La Journée défense et citoyenneté nouvelle génération au 3ᵉ RIMa de Vannes
Le 3ᵉ régiment d’infanterie de Marine de Vannes a accueilli sa première Journée défense et citoyenneté (JDC) nouvelle génération, mercredi 4 juin. Avec ce nouveau format, 114 adolescents ont pu participer à des ateliers interactifs, comme le tir sportif laser et la réalité virtuelle, tout en découvrant les métiers du monde militaire. Reportage.
Les articles sont tirés d'Esprit défense n° 16 (juillet 2025), consacré à la jeunesse française dans les armées.
Lire le magazineHuit heures, à Vannes. D’un pas nonchalant, des dizaines d’adolescents passent le portail d’entrée du 3ᵉ régiment d’infanterie de marine (3ᵉ RIMa). Poussés par un vent gorgé de la pluie de la veille, à peine réchauffés par un soleil voilé, des jeunes hommes et femmes, mains dans les poches et mine vaguement éveillée, s’apprêtent à commencer leur Journée défense et citoyenneté (JDC). Ce rendez-vous obligatoire – prénommé Journée d’appel de préparation à la défense (JAPD) jusqu’en 2011 – institué en 1997 par Jacques Chirac, permet aux 16–25 ans de découvrir les métiers militaires et les grands enjeux de défense, et développer leur esprit de citoyenneté.
Une nouvelle version devait être généralisée en métropole à partir de septembre 2025, et dans les outre-mer dès janvier 2026.
C’est la première fois que le 3ᵉ RIMa de Vannes teste cette formule novatrice. Arrivés sur la place d’armes, les adolescents s’alignent en rangs. Au centre, l’adjudant-chef Valérie leur annonce le début du programme : lecture de la Charte des droits et devoirs du citoyen français, levée des couleurs et Marseillaise. Le drapeau est hissé et, bientôt, quelques voix commencent à retentir. Timidité et peur de chanter faux expliquent le faible volume sonore plus que la méconnaissance des paroles. « Quand il s’agit de la chanter au stade de France, ils le font ! », affirme plus tard, un brin amusée, l’adjudant-chef Valérie.
Dans la peau de…
Le découpage de la journée est bien rodé : 15 minutes avant la cérémonie, les jeunes sont divisés en trois groupes, arborant chacun l’une des couleurs du drapeau français. Les activités peuvent commencer. Quiconque a connu l’ancienne version de la JDC sera surpris des nouveautés désormais proposées. Le « groupe des rouges » débute par un jeu de rôle où les jeunes doivent, par petites bandes de cinq ou six, se glisser dans la peau des trois armées, de la Gendarmerie nationale, du Gouvernement, etc. Le but : prendre des décisions (combattre, protéger, influencer…) en fonction des crises qui se déroulent sur la planète. « J’aime bien le côté interactif et vivant du jeu, il nous aide à découvrir les conflits dans le monde, y compris ceux proches de nous. C’est important », estime Kévin, 17 ans. « Ce type de jeu existe pour les JDM1 et on en a fait un nouveau pour la JDC NG. C’est très vivant et ça plaît généralement aux jeunes », confirme le lieutenant Grégory, en charge de l’encadrement des « rouges » pour la journée. Et c’est vrai : les adolescents discutent à haute voix, délibèrent, se prennent au jeu, en somme.
1 Journées défense et mémoire, également organisées par le ministère des Armées.
Tir sportif laser : franc succès
Sans surprise, la prochaine épreuve leur plaît encore plus. Le tir laser, sous la direction de l’adjudant-chef Christophe, recueille une majorité des suffrages.
À plat ventre, tout un chacun s’essaie à l’exercice, avec plus ou moins de réussite, mais toujours soutenu par l’adjudant-chef. Pour Nathan, 17 ans, c’est un sans-faute : « J’avais déjà expérimenté le tir en école de neige, je trouvais ça assez simple. Il faut surtout se stabiliser au niveau des coudes et se concentrer, sans trembler. C’est intéressant à vivre ! », raconte-t-il.
Identifier les talents
Une fois les carabines laser remballées, place aux tests de français et aux vérifications administratives. L’objectif est d’identifier les talents et de mesurer la motivation à l’engagement sous toutes ses formes. C’est le seul moment de la journée qui ressemble à une évaluation classique. « Nous cherchons à évaluer les fondamentaux et à déceler les difficultés de certains », explique Monique Julou, du Centre du service national de Brest.
Sur les 38 participants du groupe des rouges, deux sont en décrochage scolaire.
Mais tous se prêtent de bonne grâce aux cinq exercices, même s’ils doivent parfois se dépasser en répondant dans un délai très court.
Après les efforts… la ration militaire. Sous un préau, tous les jeunes se regroupent pour « casser la croûte ». Pas de chaises, seulement de longues tables. L’expérience peut certes sembler « rude » mais certains adolescents, à l’instar de Kévin, trouvent qu’elle peut être utile. « Ça nous permet de vivre comme les soldats, de ressentir ce qu’ils ressentent, je trouve que c’est une bonne idée », estime-t-il. C’est sous ce même préau que des militaires leur présentent ensuite leur métier et leurs équipements. Là encore, ça fonctionne : les adolescents enfilent les casques, les tenues ou grimpent dans le Griffon. Son conducteur, le caporal Patrick, se réjouit de leur dynamisme : « Ils sont curieux, ouverts d’esprit. Certains posent même des questions très techniques. »
Le dernier atelier est une immersion dans des situations militaires grâce à des casques de réalité virtuelle. Très réaliste, l’exercice accroche une jeune génération qui est née et a grandi avec les nouvelles technologies. C’est l’un des points forts de la JDC NG : combiner ludisme et sérieux, modernité et tradition. Cet aspect solennel qui conclut la journée : l’au revoir républicain permet à chaque jeune d’aller au contact du militaire en lui serrant la main, en le regardant dans les yeux, et en se voyant remettre son certificat. Une ultime preuve de sa participation à une journée courte mais précieuse.
Par Ella Micheletti-Huertas
Avoir 20 ans dans les armées
Montée en puissance de la réserve, modernisation de la Journée défense et citoyenneté, création d’une école des apprentis de la Marine… Comment les armées entendent-elles renforcer leur lien avec la jeunesse ? Décryptage à travers notre série d'articles.
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