Le jour où « nous avons secouru les victimes du séisme en Turquie »
Affectée au bataillon de marins-pompiers de Marseille (BMPM), la pharmacienne en chef Géraldine a été déployée 15 jours en mission humanitaire à Gölbasi, après le séisme du 6 février 2023. Elle raconte cette expérience poignante dans Esprit défense.
Dans quelles circonstances êtes-vous partie ?
Pharmacienne en chef Géraldine : J’étais en vacances quand mon chef m’a appelée pour me prévenir que l’unité d’instruction et d’intervention de la sécurité civile n°7 de Brignoles[1] allait être envoyée sur place et qu’elle avait besoin d’un pharmacien en renfort. Il m’a demandé si j’étais prête à partir dans un délai de 72 heures. Sans aucune hésitation, j’ai répondu « oui » et je suis rentrée à Marseille pour préparer mon paquetage. Cinq jours plus tard, le 12 février à 10 heures, je décollais de l’aéroport de Marseille-Marignane avec d’autres membres du BMPM.
« Nous devions rejoindre Gölbasi le plus vite possible pour installer l’Escrim, l’élément de sécurité civile rapide d’intervention médicale. »
Quelle a été la priorité à votre arrivée ?
Nous devions rejoindre Gölbasi le plus vite possible pour installer l’Escrim, l’élément de sécurité civile rapide d’intervention médicale. Cette structure hospitalière aérotransportable est déployée par la Sécurité civile en cas de catastrophe naturelle ou d’urgence sanitaire, comme à Mayotte en 2021 et en Guyane en 2020 pendant la crise de la Covid-19 ou encore en Haïti après le séisme de 2010. Dès notre arrivée, nous avons commencé la mise en place de la structure. L’Escrim représente 60 tonnes de matériel. Celles-ci permettent de monter 22 tentes sur une surface de 1 000 m2. Objectif : reproduire un hôpital avec, entre autres, deux blocs opératoires, des services de réanimation et de radiologie ainsi qu’une pharmacie et son laboratoire d’analyses médicales.
Avez-vous rencontré des difficultés ?
Oui. Comme le thermomètre affichait - 15 °C, l’installation de l’hôpital a été compliquée. Le terrain était glacé la nuit, boueux le jour ; puis le sol gelait à nouveau la nuit suivante. À ce moment-là, l’adrénaline prime. L’Escrim est finalement sorti de terre en 30 heures. Une durée express ! Le froid a également posé des problèmes à notre matériel. Certains produits médicaux, comme des bouteilles d’eau stérile, ont gelé. Par ailleurs, nous avons vécu et exercé dans des conditions sanitaires extrêmement rustiques. Mais ce n’était évidemment rien à côté du drame que vivait la population turque.
Une fois l’hôpital installé, quelle a été votre action sur place ?
Nous avons traité les patients, essentiellement pour des problèmes respiratoires causés par la poussière ou pour des infections liées aux conditions sanitaires et à la promiscuité, comme la gale. Avec l’équipe qui œuvrait à mes côtés, nous avons délivré des médicaments, du matériel de soin et nous avons réalisé des analyses médicales telles que des bilans sanguins. En tant que pharmacienne, mon rôle se situe plutôt à l’arrière. J’ai donc eu peu de contacts directs avec les patients. Mais je me souviendrai toujours de leur sourire. Ils étaient reconnaissants alors qu’ils avaient tout perdu. Une expérience poignante…
Que retenez-vous aujourd’hui de ces deux semaines ?
Le professionnalisme des équipes et leur cohésion. Il n’y a eu aucune improvisation ! Chacun était à sa place et savait ce qu’il devait accomplir. La mission était pourtant éprouvante, angoissante même, car le danger était toujours présent. Nous avons d’ailleurs vécu une réplique du séisme quelques jours après notre arrivée. Je retiens notamment la qualité de l’équipe logistique, toujours pleine de ressources pour répondre aux difficultés et aux imprévus. Grâce à cette solidarité, je me suis sentie à ma place. Si c’était à refaire, je repartirais. Sans hésiter.
[1] Unité militaire de la Sécurité civile.
Le BMPM, plus grande unité de la Marine nationale
Créé en 1939, le bataillon de marins-pompiers de Marseille compte environ 2 600 militaires et civils, répartis dans 17 centres d’incendie et de secours intra-muros. En 2022, il a mené 129 000 interventions (soit plus de 350 opérations par jour en moyenne). Parmi ses principales missions : le secours aux personnes et la lutte contre les incendies.
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