Quand les marsouins s’adaptent à la guerre des drones

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 11 mars 2026

Destruction de drones au fusil calibre 12, infiltration appuyée par des drones de reconnaissance, fabrication de drones kamikazes depuis un véhicule blindé : au 2e Régiment d’infanterie de marine (2e RIMa), les marsouins expérimentent de nouvelles capacités pour faire face à une menace devenue omniprésente. Une adaptation continue, nourrie par le retour d’expérience des conflits récents et par l’innovation au plus près du terrain.

Les opérateurs transmettent en temps réels les données au poste de commandement grâce à leur drone - © Nicolas Cotto / DICoD / Défense

Sur le pas de tir, un drone surgit à basse altitude. En quelques secondes, le tireur épaule son arme, anticipe la trajectoire, presse la détente. Le drone est pulvérisé. La démonstration est brève, mais elle illustre une transformation profonde du combat terrestre : la menace peut désormais surgir à tout moment, depuis le ciel. 

Au 2e régiment d’infanterie de marine, la lutte anti-drone est désormais intégrée à tous les niveaux de la manœuvre. Cette adaptation s’inscrit dans un contexte opérationnel marqué par une évolution extrêmement rapide de la menace. « En Ukraine, on observe qu’en moyenne, tous les deux ou trois mois, un nouveau type de drone apparaît, avec de nouvelles capacités », souligne le colonel de Lassus, chef de corps du régiment. Dans ce conflit, les drones occupent une place centrale, au point de représenter environ 70 % des pertes sur le champ de bataille. « Celui qui n’a pas de drone est aveugle. Et celui qui n’a pas de moyens de lutte anti-drone est mort », résume-t-il. Face à cette démocratisation rapide, la lutte anti-drone devient une compétence fondamentale, appelée à être maîtrisée à tous les échelons.

Le fusil calibre 12, ultime rempart face aux drones

Longtemps utilisé pour le combat rapproché, notamment en zone urbaine, le fusil calibre 12 trouve aujourd’hui une nouvelle utilité. Équipés de fusils Benelli Supernova, les marsouins peuvent neutraliser des drones à des distances allant jusqu’à 50 mètres, selon la longueur du canon et les munitions employées. La dispersion de multiples plombs, contrairement à une balle unique, augmente les chances d’atteindre une cible rapide et mobile.  

Équipés de calibre 12 Benelli Supernova, les marsouins neutralisent des drones jusqu’à 50 mètres © Nicolas Cotto / DICoD / Défense

Un marsouin équipé d’un calibre 12 Benelli Supernova neutralise un drone Un marsouin équipé d’un calibre 12 Benelli Supernova neutralise un drone Un marsouin équipé d’un calibre 12 Benelli Supernova neutralise un drone

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« Avec l’arrivée de la menace drone, en particulier FPV, on a utilisé ce type de fusil afin de lutter contre elle », précise le major Léonard. Ces drones FPV (First Person View), souvent modifiés pour emporter une charge explosive, constituent une menace redoutable. Peu coûteux, rapides et difficiles à détecter, ils peuvent frapper en quelques secondes. « Ce sont des drones qui arrivent à 50, 60 jusqu’à 80 km/h, souvent équipés d’une charge. L’objectif du pilote, ça va être de venir littéralement se crasher sur des soldats ou un véhicule. » Face à cette menace, le fusil calibre 12 constitue une capacité de dernier recours, intégrée dans un ensemble plus large de mesures défensives. « Il est couplé à du brouillage, du camouflage, du renseignement. C’est l’ensemble de ces moyens qui permet de lutter efficacement. »

L’objectif est clair : généraliser cette capacité à l’échelle du groupe de combat. « Ce qu’on voudrait, c’est que dans chaque groupe, donc une dizaine de soldats, vous ayez un fusil calibre 12 pour être capable de tirer sur un drone », souligne le colonel de Lassus. Déjà, une quarantaine de tireurs ont été formés au régiment. Ils constituent les premiers « tireurs LAD », pour lutte anti-drone.

Voir avant de frapper : le drone au cœur de la manœuvre

Mais le drone n’est pas seulement une menace. Il est aussi un outil déterminant dans la conduite des opérations. Lors de la démonstration tactique, un groupe de recherche et destruction s’infiltre discrètement derrière les lignes ennemies. Leur mission : observer sans être détecté et renseigner la position adverse.

Depuis leur drone de reconnaissance, ils transmettent en temps réel les images et les coordonnées au poste de commandement mobile. Sur la tablette du chef de section, les positions apparaissent instantanément grâce à l’application Delta Suite, une plateforme numérique qui permet de partager une situation tactique en temps réel. « Cela permet d’avoir un visuel sur les capacités ennemies et de communiquer avec les autres groupes pour préparer la mission », explique le lieutenant Cédric, chef de section anti-char. « On peut incrémenter les positions ennemies, suivre les unités amies et intégrer le retour vidéo du drone », ajoute-t-il.  

Grâce à cette capacité, le chef de section dispose d’une vision précise du terrain avant même d’engager ses hommes. Quelques instants plus tard, l’assaut est lancé. Progressant mètre après mètre, les marsouins avancent vers la tranchée ennemie, exploitant les informations recueillies en amont. Le renseignement fourni par le drone a permis de localiser précisément l’adversaire et de préparer la manœuvre, réduisant l’incertitude et renforçant l’efficacité de l’engagement.

Les opérateurs transmettent en temps réels les données au poste de commandement grâce à leur drone © Nicolas Cotto / DICoD / Défense

Les marsouins du 2e RIMa s'entrainent avec les drones de reconnaissance. Les marsouins du 2e RIMa s'entrainent avec les drones de reconnaissance. Un opérateur équipé d'un casque dirige son drone de reconnaissance

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Produire et adapter ses drones au plus près du combat

À proximité immédiate de la zone de manœuvre, un véhicule blindé abrite une capacité discrète mais décisive. À l’intérieur, une imprimante 3D fonctionne en continu. C’est ici, au plus près du terrain, que les marsouins fabriquent leurs propres drones. « On imprime les châssis de drones. Cela prend environ une heure à une heure et demie », explique le sergent Kévin, spécialiste systèmes d’armes. Dans cet espace confiné, chaque composant est produit, assemblé et préparé pour l’engagement. Une fois équipés d’une caméra et d’une charge, ces drones peuvent être engagés rapidement, notamment pour des missions d’observation ou de neutralisation.

A l'intérieur du Griffon, les Marsoins fabriquent leurs propres drones © Nicolas Cotto / DICoD / Défense

A l'intérieur du Griffon, les Marsoins fabriquent leurs propres drones

Cette capacité permet aux unités de produire, adapter et réparer leurs drones sans dépendre d’une chaîne logistique éloignée. L’intégration de cet atelier dans un véhicule blindé répond à un impératif opérationnel : garantir autonomie, réactivité et capacité d’adaptation au plus près de la manœuvre. Cette démarche repose également sur une coopération étroite avec les industriels. Présents lors de cette journée, plusieurs partenaires techniques observent l’emploi de leurs équipements en conditions réelles, afin d’en vérifier le bon fonctionnement et de les faire évoluer en fonction des retours du terrain.

Dans un environnement où les technologies évoluent à un rythme inédit, cette boucle courte entre forces et industriels constitue un levier essentiel pour maintenir la supériorité opérationnelle et préparer les engagements de demain. Au 2e RIMa, cette adaptation est déjà une réalité. 

Grâce aux renseignements donnés par les drones, les marsouins avancent vers la tranchée ennemie © Nicolas Cotto / DICoD / Défense

Grâce aux renseignements donnés par les drones, les marsouins avancent vers la tranchée ennemie Grâce aux renseignements donnés par les drones, les marsouins avancent vers la tranchée ennemie Grâce aux renseignements donnés par les drones, les marsouins avancent vers la tranchée ennemie

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