, déstabilisation par plusieurs puissances régionales, je pourrais ici convoquer l'Iran et
beaucoup d'autres, et puis un discours qui parfois sème le doute, y compris chez les alliés par
certains, mais en tout cas, un nouveau colonialisme qui est à l'œuvre chez quelques-uns. Tout ceci
nous impose de continuer de durcir le modèle qui est le nôtre, de renforcer notre indépendance dans
toutes les composantes opérationnelles et de continuer d'accélérer sur la stratégie que nous avons
décidée. Nous devons le faire en Europe, je l'évoquais, et la semaine précédente a marqué un
tournant dès ce début 2026. Avec la réunion qui s'est tenue à Paris de la Coalition des volontaires
pour l'Ukraine, nous avons finalisé un travail commencé il y a un an. Et il y a un an, c'était simple.
Personne ne pensait qu'une fois la paix signée, les Européens seraient capables d'assurer la sécurité
du territoire européen ou d'être crédibles face à un risque de réengagement russe. En un an,
qu'avons-nous fait ? La Coalition des volontaires qui rassemble les Européens, mais je veux ici saluer
aussi tous les Européens qui ne sont pas membres de l'Union européenne, des Britanniques aux
Norvégiens et nos partenaires Islandais et Canadiens, éminemment engagés. Je n'oublie pas le Japon
et la Nouvelle-Zélande qui étaient ici présents. Cette Coalition des volontaires qui rassemble 34 pays
s'est réveillée. Elle assure la totalité de l'effort de soutien à l'Ukraine aujourd'hui. 100 % de ce qui est
financé pour l'Ukraine dans sa guerre de résistance, c'est la Coalition des volontaires qui le soutient.
N'ayons aucune faiblesse, ne doutons pas de nous-mêmes, quelles que soient les tergiversations de
certains. Là où l'Ukraine était éminemment dépendante des capacités de renseignement américaine,
à une écrasante majorité, il y a un an, aujourd'hui, les deux tiers sont fournis par la France, les deux
tiers. Mais surtout, nous avons bâti des garanties de sécurité pour le jour d'après la paix de manière
crédible : monitoring de la ligne de cessez-le-feu, régénération de l'armée ukrainienne, force de
réassurance, garantie de sécurité de rang 2 pour tous ceux qui s'y engageront. Et nous l'avons fait en
consolidant sur chacune de ces composantes les efforts de tous les membres de la Coalition des
volontaires, dont les nôtres. Nous l'avons fait pour la première fois de notre histoire avec un
commandement intégré franco-britannique, avec des quartiers généraux opérationnels au Mont-
Valérien, et en ayant associé nos partenaires et alliés américains dans les composantes où ils sont
prêts à s'engager, mais avec un vrai mandat donné à leur commandement militaire et confirmé au
sommet de Paris et dans la Déclaration de Paris d'il y a quelques jours. Ceci est une avancée massive
et historique qui crédibilise ce qu'est l'Europe de la défense et qui crédibilise la France aux côtés de
nos partenaires britanniques, comme étant ensemble les nations-cadres de cet effort. Mais le signal
envoyé à nos partenaires ukrainiens, aux autres Européens et au monde, c'est que nous sommes
prêts.
Nous sommes prêts à tenir cet effort de résistance. Nous sommes prêts à dissuader face aux
nouvelles agressions ou à tenir la paix sur notre sol. C'est la même volonté que nous devons avoir
partout, celle d'être au fond une puissance de stabilité et c'est la même volonté qui préside à nos
choix, à nos décisions au Moyen-Orient.
Nous sommes engagés dans des grandes opérations comme Inherent Resolve depuis plusieurs
années ou dans des opérations otaniennes. Et qu'il s'agisse de la Jordanie ou de l'Irak, nous sommes
déployés, partenaires de confiance, agissant pour protéger, former, intervenir avec nos grands alliés.
Nous avons consolidé notre présence dans cette région avec les forces françaises aux Émirats arabes
unis et un partenariat stratégique d'exception dans tous les domaines. Nous avons multiplié les
partenaires sur le plan industriel, au-delà évidemment des Émirats arabes unis qui restent le cœur de
celui-ci, de la Jordanie au Qatar en passant par l'Irak et l'Arabie saoudite. Nous sommes présents dans
la FINUL en même temps que nous sommes avec les Américains les garants du mécanisme de
coordination qui a été décidé pour le sud du Litani, et, les dernières heures l'ont montré, nous
sommes un partenaire de confiance et de stabilité pour tous les pays de la région.
Face à la révolution en cours en Iran, aux attaques odieuses contre leurs propres citoyens décidées
par le régime, la France a appelé à la cessation de ces attaques terribles, au respect de la population
civile, mais aussi à ne pas escalader dans la région. Et c'est pourquoi nous avons renforcé notre
posture, nous avons décidé de la protection évidemment de nos ressortissants et de nos militaires,
mais nous avons décidé aussi d'être aux côtés de tous nos partenaires pour contribuer à la stabilité et
la sécurité de toute la région dans ce contexte. C'est la même volonté, sécurité, stabilité, respect de
la souveraineté qui est la nôtre sur le continent africain. Nous avons profondément réorganisé notre
présence ces dernières années, mais cette réorganisation a signifié une chose : partenariat
d'équilibre, être aux côtés de gouvernements et d'armées qui expriment leurs besoins et demandent
en formation, en équipement, en contribution spécifique, dans un cadre identifié, bien mieux cerner
ce qu'elles veulent de la France. Et nous avons été présents à chaque fois que nous avons été
appelés. Mais nous le sommes de manière partenariale, adaptée à la demande, respectueuse
pleinement de la souveraineté. La France, vous le voyez, partout, et je ne pourrai aller plus loin en
convoquant ici notre stratégie Indopacifique qui répond au même objectif, grâce à nos armées, grâce
à la cohérence de notre stratégie, nous sommes une puissance crédible de stabilité en Europe, en
Afrique, en Indopacifique. Nous le sommes partout où nous avons des territoires engagés, partout où
la paix est menacée, et nous le sommes en étant crédibles, fiables et lisibles. Et c'est une qualité rare
dans le monde qui est le nôtre.
C'est pourquoi, pour évoquer l'actualité plus récente, la France et les Européens doivent continuer,
partout où leurs intérêts sont menacés, d'être là, sans escalade, mais intraitables sur le respect de la
souveraineté territoriale. J'évoquais l'Ukraine. Au Groenland, territoire autonome du royaume de
Danemark, les Européens ont une responsabilité particulière car ce territoire appartient à l'Union
européenne, car ce territoire est aussi celui d'un de nos alliés de l'OTAN. La France a décidé de se
joindre à l'exercice qui a été programmé et lancé par le Danemark de manière souveraine et
indépendante dans le cadre d'Arctic Endurance. Une première équipe de militaires français est déjà
sur place et sera renforcée dans les prochains jours par des moyens terrestres, aériens et maritimes.
Et je remercie le CEMA d'avoir rapidement, au contact de son partenaire danois, organisé les choses
et su répondre présent aux demandes très concrètes qui étaient formulées. C'est le rôle que la France
doit jouer, celui d'être disponible, face à l'évaluation de la menace de savoir s'adapter et d'être aux
côtés d'un État souverain pour protéger son territoire. L'Europe de la défense, vous le voyez bien, est
une réalité. C'est une réalité qui repose sur, en même temps, les choix souverains faits par chaque
nation qui la compose, et ses capacités propres de décider pour elle-même et par elle-même, ce qu'a
la France grâce à son modèle complet d'armée et parce que nous avons décidé de faire ces efforts
que j'évoquais et que nous avons aujourd'hui l'armée la plus efficace d'Europe, ce qui a été le but
poursuivi toutes ces dernières années que nous continuerons de poursuivre.
Nous devons continuer à le décliner aussi sur le plan capacitaire avec cette préférence européenne
pour l'industrie de défense. Je le disais, la France l'a constamment plaidé, nous l'avons inscrit dans les
textes européens et des programmes dits EDIP à SAFE, et pardon de ces acronymes, nous avons
réussi à inscrire, ce qui était là aussi impensable, il y a quelques années, le fait que ces programmes
de financement européens devaient imposer de l'achat européen. Ceci suppose aussi que nous
soyons en capacité, nous, Européens, de fournir une offre crédible. Et donc, c'est une exigence pour
nous tous d'être en capacité de réponse aux besoins, de répondre aujourd'hui aux besoins des
Ukrainiens, demain à nos besoins. Et il faut veiller aujourd'hui au paradoxe dans lequel on peut se
retrouver. Beaucoup de nations sont en train d'investir massivement, plus tard que nous, et parfois
plus massivement, pour rattraper un retard. Et en le faisant dans l'urgence, elles se tournent vers les
capacités disponibles. Le risque, c'est qu'elles se tournent par trop vers des capacités non
européennes. Nous devons les convaincre d'acheter européen. Nous devons les convaincre avec nous
de produire européen. Nous devons donc plus vite innover en Européen, mais nous devons nous
mettre en capacité de répondre à ces demandes en Européen. Un énorme travail a été fait ces
dernières années par les ministres successifs des Armées, les chefs d'État-major et les DGA. Et je
salue le rôle d'aiguillon de la DGA.
On a beaucoup parlé d'économie de guerre. J'ai moi-même, dès fin de l'hiver 2022, lancé cela.
Beaucoup d'efforts ont été faits. Je les ai salués. Nous avons doublé, parfois triplé nos capacités de
production, nos rythmes de production. Soyons francs avec nous-mêmes. Est-ce que nous sommes en
économie de guerre, à proprement parler ? La réponse est non. Parce que si nous étions en guerre,
j'ose espérer que nous ne produirions pas ainsi. Et je regarde ce que les Ukrainiens ont su faire. Ils ont
fait autrement. Nous n'avons pas la pression des événements de la même manière. Mais là aussi, ne
nous habituons pas. Et je le dis avec beaucoup de force, ce que nous sommes en train de faire nous
oblige. Je salue ici toutes nos entreprises de la défense qui ont contribué à ce travail, ont commencé
leur montée en cadence et contribuent à l'effort de la défense. Et je suis toujours heureux qu'elles
soient à nos côtés pour ces vœux parce que le lien est organique avec nos armées. Elles accueillent
beaucoup d'anciens. Parfois, elles essaient dans la carrière de nous en divertir quelques-uns. Mais ce
lien est fort, il est nécessaire et c'est aussi une force de notre pays. Et donc, je veux ici saluer
l'ensemble des industriels et toutes les collaboratrices et collaborateurs. Mais en les saluant, en
saluant tout ce qui a été fait ces derniers temps, en étant à leur côté, partout d'ailleurs où la France
promeut son industrie de défense et l'exporte, et nous avons eu des magnifiques succès ces
dernières années ensemble, y compris dans des géographies que d'aucuns pensaient impossibles, et
nous allons continuer d'avoir des succès avec notre industrie de défense.
Je veux, en ce début d'année 2026, vous demander encore davantage. Nous avons besoin de
produire plus vite, de produire en volume, de massifier encore davantage avec des systèmes plus
légers et de façon innovante. On ne nous attend pas. Et je vous le dis, quand on a des délais qui sont
de 5-7 ans pour des capacités nouvelles, c'est clair et net, on est en train de se faire sortir du marché.
Je vous le dis. Et ne vous trompez pas, vos clients d'hier sont vos compétiteurs d'aujourd'hui. On est
en train de le voir. Et ils avancent à marche forcée, parce que partout dans le monde, ils investissent.
Et des très grands pays qui ont été nos clients jusqu'à récemment, ou qui sont les clients d'autres de
nos compétiteurs, se dotent de leur propre capacité.
Il n'y a pas de marché garanti, il n'y a pas de chasse gardée. Il y a une compétition féroce qui nous
impose d'être, nous, beaucoup plus volontaristes. Et donc, pour les armées françaises, j'ai besoin
d'une industrie de défense qui s'adapte davantage, qui ne considère plus que les armées françaises
sont des clients captifs, parce que nous irons peut-être chercher des solutions européennes si elles
sont plus rapides ou plus efficaces.
Et j'ai besoin d'industriels de défense qui regardent aussi la concurrence de manière plus lucide, et à
qui je dis : « Allez plus vite, allez plus fort, produisez en masse, produisez plus léger, répondez aux
demandes ». Et j'ai des industriels de défense à qui je veux dire : je serai toujours avec nos armées à
vos côtés, mais nous aussi, nous devons être plus Européens. Et donc, nous devons être plus
Européens dans nos propres achats, nous devons être plus Européens dans nos stratégies
industrielles, en bâtissant ces partenariats.
Le SAMP/T Nouvelle Génération est un très bon exemple. JEWEL, c'est un autre très bon exemple.
L'initiative ELSA pour le tir dans la profondeur, je l'espère, précède des partenariats industriels qui
iront dans ce sens. C'est la même chose que je veux aussi dans le spatial. Nous consolidons en
Européens, avec l'opération dite BROMO, mais nous devons aussi bâtir des vraies constellations
européennes, le faire peut-être plus vite et plus fort que ce qui était prévu, de manière plus véloce,
plus légère.
On a un devoir tous ensemble : ne pas attendre. On a un devoir : être lucide sur la compétition dans
laquelle nous sommes plongés et nous adapter à chaque instant. Tout cela, on doit le faire en étant
compétitif, efficace et en continuant, comme on l'a fait ces dernières années, grâce à l'engagement
de nos industriels, en continuant de dé-risquer notre industrie face à tous les risques ou à toutes les
dépendances que nous avons sur des composants, des terres rares ou autres. Et rappelez-vous, dès la
pandémie, au début de la guerre, quand on a vu qu'on avait des dépendances, il y a eu une
mobilisation de nos industriels, à juste titre, pour reconsolider la filière ou sauver des acteurs dont on
avait besoin en amont. C'est exactement ça qu'on doit continuer de faire pour réduire nos
dépendances dans toutes les capacités du jeu. Et je voulais là-dessus insister sur ce point. L'Europe
de la défense, nous devons pleinement l'habiter, nous devons en saisir les opportunités, y compris en
matière d'innovation, y compris en matière de production et de déploiement.
Je sais votre détermination, votre loyauté et votre courage. Et au fond, pour conclure mon propos, ce
que je suis venu vous dire en ce début d'année 2026 – et je le disais dans un esprit similaire aux
ambassadrices et aux ambassadeurs devant lesquels je m'exprimais il y a quelques jours – nous
sommes dans un monde de plus en plus complexe. On ne l'a pas découvert hier. Nous sommes dans
un monde où des puissances de déstabilisation se sont réveillées. On l'a vu ces dernières années. La
différence, c'est que nous voyons que des certitudes qui, parfois, avaient des décennies, sont remises
en cause. Et l'Europe est bousculée dans certaines de ces certitudes. Et elle a des compétiteurs
qu'elle ne pensait pas voir, et elle a parfois des alliés qu'on pensait prévisibles, impavides, toujours à
nos côtés, qui se mettent à faire douter beaucoup, voire qui se retournent vers ceux qui doutaient le
moins.
La France a une grande tradition d'indépendance. Nous l'avons renforcée ces dernières années, parce
que ça ne sert à rien de parler d'indépendance si c'est pour n'en tirer aucune conséquence. Nous
avons renforcé notre indépendance militaire, capacitaire, technologique, industrielle. Nous devons
aller au bout de ce travail, complètement. Nous devons accélérer cette obsession et nous devons, à
la lumière des événements, finir de convaincre tous les Européens de s'engager à nos côtés dans ce
travail.
Mais face à ce monde complexe où beaucoup de certitudes sont remises en cause, ne doutez pas.
Soyez fiers. Soyez fiers de votre pays, de nos armées, parce que cette fierté est légitime. Nous
sommes l'armée la plus efficace d'Europe. Nous avons la dissuasion nucléaire la plus indépendante et
autonome d'Europe. C'est une force inédite dans le monde qui est le nôtre. Soyez fiers de cela. Soyez
convaincus que vous avez en main tout ce qu'il faut pour réussir, pour tenir notre pays indépendant
face à tous les risques qui s'éveillent. Mais nous, Français, nous ne sommes pas les spectateurs ou les
commentateurs du monde. Nous devons être à chaque instant déterminés. Nous sommes là pour agir.
Agir pour prendre l'initiative, pour nous protéger, pour produire ce qu'il faut pour cela, pour
redéployer une nouvelle capacité. Agir, dans l'immédiat, pour protéger et aider tous nos alliés
lorsqu'ils sont menacés. Agir, pour être des acteurs de stabilité partout où nous sommes engagés.
Alors en ce début d'année, soyez déterminés et soyez en action, à l'offensive, au service de la
stabilité et de la paix.
Soyez fiers, soyez déterminés, ne subissez jamais et avançons. Parce que nous avons tout pour cela,
tout pour le faire. Parce que c'est exactement l'histoire de notre pays, parce que nous avons cette
force et parce que nous continuerons de l'avoir.
Vous l'avez compris, en ce début d'année, mes vœux sont des vœux pour vous, vos familles, vos
frères d'armes, mais ce sont des vœux de détermination, d'engagement, de volonté. Ne lâchez rien
et continuez. J'ai confiance en vous et je veux, en ce début d'année, vous redire ma fierté d'être là,
face à vous, ma fierté de l'engagement qui est le vôtre, car c'est ce qui tient nos armées chaque jour.
Et c'est aussi la dette de la Nation à votre endroit.
Soyez fiers, soyez là et avançons.
Vive la République et vive la France.


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