Opération Aspides : péril en mer Rouge
Lancée par l’Union européenne le 19 février 2024 pour protéger le trafic maritime en mer Rouge, l’opération Aspides a permis jusqu’ici de protéger plus de 250 navires de commerce. A l’occasion du salon Euronaval, qui se tient du 4 au 7 novembre, focus sur l’action de la Marine nationale pour assurer la sûreté maritime et la liberté de navigation dans la région.
Cet article est tiré d’Esprit défense n° 13
Mer Rouge, le 19 novembre 2023. Les rebelles houthis du Yémen interceptent le Galaxy Leader, un navire cargo lié à un homme d’affaires israélien, et prennent en otage les 25 membres d’équipage. Les assaillants, qui affirment agir en solidarité avec les habitants de la bande de Gaza en raison de la guerre entre Israël et le Hamas, montrent leur action dans une vidéo qui fait rapidement le tour du monde.
Après ce coup d’éclat, les attaques se multiplient dans le Sud de la mer Rouge et le Nord de l’océan Indien. Depuis plusieurs mois, elles mettent en péril la vie des civils sur les navires et constituent une entrave à la liberté de navigation et du droit international.
Conséquence directe : le trafic en mer Rouge, qui, représentait 13 % du trafic mondial, 30 % du trafic de conteneurs et 21 % du trafic énergétique, a été divisé par deux.
Un mandat strictement défensif
En réponse à ces tensions, l’Union européenne a lancé l’opération Aspides (bouclier protecteur en grec) le 19 février 2024. Après les missions Agénor (dans le golfe et le détroit d’Ormuz) et Atalante (dans le golfe d’Aden et l’océan Indien), Aspides vise deux objectifs : protéger le trafic maritime et contribuer à la liberté de navigation dans la région.
Au total, 21 États membres participent à cette mission et trois, dont la France, y engagent actuellement des bâtiments de premier rang. L’amiral Jean-Marc Bordier, commandant en second de l’opération, indique que « Aspides a reçu un mandat strictement défensif. Si nos bâtiments doivent ouvrir le feu, c’est uniquement pour protéger les navires, qui en font la demande, des missiles ou des drones qui sont susceptibles de les atteindre. Il n’est pas question de détruire des objectifs à terre. » Sur la trentaine de bateaux de commerce transitant quotidiennement dans la zone, entre 10 % et 15 % demandent une protection. Ces derniers « sont souvent la propriété ou affrétés par des compagnies européennes », ajoute l’amiral.
Pour assurer leur protection, l’opération Aspides organise des convois de façon à créer de véritables bulles de protection car la menace peut surgir de partout, à tout moment. Il peut s’agir de drones de surface, de drones aériens utilisés comme missiles, mais aussi de faux pêcheurs embarquant des lance-roquettes.
L’épreuve du feu
C’est ainsi que, par exemple, la frégate multimission (Fremm) Alsace a connu l’épreuve du feu dans la nuit du 19 au 20 mars 2024 dans le golfe d’Aden, après une attaque de plusieurs drones. « Nous avons utilisé l’ensemble de nos systèmes d’armement, du missile Aster à la mitrailleuse 12,7 [mm] », raconte le capitaine de vaisseau Henry, commandant de la Fremm Alsace.
Cette nuit-là, trois drones ont été détruits par l’Alsace, dont un depuis un hélicoptère Panther, avec une mitrailleuse de 7,62 millimètres. Deux d’entre eux se sont écrasés en mer et un autre a été abattu par des Mirage 2000 en provenance de Djibouti. De cette épreuve, le capitaine de vaisseau Henry retient avant tout la réactivité de l’équipage, qui n’a eu que quelques secondes pour agir après la détection des missiles. « Cela montre l’importance de l’entraînement et de la préparation au combat, mais aussi la qualité de nos équipements et la force mentale de nos équipages », estime-t-il. Depuis le mois de février, plus de 450 attaques de la part des houthis ont été recensées dans la région sur le trafic maritime en général, et plus d’une quinzaine de fois, il a fallu ouvrir le feu pour protéger les navires ciblés. Au total, plus de 250 navires de commerce ont ainsi été protégés avec succès par l’opération Aspides depuis le début de l’opération.
Risque de marée noire
À cette menace, s’est ajoutée récemment la menace environnementale. En effet, le 21 août dernier, le Sounion, un pétrolier battant pavillon grec chargé de 150 000 tonnes de pétrole, a été attaqué puis incendié par les rebelles à 140 kilomètres des côtes yéménites. Les 29 membres d’équipage, après avoir envoyé un signal de détresse, ont été secourus par la frégate Chevalier Paul. Lors du sauvetage, un drone de surface qui se rapprochait dangereusement du Sounion a également été détruit.
Le navire, en proie aux flammes jusqu’au 6 octobre, a fait courir le risque d’une immense marée noire, dont les répercussions auraient été désastreuses pour la biodiversité et les habitants de la région. Pour empêcher cette catastrophe, des compagnies privées ont été mobilisées pour remorquer le bateau en dehors de la zone de risque et éteindre le feu. Cette manœuvre technique s’est effectuée sous la protection d’Aspides. « Aucune marée noire ou pollution n’a été constatée, le navire a pu être remorqué en dehors de la zone de danger sous la protection d’Aspides. Les compagnies privées doivent maintenant éteindre le feu et remorquer le Sounion vers un port qui permettra le transfert de sa cargaison en toute sécurité », explique l’amiral Jean-Marc Bordier.
Le mandat d’Aspides court jusqu’au mois de février 2025. Les États membres se prononceront à ce moment-là sur sa reconduction. Mais neuf mois après le début de l’opération, la situation en mer Rouge demeure tendue. De nombreux navires de commerce continuent de demander encore l’aide des bâtiments européens pour leur protection, et la région reste sous la menace des rebelles houthis. Pour répondre à ce défi grandissant, des discussions se tiennent actuellement au sein de l’Union européenne pour regrouper les opérations Atalante, Agénor et Aspides sous un mandat global. En attendant que le niveau de menace diminue dans la région, certaines compagnies maritimes se sont réorganisées et passent désormais par le cap de Bonne-Espérance, au sud de l’Afrique, pour acheminer leurs marchandises jusqu’en Europe.
Par Kévin Savornin.
Construire la Marine de demain
À l’occasion du salon Euronaval, le ministère des Armées et des Anciens combattants vous propose une série d’articles pour découvrir le renouvellement des matériels de la Marine nationale pour qu’elle puisse faire face à la dégradation du contexte stratégique et au retour du combat en mer.
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