Task Force X : une réponse innovante aux menaces maritimes
L’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié pour la transformation de l’Otan (SACT), est revenu sur la montée en puissance de la Task Force X, une initiative stratégique au cœur de l’innovation militaire, lors du point presse du ministère des Armées ce 26 juin. Dans un contexte de tensions accrues en mer Baltique, cette force expérimentale incarne l’agilité, l’audace et l’interopérabilité que requièrent les conflits contemporains.
Née cet hiver dans l’urgence, alors qu’un câble sous-marin était saboté en pleine période des fêtes, la Task Force X a été conçue en trente jours à peine pour répondre à une double nécessité : renforcer la surveillance maritime et tester des solutions de rupture. « Nous avons lancé une activité inédite de l’Alliance, combinant moyens classiques — corvettes, avions, garde-côtes — et une capacité robotique complémentaire. En un mois, deux premiers navires télé opérés (drones de surface) ont été déployés en mer Baltique. Le but : démontrer que l’on pouvait contractualiser vite, exploiter des données opérationnelles, et les intégrer efficacement au renseignement allié », a détaillé l’amiral Vandier.
Quarante drones pour scruter la Baltique
Résultat : une flotte expérimentale de près de quarante drones de surface et une trentaine de capteurs aériens et sous-marins a été déployée en mai dans les eaux de la Baltique. Trois zones d’opérations — le Danemark, l’île de Gotland (Suède) et la Finlande — ont permis à l’OTAN de tester l’interopérabilité, les flux de données et l’exploitation en temps réel. L’un des succès majeurs : la détection et le pistage d’un navire soupçonné de participer au trafic de pétrole contournant les sanctions internationales.
« La Task Force X investit dans des technologies de rupture et des modes opératoires agiles pour répondre à l’évolution des conflits, notamment dans la dimension maritime. Cela est particulièrement essentiel en mer Baltique, où les actes de sabotage sur les gazoducs et les câbles sous-marins montrent la nécessité de capacités de détection, d’attribution et de réaction rapide », a rappelé l’amiral.
Une coopération internationale dynamique
Plus de 70 entreprises européennes et nord-américaines ont répondu à l’appel d’offres lancé par le commandement allié pour la transformation (ACT). Parmi elles, cinq entreprises françaises ont été sélectionnées pour leur réactivité et leur potentiel technologique, épaulées par la Direction générale de l’armement (DGA) et la Marine nationale. Le bâtiment de soutien Rhône a d’ailleurs été mobilisé pour accompagner cette expérimentation. « La France a démontré la maturité de son tissu industriel et le savoir-faire opérationnel de sa Marine. Elle a été le premier contributeur derrière les États-Unis », a salué l’amiral Vandier.
Vers une flotte permanente de drones ?
L’expérience pourrait se pérenniser. Des discussions sont en cours avec les huit pays riverains membres de l’Alliance de la mer Baltique pour mutualiser les moyens, créer une flotte de drones commune et produire une vision tactique partagée 24h/24. L’intérêt est double : améliorer la vigilance tout en réduisant les coûts opérationnels, qui peuvent s’élever à 5 millions d’euros par jour, avions et bateaux inclus. « L’idée n’est pas de remplacer ces bâtiments, mais de démultiplier leur effet. Avec le même nombre de bateaux, nous serons beaucoup vigilants. Et dans certains cas, les drones pourront aussi être militarisés », a précisé le commandant allié.
Une approche Otan de l’innovation
La Task Force X n’est qu’un exemple de la nouvelle stratégie d’innovation menée à l’OTAN. La transformation des métiers militaires repose sur des cycles rapides d’expérimentation, des partenariats industriels agiles et une mise en cohérence capacitaire au niveau de l’Alliance. « L’innovation dans la transformation des métiers est une stratégie majeure. Elle est indispensable pour anticiper, dissuader et, le cas échéant, neutraliser les menaces », a insisté l’amiral Vandier.
En parallèle, deux expérimentations menées au profit de l’Ukraine ont permis de tester des solutions industrielles face à la menace des bombes planantes russes en quelques semaines. L’une des entreprises sélectionnées a pu tester ses systèmes sur le site de Biscarrosse et a décroché un contrat avec les forces ukrainiennes.
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