Lutte anti-drones : un volet majeur de la posture permanente de sûreté aérienne

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 03 octobre 2025

Depuis 80 ans, l’armée de l’Air et de l’Espace veille sur le ciel français. Face à l’essor de nouvelles menaces, la défense aérienne, socle de la souveraineté nationale, se transforme : la lutte anti-drones en est désormais un pilier central.

Général de brigade aérienne Olivier Poncet, chef d’état-major du Commandement de la défense aérienne - © Vincent Allibert / DICOD / Ministère des Armées

La défense aérienne est plus que jamais un enjeu d’actualité. Les récentes violations de l’espace aérien de pays alliés, tout comme les conflits en Ukraine et au Proche-Orient, rappellent la gravité et la diversité des menaces venues du ciel. Pour en rendre compte, le général de brigade aérienne Olivier Poncet, chef d’état-major du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), a présenté au point presse hebdomadaire du ministère des Armées les dispositifs déployés pour garantir la sûreté du territoire.

« Les menaces sur nos espaces aériens sont multiples et se situent dans toutes les couches de l'atmosphère : des plus basses avec les mini-drones jusqu'aux objets en très haute altitude, assure le général Poncet. Celles-ci sont de nature variée entre menaces militaires, menaces civiles, menaces terroristes. »

Une chaîne d’engagement permanente

Structurée après la Seconde Guerre mondiale, la défense aérienne est l’une des deux missions permanentes de l’Armée de l’air et de l’Espace, avec la dissuasion. Elle repose aujourd’hui sur la posture permanente de sûreté aérienne (PPS-A), qui mobilise près de 450 aviateurs, 24 heures sur 24 et 365 jours par an. Le dispositif s’appuie sur un maillage de plus de 70 radars et sur des centres de détection et de contrôle, coordonnés depuis le Centre de préparation et de conduite des opérations de défense aérienne (CAPCODA), à Lyon–Mont Verdun.

En cas de menace grave, la Haute autorité de défense aérienne (HADA), directement rattachée au Premier ministre, autorise en dernier ressort l’application de mesures coercitives. Ce dispositif permet, en tout point du territoire, d’intercepter un aéronef suspect en quelques minutes.

« Par une collaboration interarmées, interministérielle et interalliée, la PPS-A est capable de voir loin. Nous avons des moyens d’appui et de soutien nous permettant de durer si besoin. H24, à l'heure où l’on se parle, nous sommes en mesure d’intervenir aux quatre coins de l’Hexagone », souligne le général Poncet.

Les DPSA : bulles de sûreté temporaires

Lors d’événements majeurs, tels que le 14 Juillet ou les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, la PPS-A est renforcée par des dispositifs particuliers de sûreté aérienne (DPSA). Ces bulles temporaires interdisent tout accès aérien à une zone sensible et permettent une réaction immédiate en cas de menace.

La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques a constitué un exemple marquant. L’espace aérien de Paris avait été interdit sur un rayon de plus de 150 kilomètres, avec le concours de moyens alliés. Ces dispositifs démontrent la capacité de la France à mettre en place, rapidement, une bulle de sécurité d’une efficacité éprouvée.

La lutte anti-drones, une nouvelle dimension

La montée en puissance des drones a profondément transformé la défense aérienne. Leur traitement obéit désormais à la même logique que pour tout aéronef : détection, identification, classification, engagement. Les gros drones, comparables par leur taille à de petits avions, sont pris en compte par la PPS-A et peuvent être interceptés par des avions de chasse. Les mini et micro-drones relèvent quant à eux de la compétence des autorités civiles compétentes:

« La protection des sites sensibles relève en premier lieu de chaque ministère de tutelle. Ces sites sont de nature très diverse : aéroports civils, prisons, centrales de production d’énergie, sites industriels stratégiques ou encore zones urbaines. Dans ces cas, l’Armée de l’air n’assure pas la primo-intervention, qui incombe aux autorités compétentes. En revanche, elle reste au cœur du dispositif : informée immédiatement de tout incident, elle peut intervenir en relais et prendre la main si la situation l’exige, afin de protéger et de mettre fin à la menace. » précise le général Poncet.

La palette de moyens déployés par l’Armée de l’air et de l’Espace est désormais large et complémentaire. Les systèmes MILAD, PARADE et BASSALT combinent radars, optronique et goniométrie pour assurer la détection et le suivi. À cela s’ajoutent le brouillage aéroporté depuis les hélicoptères Fennec, la capture électronique permettant de détourner un drone, ainsi que la neutralisation par armes légères, artillerie ou, en dernier recours, par chasseurs armés de missiles. L’AAE expérimente en parallèle des solutions à énergie dirigée, comme le laser ou les micro-ondes, testées avec succès lors des grands événements récents.

Le bilan des Jeux olympiques de 2024 en témoigne : près de 400 drones détectés, une centaine neutralisée par brouillage, saisies ou interpellations, sans qu’aucun incident perturbateur ne vienne affecter les épreuves. Cette expérience a confirmé que la lutte anti-drones est désormais permanente, interarmées et interministérielle, consolidée par des exercices réguliers tels qu’X-LAD, où sont mises à l’épreuve les solutions les plus innovantes.

Une adaptation continue

La lutte anti-drones doit évoluer au rythme des innovations et des menaces. Elle ne se limite pas à la seule technologie : elle exige une intégration interministérielle, une coopération internationale étroite et une réelle capacité d’anticipation. L’enjeu est désormais de parvenir à une situation aérienne unifiée des drones – la Recognized UAV Picture (RUP) – grâce à l’interconnexion de tous les capteurs civils et militaires. Cette approche doit s’accompagner d’une industrialisation rapide des solutions éprouvées, du laser aux micro-ondes en passant par l’intelligence artificielle.


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