Sébastien Lecornu dans « C dans l’air » : les 5 choses à retenir
Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a répondu aux questions de Caroline Roux dans l’émission « C dans l’air : Demain la guerre » de France 5 le 24 septembre dernier. Sauts technologiques, nouveaux espaces de conflictualité, économie de guerre… voici ce qu’il faut retenir des conflits de demain.
1 - La guerre de demain : classique, hybride ou menace terroriste ?
Les menaces sont de différentes natures. « Déjà, la guerre d’hier n’est pas complètement terminée », affirme Sébastien Lecornu en prenant l’exemple du conflit ukrainien. Parallèlement, la menace terroriste n’est pas, elle non plus, éradiquée. « Vous avez au Mali, […]au Burkina Faso et, malheureusement, j'ai bien peur qu'au Niger on en prenne le chemin, un centre de gravité du djihadisme mondial qui est en train de se réinstaller », s’inquiète le ministre. À cela, il ajoute la dimension hybride des conflits : « Jusqu'à présent, c'était assez clair : ce qui était kaki était militaire, ce qui était civil était civil. » Alors que l’hybridité était utilisée par les terroristes, certains États misent dorénavant dessus. Selon le ministre, le chantage sur les matières premières agricoles et les hydrocarbures l’illustre, tout comme la guerre informationnelle.
2 - De nouveaux espaces militarisés : le spatial
La guerre de demain se déroulera aussi dans de nouveaux milieux. Du fait de l’innovation et des nouvelles technologies, ceux-ci deviennent des lieux de confrontation, voire d’affrontement. L’espace en fait partie. « Nous allons être la génération de décideurs, de journalistes, de téléspectateurs qui vont peut-être connaître un peu Star Wars, déclare le ministre. Des satellites dans l'espace pourront détruire un autre satellite. » C’est un changement de paradigme qui demande de nouvelles capacités pour réagir dans l’espace. La France en développe plusieurs, comme « les constellations, les nanosatellites en orbite basse ». « Nous avons évidemment beaucoup de prototypes potentiels [qui vont] fleurir dans les années à venir », note Sébastien Lecornu. À ce titre, la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoit un budget de six milliards d’euros pour le domaine spatial.
3 - Les sauts technologiques : les drones
Afin de ne pas décrocher dans ces nouveaux milieux, la France prépare les sauts technologiques, notamment sur les drones. La France a pris du retard sur ce matériel, admet Sébastien Lecornu. Il explique que pour le rattraper, nous ne devons pas chercher à développer des types de drones déjà produits par d’autres pays. Les cinq milliards d’euros prévus par la LPM 2024-2030 seront alors mis à profit pour prendre de l’avance sur les prochaines ruptures technologiques. Objectif : « Être leader sur une génération de drones français au début des années 2030 ».
4 - Le contournement de la dissuasion nucléaire
La protection des intérêts vitaux de la France repose en grande partie sur la dissuasion nucléaire. Cette arme protège le pays des attaques frontales, voire brutales, selon le ministre. Cependant, des stratégies « sournoises » sont capables de la contourner. Les menaces cyber en sont un exemple. « Le cyber, jusqu'à présent, est plutôt utilisé à des fins de criminalité, de rançonnage. Derrière, nous voyons bien que les stratégies cyber peuvent devenir étatiques. Les Russes sont excellents en la matière », explique le ministre. Selon lui, la France n’est pas en retard face à ces menaces, « mais [elle] n'est pas en avance non plus parce que les sauts technologiques vont très vite, donc il faut continuer d'investir. »
5 - L’économie de guerre
Pour prévenir ces stratégies de contournement, la France doit notamment pouvoir s’appuyer sur des forces conventionnelles et une industrie de défense robuste. La guerre en Ukraine a démontré l’importance de disposer de chaînes de production françaises réactives. Pour le ministre, « il faut passer d'une logique dans laquelle nous faisions uniquement de l'export et nous générions des stocks pour les armées françaises, à une logique où nous pouvons avoir une très forte attrition et donc une économie de guerre, parce que nous aidons un pays de guerre ». L’enjeu : être capable de réagir face à une stratégie d’usure du matériel. C’est ce que le ministre appelle l’économie de guerre, et elle porte déjà ses fruits : « Le canon Caesar : il fallait 24 mois pour en produire un, nous allons tomber pratiquement à 14 mois. Cela veut dire que nous avons gagné dix mois de production pour un canon Caesar, ça, pour le coup, ce sont des effets concrets de l'économie de guerre », se réjouit Sébastien Lecornu.
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