L’ECPAD invité à Visa pour l’Image
Pour la 37e édition de Visa pour l’Image, le Festival international du photojournaliste à Perpignan, l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD) figure parmi les expositions invitées. La thématique : Photographe et soldat. Une représentation de la guerre. Présentation avec Laurent Veyssière, conservateur général du patrimoine et directeur de l’ECPAD.
Pourquoi l’ECPAD expose-t-il au Festival international du photojournaliste à Perpignan ?
L’ECPAD a été convié par le président du Festival, Pierre Conte. Il nous fait l'honneur de nous proposer de présenter l'histoire de l'établissement et de ses photographes en cette année spéciale qui est l'année du 110ᵉ anniversaire de la création de la section cinématographique et de la section photographique de l'Armée.
Quel a été votre rôle dans l'organisation de cette exposition ?
En tant que directeur, j'ai piloté le projet, mais surtout, je suis l’un des commissaires de l'exposition. Donc, un travail de commissariat scientifique : choisir les images, le propos, la problématique et ensuite détailler l'ensemble de ces dispositifs.
Qu'est-ce que cette invitation à Visa pour l’Image signifie pour l’ECPAD ?
Un grand honneur. C’est l’occasion de présenter le travail des soldats de l’image, tel que nous les appelons aujourd’hui. Ils partent sur tous les théâtres, que ce soit sur le territoire national ou en opérations extérieures, pour suivre l'action des armées françaises et les documenter par l'image.
Pourquoi ce thème Photographe et soldat. Une représentation de la guerre ?
Nous souhaitions être en rapport avec le cœur du Festival, c’est-à-dire le photojournalisme. Le propos de l’exposition se retrouve dans ce questionnement : quels sont les points de convergence entre des soldats photographes et des photographes indépendants ou qui travaillent pour des journaux ?
Quelles sont donc les différences entre un reporter de guerre civil et un soldat photographe ?
La différence évidente c’est la commande. Le soldat militaire reçoit des commandes de l’état-major des armées. Il doit documenter un théâtre d’opérations et montrer la vie de nos forces à travers des sujets définis par l’état-major. Le photographe civil, lui, est beaucoup plus libre dans son approche et dans sa prise de vue. Maintenant, ce que nous observons en réalité sur le terrain, c’est qu’une fois la commande honorée, le photographe militaire a une certaine liberté dans ses prises de vue. Sa subjectivité va l’emporter, son œil esthétique, sa manière de voir les choses vont prendre le dessus.
L’exposition débute en 1915 avec la création de la Section photographique de l'armée (SCA). Pourquoi ce service est-il alors créé ?
Le SCA répond à une problématique précise : le ministère des Affaires étrangères n'a pas de photographies pour répondre à la propagande allemande et austro-hongroise qui sévit au niveau international et en particulier dans les pays neutres. Le ministre se déplace donc voir le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts, qui est alors le seul à disposer d'un service photographique. Mais ce service ne peut pas accéder au front. Ainsi, les deux ministres vont voir leur homologue de la Guerre pour lui présenter leur projet. C’est ainsi que nait le SCA.
Un service qui répond donc à différents objectifs…
Oui, cette section vise à influencer les pays neutres, soit de ne pas s’engager dans le conflit, soit de s’engager au profit des alliés. Pour le ministère de l'Instruction publique et des Beaux-arts, l’idée est de répertorier les destructions, particulièrement des monuments historiques. Les armées, elles, voient dans cette section la possibilité de documenter l’ensemble des théâtres de combats. Il y a l’idée de constituer un fonds d’archives exhaustif pour, à la fin de la guerre, faire payer des réparations au gouvernement allemand. Le SCA va s’avérer d’une richesse inouïe, car elle va produire près de 110 000 plaques de verre[1] entre 1915 et 1918.
Dans cette exposition, les périodes et conflits se succèdent. Quelles sont les dates clefs de l’histoire de la photographie militaire ?
Sur les sept périodes que nous présentons dans l'exposition, il y a une évolution qui n'est pas logique de conflit en conflit. Elle répond à la fois à des impératifs de communication, technologiques ou organisationnels au sein du ministère de la Guerre, puis des Armées et de la Défense. Lors de la guerre d’Indochine, par exemple, le général de Lattre va complètement réorganiser la fonction de communication en 1951, car il est convaincu que l’image a un rôle à jouer dans ce que nous appelons aujourd’hui la guerre des perceptions.
Pouvez-vous nous présenter une photographie qui vous a particulièrement marqué ?
Cette photographie a été prise le 19 mars 1917, en Macédoine, par un photographe non identifié, un quart d’heure avant que les soldats ne montent à l’assaut. Ce qui est frappant, ce sont les visages captés. De nombreux soldats regardent le photographe, certains sourient : évidemment il y a un appareil photo, on donne le meilleur de soi-même. Sur d’autres visages, nous voyons la peur, le stress. C’est rare d’avoir des photographies prises aussi peu de temps avant l’assaut, c’est un moment unique.
[1] Les photographies sur plaque de verre sont des images négatives ou positives qui ont comme support le verre.
A la une
Jeanne d'Arc 2026 : formation, partenariats et souveraineté
Le capitaine de vaisseau (CV) Jocelyn Delrieu, commandant de la mission Jeanne d'Arc 2026, a présenté, lors...
06 février 2026
Vœux d’Alice Rufo : « L’esprit de défaite est un poison mortel »
La ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, Alice Rufo, a présenté se...
03 février 2026
Espace : pourquoi la France veut accélérer sa défense orbitale ?
En février prochain, sur la base aérienne 101 de Toulouse, plusieurs centaines de militaires participeront ...
29 janvier 2026